Sur la Piste des Cheyennes

Un article de Thierry LE PEUT

paru dans Arrêt sur Séries 31 (printemps 2008, aujourd’hui épuisé)

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et le guide des épisodes

 

En 1976, Gunsmoke s’est arrêtée sur CBS depuis un an après avoir tenu l’antenne vingt saisons consécutives. D’autres grands titres du western se sont éteints dans les années antérieures : Le Virginien en 1971, Bonanza en 1973. La décennie est plutôt au genre urbain, au policier, au polar, au noir. Pourtant le western vit encore de belles années : c’est en 1976 qu’apparaît sur ABC la saga des Macahan, déclinée sous forme de téléfilm puis de mini-séries et de nouveau de téléfilms, jusqu’en 1979. Kung Fu, avec David Carradine, a imposé trois saisons durant, entre 1972 et 1975, un nouveau style qui se nourrit de l’héritage du western tout en explorant une voie originale. Il est encore temps de revisiter l’Ouest : loin d’être mort, le western est en fait entré en mutation après avoir été un genre florissant à la télévision depuis les origines, au début des années 1950. Cette mutation, Sur la piste des Cheyennes l’accompagne en s’inspirant des classiques du genre (La Prisonnière du désert de John Ford, Nevada Smith de Henry Hathaway, Cheyenne à la télévision ) pour peindre un Ouest en proie à la violence, nullement manichéen, sale et dangereux mais attachant pourtant par ses grands espaces et son goût de la liberté. Un Ouest lui aussi en mutation car travaillé par les forces de progrès qui remettent en cause son mode de fonctionnement et l’exhortent, violemment, à changer.

 

 

La paternité de Sur la piste des Cheyennes revient en premier lieu au producteur qui a porté la série sur les fonts baptismaux. En l’occurrence, David Gerber n’est pas un inconnu. Au cours de la décennie 1970, il a produit quelques séries emblématiques telles que Police Story, une anthologie policière plusieurs fois nominée aux Emmy Awards et récompensée en 1976, et Sergent Anderson avec Angie Dickinson. Ces programmes ont en commun un sens du réalisme très prégnant dans les shows policiers de la décennie et que le producteur a également réussi à imposer dans Sur la piste des Cheyennes.

 

Tracy Keenan Wynn n’a pas encore trente ans quand il signe le scénario du téléfilm de 90 minutes destiné à être diffusé en mai 1976 pour tester la réaction du public. Fils du comédien Keenan Wynn (qui apparaît dans le pilote et plus tard dans l’épisode en deux parties « Terres brûlées »), il s’est fait remarquer dès ses débuts en remportant un Emmy Award pour le scénario du téléfilm Tribes, réalisé par Joseph Sargent, où la discipline d’un instructeur des Marines (Darren McGavin) se heurte au pacifisme d’un jeune contestataire (Jan Michael Vincent), en 1970. Il a ensuite adapté The Glass House de Truman Capote pour le réalisateur Tom Gries (et été nominé aux Emmy Awards) puis co-écrit The Autobiography of Miss Jane Pittman pour John Korty, sur le destin d’une femme noire née esclave et engagée dans la lutte contestataire des années 1960 ; le film lui a valu un nouvel Emmy Award en 1974. Avec Plein la gueule en 1974 et La toile d’araignée l’année suivante, c’est pour le grand écran qu’il écrit, avec les réalisateurs Robert Aldrich et Stuart Rosenberg ; Burt Reynolds tient la vedette dans le premier titre, Paul Newman dans le second. Le scénario de La toile d’araignée est nominé aux Edgar Allan Poe Awards. En voyant un tel palmarès, on ne s’étonne pas de la qualité du script de Sur la piste des Cheyennes.

 

Maintenir dans la série subséquente la même qualité d’écriture n’allait cependant pas de soi. La production du pilote avait été confiée à Christopher Morgan, qui avait produit un temps Police Story pour David Gerber. Morgan, né en 1942, avait sensiblement le même âge que Tracy Keenan Wynn. C’est à deux producteurs plus âgés que Gerber confia les rênes de la série, Mark Rodgers et James Harmon Brown. Rodgers écrivait pour la télévision depuis la fin des années 1950 ; il venait de produire Sur la piste du crime et Joe Forrester et écrivait également pour plusieurs séries importantes du moment telles que L’Homme de fer, Kojak et Sergent Anderson. Son téléfilm Savage venait, en 1973, d’être tourné par un jeune réalisateur prometteur, Steven Spielberg, avec Martin Landau et Barbara Bain dans les rôles principaux. Sur les courtes séries Lady Blue et La loi selon McClain produites dans les années 1980, la « patte » de Rodgers se manifeste dans une image crue et un ton âpre, qualités héritées de la décennie 1970 et qui n’est pas absente de Sur la piste des Cheyennes. James H. Brown avait, lui, moins d’expérience ; il avait commencé comme assistant réalisateur avant de passer à la réalisation et à la production, impliqué notamment dans Joe Forrester pour la société de David Gerber. Dix ans plus tard, c’est au générique de Dallas et du western Paradise (Le cavalier solitaire), avec Lee Horsley, qu’on le retrouvera.

 

 

Une fois les producteurs en place, c’est aux scénaristes qu’il revient de transmettre leur vision du show.

Dans le pilote, Tracy Keenan Wynn avait placé ses héros entre deux « camps » opposés : les Indiens d’un côté, qui ont élevé Morgan Beaudine après avoir tué ses parents, et de l’autre les soldats, qui en reprenant Morgan aux Indiens lui permettent de retrouver son frère Quentin. C’est le personnage de Morgan, surnommé Deux Personnes par les Cheyennes, qui est au centre de la série. Né blanc, il est désormais à demi-indien et s’habille comme les Cheyennes, dont il respecte les croyances et reproduit certains usages. Partagé entre deux mondes qui se craignent et ne se comprennent pas, Deux Personnes se méfie même de son frère lorsqu’il le retrouve. Blancs comme Indiens sont montrés sans manichéisme, la vertu comme la corruption existant dans les deux « camps ». Séparé de ses parents cheyennes, Deux Personnes n’a plus sa place parmi eux car il a accepté de suivre son frère Quentin et donc de rejoindre le monde des Blancs. Pourtant ce dernier le rejette également, en partie, comme « ami des Indiens » voire « métis ». En outre, il a été témoin de la barbarie des soldats blancs lors de sa « libération » : des squaws découpées à la baïonnette, un morceau offert au sergent blanc par un traître cheyenne « pour qu’il puisse en tirer une blague à tabac »… « Les soldats m’auraient tué moi aussi si j’avais eu les cheveux d’une autre teinte », dit-il à Quentin. Le motif de la blague à tabac faite dans la peau humaine, que l’on retrouvera dans le roman Colorado Saga de James A. Michener, est peut-être emprunté au film Nevada Smith de Henry Hathaway, où Steve McQueen incarne un métis traquant les meurtriers de ses parents. Quoi qu’il en soit, il se suffit ici comme symbole de la sauvagerie des soldats blancs, à laquelle répond celle de certains Indiens : dans « Le dernier trappeur », les tortures infligées à leurs ennemis par ces derniers sont longuement évoquées, et dès le pilote les héros rencontrent les cadavres abandonnés dans le désert après une attaque indienne.

 

A cette volonté de rejeter la partition manichéenne entre le Bien et le Mal, le scénario du pilote ajoutait le souci de recréer un Ouest sale et âpre où la boue des rues ternissait l’éclat trop lisse des légendes. L’arrivée à Cheyenne est de ce point de vue une scène emblématique : on y voit le troupeau de Tank Logan s’engager directement dans la rue principale de la ville, bousculant et risquant d’écraser les passants, voire de saccager les devantures en bois, retournant la boue dans laquelle pataugent les badauds tandis que des prostituées vident leurs pots de chambre depuis leur balcon et qu’une rixe projettent des bagarreurs hors du saloon. Là, au milieu du désordre, des négociants annoncent déjà leur prix pour enlever le bétail. Morgan découvre ensuite le quartier chinois, empli d’une foule bigarrée qui s’apostrophe et s’observe au milieu des étals disposés dans les rues. Ces éléments se retrouvent ensuite dans la série : le décor de « Ville ouverte » est encore une ville du bétail, comme celle où arrivent les convoyeurs de troupeau à la fin de « Terres brûlées » ; on y assiste en outre à la guerre que se livrent Mag et Annie Dent d’Argent, pourvoyeuses de « filles » pour les cow-boys, l’une dans le saloon qu’elle possède, l’autre dans un camp provisoire aménagé à chaque arrivée d’un convoi ; dans ce contexte, la mort n’est parfois qu’un élément du décor et l’entrepreneur de pompes funèbres local, loin de s’en émouvoir, sort son ruban à mesurer dès qu’un coup de feu se fait entendre. Dans « Les fils du ciel », on pénètre à nouveau dans un quartier chinois qui sera bientôt mis à feu et à sang par des Blancs furieux.

 

Enfin, cette âpreté que le pilote restitue à l’Ouest passe par la violence exacerbée qui s’y donne libre cours. Le shérif Moses vient à Tank Logan, à son arrivée à Cheyenne, en l’informant que l’usage des armes à feu est prohibé dans la ville, de manière à lutter contre la violence qu’amènent avec eux les cow-boys des convois. Cette problématique se retrouve dans « Ville ouverte », dont le marshal apprend à ses dépens que sa politique de tolérance à l’égard des armes à feu apportées par les convoyeurs est une porte ouverte à des incidents dramatiques. Un motif cristallise toutefois autour de lui la violence crue que la série refuse d’ignorer : celui de la pendaison. Il apparaît dès le pilote, dont l’un des personnages principaux est pendu sans procès à l’endroit même de son arrestation, à sa demande, pour échapper au procès qui l’attend. Dans les épisodes ultérieurs, ce motif est repris à plusieurs reprises : dans « Shanklin », ce sont les Texas Rangers qui pendent un criminel à un arbre, dans « Day of outrage », demeuré inédit en France peut-être pour cette raison-là, c’est une femme, tenancière d’un établissement de plaisir, qui est pendue sommairement à l’issue d’une parodie de procès pour avoir publié des pamphlets hostiles au plus gros éleveur de la région. Jamais la pendaison n’est montrée comme un événement banal ; au contraire, elle stigmatise la justice expéditive qui menace les habitants de l’Ouest et fait planer sur leur vie un danger constant.

 

 

Pour prolonger cette vision de l’Ouest, les producteurs n’ont pas engagé une petite poignée de scénaristes. La série ne compte que quinze épisodes (auxquels s’ajoute le pilote) mais ceux-ci sont écrits par treize scénaristes différents, dont Mark Rodgers. Les seuls à prêter leurs noms à deux épisodes sont Frank Telford et Anthony Lawrence. Le premier, réalisateur dans les années 1950 puis producteur et scénariste, a travaillé auparavant sur Le Virginien et Bonanza puis sur L’Homme de fer et Mannix entre autres. Entre 1974 et 1977, il signe plusieurs épisodes de Sergent Anderson pour David Gerber et on le retrouve en 1982 sur La loi selon McClain produite par Mark Rodgers. Il est en outre au cours de la décennie 1970 l’un des scénaristes récurrents de Hawaii Police d’Etat, dont il écrit notamment le tout dernier épisode « Woe to Wo Fat ». Anthony Lawrence, lui, a également écrit pour Bonanza et un grand nombre de séries de différents genres : guerre avec The Rat Patrol, fantastique avec Au-delà du réel et Le sixième sens, policier avec Cannon et Hawaii Police d’Etat, et bien sûr western avec Bonanza et Gunsmoke. Plusieurs des autres écrivains engagés par la production appartiennent à cette « première génération de la télévision » qui a travaillé sur les westerns des années 1950 à 1970, notamment Gunsmoke (Police des plaines) diffusée de 1955 à 1975 : Paul Savage a écrit pour Laramie, Daniel Boone, La Grande caravane, La Grande vallée et Gunsmoke ; Earl W. Wallace fut aussi un pilier de Gunsmoke dont il écrira encore les téléfilms au seuil des années 1990 et il sera après Sur la piste des Cheyennes l’une des chevilles ouvrières de La Conquête de l’Ouest, où James Arness troque l’insigne du marshal Dillon porté dans Gunsmoke contre la tunique de mountain man de Zeb Macahan ; Katharyn Michaelian Powers, récompensée pour le scénario de « Terres brûlées », venait d’écrire plusieurs épisodes de Kung Fu et passerait également à La Conquête de l’Ouest (avant, plus tard, de travailler sur Stargate SG-1) ; Ron Bishop, l’un des meilleurs scénaristes de Gunsmoke selon le comédien James Arness qui y tenait le rôle principal, avait œuvré sur The Restless Gun, Tombstone Territory, Bronco, Maverick, Bat Masterson, Laramie, Le Grand Chaparral, Le Virginien et participerait aussi à l’aventure La Conquête de l’Ouest ; Dick Nelson, qui écrirait dans les années 1980 pour Dynasty, Falcon Crest ou Arabesque, avait également Bonanza, Laramie, Rawhide, Daniel Boone, Gunsmoke et Le Virginien à son tableau de chasse et venait de travailler sur Alias Smith and Jones (Opération Danger) ; quant à William Putman, sa téléfilmographie contient des titres tels que Le Proscrit, Daniel Boone, The Cow-Boys, La Petite Maison dans la prairie et… Gunsmoke. A cette fine fleur rodée au genre s’ajoutent les scripts écrits par de jeunes scénaristes : Charles A. McDaniel, également acteur, passé par Dragnet 1967, L’Homme de fer, Kung Fu ; Sean Baine, scénariste de Section 4 et The Rookies pour Aaron Spelling puis de Police Story et Sergent Anderson pour David Gerber ; enfin, Judy Burns qui avait travaillé auparavant sur Sur la piste du crime, Star Trek, Mission : Impossible, L’Homme de fer et Toma. Pour chapeauter tout ce monde, c’est à Jack Miller que fut confiée la charge d’executive story consultant, qu’il avait occupée sur Gunsmoke entre 1971 et 1975. Scénariste depuis les années 1930, il avait aussi écrit pour Le Virginien et Bonanza.

 

La même parenté relie les réalisateurs choisis pour la série. Le plus prolifique d’entre eux, Bernard McEveety, a signé plusieurs dizaines d’épisodes de Gunsmoke et son nom est associé à quelques-uns des titres les plus marquants du genre (Le Virginien, Rawhide, La Grande vallée, Cimarron Strip dont il fut également producteur en 1967-1968, Bonanza…). Il signe pas moins de sept épisodes. Lee H. Katzin, qui signe le pilote, fut l’un des réalisateurs réguliers de Le Proscrit et de Hondo. Barry Shear, plus familier des policiers, venait de tourner plusieurs épisodes de Alias Smith and Jones. Earl Bellamy avait été l’un des réalisateurs attitrés de The Lone Ranger et Tales of Wells Fargo à la fin des années 1950 et avait œuvré sur Le Virginien, Laredo, Le Cheval de fer et Daniel Boone dans la décennie suivante. Corey Allen, acteur passé à la réalisation à la fin des années 1960, s’était fait les dents sur Le Ranch L et Le Grand Chaparral avant de travailler sur Police Story et Sergent Anderson. Alf Kjellin, autre comédien-réalisateur, avait tâté du Virginien et de Bonanza avant de travailler sur Gunsmoke et La famille des collines (The Waltons). Jerry London, le futur réalisateur de Detroit avec Rock Hudson et de Shogun avec Richard Chamberlain, avait lui aussi travaillé pour David Gerber et signerait peu de temps après plusieurs épisodes de Deux cents dollars plus les frais. Michael O’Herlihy avait réalisé des épisodes de Bronco, Maverick et Rawhide, il était passé également par Gunsmoke et Police Story. Quant à Barry Crane, directeur de production sur The Westerner en 1960, il avait été assistant réalisateur sur Au Nom de la loi l’année précédente et avait mis en boîte plusieurs épisodes de Police Story. On allait le retrouver peu de temps après sur les téléfilms de La Conquête de l’Ouest.

 

La conjonction de ces talents est en soi une promesse de qualité que la série tient haut la main. Le tournage, effectué en grande partie en Arizona, fit la part belle aux paysages filmés en plans d’ensemble, tandis que le décor urbain, que l’on reconnaît identique d’un épisode à l’autre, emporte moins l’adhésion. Les personnages s’inscrivent ainsi dans un décor qui restitue à l’Ouest son amplitude et augmente le plaisir que l’on prend à suivre les histoires. Quant aux costumes, supervisés par Grady Hunt, ils furent nominés aux Emmy Awards en 1977 pour l’épisode « La femme de la prairie » : d’emblée, les deux protagonistes sont identifiés par leur tenue, celle, indienne, de Morgan Beaudine servant de caractéristique majeure au show tandis que son frère Quentin porte un chapeau également reconnaissable. Ecriture, réalisation, cinématographie, costumes et production en général rehaussent donc la valeur du programme, qui hélas ne survivra même pas à sa première saison : la faute première, sans doute, à sa programmation, le mercredi soir à 22 h, après le NBC Movie of the Week… juste en face des Drôles de Dames d’ABC qui allaient en quelques mois imposer une Farrah-Fawcett-mania absolument imparable. Confrontées à la légèreté tonique des Anges de Charlie, les qualités de Sur la piste des Cheyennes et surtout son âpreté ne firent pas le poids. A la fin de 1976, après la diffusion de onze épisodes (plus le pilote), NBC enterra définitivement sa série sans diffuser les quatre derniers segments. En France, le programme fit son apparition dès février 1977, le dimanche après-midi sur Antenne 2. Le public français découvrait les inédits mais un épisode ne sera jamais doublé : « Day of outrage », que l’on évoquait un peu plus haut. Quant au téléfilm d’ouverture de la saison, « La captive », il ne sera proposé que plus tard sous forme de téléfilm unitaire, doublé par d’autres comédiens. On le verra par exemple sur RTL9, voire TV6 (ou M6), avant sa reprise récemment par Equidia.

Thierry LE PEUT

 

Découvrez ci-dessous le producteur et les acteurs...

 

 

David Gerber, producteur discret mais essentiel

 

David Gerber est entré à la télévision par le biais d’une agence de publicité, BBD&O, où il était television supervisor. Engagé successivement par plusieurs sociétés, il se retrouva en charge de la vente de séries au sein de la Twentieth Century Fox, où il s’occupa notamment de Voyage au fond des mers et Room 222. En peu de temps, il se lança lui-même dans la production et devint executive producer de Madame et son fantôme et de Nanny and the professor, ainsi que de Sam Cade avec Glenn Ford. On était alors au début des années 1970 et, en 1972, David Gerber fonda sa propre société, David Gerber Productions, au sein de laquelle il développa une anthologie policière en collaboration avec l’ancien policier devenu écrivain Joseph Wambaugh : Police Story, diffusée de 1973 à 1978 et enrichie ensuite de plusieurs téléfilms, jouit encore d’une solide réputation auprès de la critique et des professionnels de la télévision. Bien que la série sacrifie aux poncifs du genre, elle s’appuie sur une écriture de qualité et sut imposer un réalisme qui n’allait pas tarder à caractériser l’essentiel des productions Gerber. Du giron de la série sortiront d’autres productions, Sergent Anderson (Police Woman) avec Angie Dickinson (1974-1977) et Joe Forrester avec Lloyd Bridges (1975). Nombre de comédiens apparus dans Police Story collaboreront également à Sur la piste des Cheyennes, comme Don Meredith (il est l’un des flics récurrents de Police Story et le Texas Ranger Shanklin dans Sur la piste des Cheyennes) et Scott Hylands (qui joua Wambaugh lui-même dans un épisode de l’anthologie et est l’acteur invité de l’épisode « La taverne de Drucker »), de même que plusieurs producteurs, scénaristes et réalisateurs passeront d’une série à l’autre. Moins connue, mettant en vedette Gary Collins que l’on retrouve dans l’épisode « Les fils du ciel » de Sur la piste des Cheyennes, Vivre Libre (Born Free) était une série se déroulant en Afrique dans un parc animalier. Gerber transposa le réalisme de Police Story dans le milieu hospitalier en produisant Medical Story, un téléfilm diffusé en 1975. La qualité de ses productions valut à Gerber plusieurs nominations : nominée plusieurs fois aux Emmy Awards, Police Story remporta la distinction en 1976 dans la catégorie « Outstanding Drama Series » (Série dramatique remarquable) et le téléfilm The Lindbergh Kidnapping Case fut également nominé en 1976. Sur la piste des Cheyennes, dont la diffusion eut lieu en 1976, sera surnommée « le Mean Streets de l’Ouest » par TV Guide et dut son annulation à la concurrence des Drôles de Dames plutôt qu’à ses qualités intrinsèques. Continuant à produire séries et téléfilms, David Gerber intègre la société Columbia Pictures Television (anciennement nommée Screen Gems) et contribue à en faire un pourvoyeur de séries dramatiques de qualité. En 1981, il passe à MGM Television où il restera jusqu’en 1992, chapeautant des séries comme Lady Blue avec Jamie Rose (un Inspecteur Harry au féminin produit par Mark Rodgers), L’équipée du Poney Express, Dans la chaleur de la nuit et thirtysomething. C’est aussi la période où il fait revivre Police Story à travers un téléfilm, « Les meurtres de l’autoroute », réunissant Angie Dickinson, Richard Crenna et Ben Gazzara, et ressuscite les Douze salopards dans un téléfilm avec Telly Savalas et Ernest Borgnine. La mini-série George Washington, produite avec Buzz Kulik et Richard Fielder, est nominée aux Emmy Awards en 1984. Ayant quitté MGM, il noue une alliance avec ITC Entertainment puis devient président de All American Television qui produit notamment Alerte à Malibu. La vente d’All American à uine société anglaise, Pearson International Television, amène ensuite Gerber à rejoindre Fox Television Studios, la firme qui vit ses débuts trente ans plus tôt ; les films qu’il produit, The Lost Battalion et Vol 093, attirent de nouveau l’attention des critiques et des professionnels. En 2007, le producteur a inauguré sa propre étoile sur le fameux Hoolywood Walk of Fame. Marié depuis 1970 à la comédienne Laraine Stephens, David Gerber commercialise aussi un vin cultivé – sous la supervision de Madame – dans son vignoble de la Sierra Foothills au nord de la Californie.

 

Kurt Russell a commencé jeune…

 

Kurt Russell a vingt-cinq ans quand est diffusée la série Sur la piste des Cheyennes. Fils de l’acteur Bing Russell, un ancien joueur de baseball qui a joué un adjoint du shérif durant plusieurs années dans Bonanza, il est né à Springfield dans le Massachusetts le 17 mars 1951. Son premier rôle devant une caméra, il le tient en 1963 dans un film d’Elvis Presley, It Happened at the World’s Fair (Blondes, brunes, rousses), réalisé par Norman Taurog. Seize ans plus tard, il incarne le King lui-même dans l’Elvis que réalise John Carpenter pour la télévision ; c’est à la suite de cette collaboration que Carpenter confie au comédien le rôle de Snake Plissken dans New York 1997, un rôle qui lui colle à la peau et qu’il reprend en 1996 dans Los Angeles 2013. Entretemps, il apparaît dans deux autres films de Carpenter, The Thing en 1982 et Les aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin en 1986. Sa carrière connaît alors un creux dont le font sortir au début des années 1990 des films comme Backdraft, Tombstone et Stargate, où il incarne le Colonel Jack O’Neil (avec un seul l, au contraire de son successeur dans la série). En 2007, son statut d’acteur « culte » est entériné par Quentin Tarantino qui le dirige dans Death Proof, un rôle tout en dérision.

Sous contrat avec les studios Disney dès les années 1960, le jeune Russell a interprété le personnage de Dexter Reilly dans trois téléfilms produits par la firme aux grandes oreilles et que l’on voit encore de temps en temps sur Disney Channel. Mais il est déjà la vedette de sa propre série en 1963-1964 en incarnant le jeune Jamie McPheeters dans une série western inspirée de Rawhide, Les voyages de Jamie McPheeters, avec Dan O’Herlihy dans le rôle de son père et Charles Bronson en chef de convoi. On croise aussi son visage dans des séries telles que Des agents très spéciaux, Gilligan’s Island, Le Virginien, Laredo, Perdus dans l’espace, Sur la piste du crime et Le Fugitif, où il interprète le fils du Lt Gerard. D’autres apparitions dans les séries (Hec Ramsey, Room 222, Harry O notamment) le conduisent jusqu’à Police Story en 1974 et 1975, avant qu’il ne se voie confier le rôle de Morgan ‘Deux Personnes’ Beaudine par David Gerber.

 

Tim Matheson

 

De quatre ans (à peine) l’aîné de son partenaire Russell, Tim Matheson est né le 31 décembre 1947 à Glendale en Californie. Devenu aujourd’hui producteur et réalisateur, notamment sur Cold Case, il a débuté devant les caméras au début des années 1960 et a prêté sa voix à des personnages pour enfants dans Les aventures de Jonny Quest, Sinbad Jr et Space Ghost. A la fin des années 1960, il apparaît dans quelques longs métrages et durant toute la décennie suivante participe à beaucoup de séries : Adam-12, Le Virginien, Room 222, Owen Marshall, The D.A., Night Gallery, L’Homme de fer, Ah ! quelle famille, Kung Fu, Medical Center, Le Magicien et surtout Bonanza où il tient le rôle récurrent de Griff King en 1972-1973. En 1974, il apparaît dans un épisode de Police Story, peu de temps après avoir joué l’un des flics justiciers dans la ligne de mire de l’inspecteur Harry dans Magnum Force de Ted Post. Le rôle de Quentin Beaudine dans Sur la piste des Cheyennes représente alors un moment important mais la disparition de la série au terme d’une demi-saison ne lui permet pas de gagner une popularité suffisante pour devenir une tête d’affiche. En 1977, un an à peine après l’annulation de la série, il retrouve Kurt Russell dans un épisode de Hawaii Police d’Etat, « Les enjeux mortels », puis il apparaît dans un épisode de Les Têtes brûlées et incarne un as de la gâchette dans quelques épisodes de La Conquête de l’Ouest, en 1978. Les années 1980 le voient apparaître dans de nombreux téléfilms et également au cinéma, même si tous ces rôles ne marquent guère l’esprit du grand public. Wolf Lake, en 2001-2002, lui donne de nouveau un rôle récurrent mais la série disparaît très vite de même que Breaking News où il tient le rôle principal. Tout en réalisant des épisodes de New York 911, Ed, FBI Portés disparus, Numb3rs, Las Vegas entre autres séries, il a fait un passage remarqué par A la Maison Blanche en incarnant le Vice-President John Hoynes. En 2007, on l’a revu également dans un épisode de Shark.

 

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