The Beverly Hillbillies

Un article de Thierry LE PEUT

publié dans Arrêt sur Séries 11 (décembre 2002)

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Imaginez le père Matthieu devenant brusquement milliardaire parce qu’on découvre du pétrole sous son champ. Il ne lui reste plus qu’à abandonner veaux, vaches, cochons et ferme et à partir s’installer dans le Seizième ! C’est ce qui arrive à la famille Clampett, à ceci près que les Clampett sont américains et qu’au seizième arrondissement de Paris ils préfèrent les grands boulevards de Beverly Hills. A part ça, soyez sûrs d’une chose : les Clampett sont vraiment, mais alors vraiment, des ploucs !

 

Quand le film The Beverly Hillbillies est sorti en 1993, on en a un peu parlé en France surtout parce que la toute belle Erika Eleniak, alors nymphette des plages de Malibu dans la série de David Hasselhoff (la curieusement nommée Alerte à Malibu), y tenait le rôle d’une jeune ingénue toute fraîche débarquée de sa campagne natale et découvrant les us et coutumes de la grande ville. A l’époque, le magazine Ciné News  rappelait que « le Hillbilly est l’habitant de base du Texas profond ou du bas-Kentucky, amateur de bière, de baseball et de barbecue. En bref, c’est un plouc comme on en a chez nous mais en plus exotique », et le journaliste terminait en soulignant ironiquement que le film promettait d’être « un monument de culture américaine. »

 

En cela, il n’avait pas tout à fait tort. Sauf qu’il pensait, lui, à l’humour lourdingue dont le film faisait preuve, dans la foulée de Wayne’s World dont la réalisatrice Penelope Spheeris était aussi celle des Hillbillies incriminés. Mais si le film se rattache en effet à la culture américaine, c’est d’abord à sa culture télévisuelle. Non que le type de bouseux mis en scène dans le film ne soit pas un type réellement représenté dans les contrées de nos amis américains : on en verra d’autres dans les prochains épisodes de ce dossier consacré tout spécialement aux péquenauds qu’a déversés chez nous l’Oncle Sam, à commencer par les cousins de nos Hillbillies  installés à Hooterville (et que côtoyèrent durant 170 épisodes les héros new-yorkais des Arpents Verts, seuls à avoir timidement franchi l’Atlantique) et par les péquenauds du Sud profond mis en vedettes dans le flamboyant Shérif fais-moi peur. Quelques épisodes de Dallas  fournissent aussi de bons sujets d’observation au chercheur de bouseux, notamment l’« arc » de la onzième saison qui voit J.R. livré à l’abrutissement meurtrier d’une famille de dégénérés dont il épousera même la jeune et jolie soeurette, Cally.

 

Mais l’aspect « culturel » du film tient aussi à l’importance de son référent, une série inconnue chez nous mais qui au pays des bisons et des moonshiners fait encore l’objet d’une sorte de culte difficile à concevoir même pour les cultivateurs du Périgord. Pour vous donner un ordre d’idée, The Beverly Hillbillies a connu neuf saisons outre-Atlantique, soit une de plus que Ma Sorcière Bien-aimée, qu’elle coiffe au poteau avec 274 épisodes (contre 254 pour les aventures dramaticomiques de Samantha et Jean-Pierre au pays des sorcières). The Beverly Hillbillies continue d’être éditée en video trente ans après sa première diffusion sur le réseau de CBS aux Etats-Unis et sa vedette Buddy Ebsen a son propre site internet sur lequel il propose des lithographies inspirées par la série (http:// www. buddyebsen.com, tout bêtement). Contemporaine des nasalisations de Samantha Stephens, la série offre le même mélange de personnages vaguement « réalistes » et de situations démesurément loufoques, qu’on aurait presque peur d’oser mettre à la télévision tant elles se jouent des limites imposées par la simple décence !

 

 

Les ploucs débarquent

 

Quand il propose à CBS une idée de série fondée sur le vieux principe du fish out of water qui fait encore aujourd’hui le charme d’un Flic de Shanghai, Paul Henning a derrière lui une expérience de producteur appuyée sur quatre années du Bob Cummings Show, également intitulé Love That Bob. Plusieurs des acteurs du show se retrouvent d’ailleurs dans la nouvelle production de Henning, notamment Nancy Kulp, Joi Lansing et quelques guests comme Lyle Talbot, Rosemary DeCamp et King Donovan. Si la télévision de l’époque offre déjà des séries familiales situées hors des grandes villes, comme The Real McCoys  avec Walter Brennan ou The Andy Griffith Show  avec Andy Griffith et le jeune Ron Howard, Henning propose cependant de sortir ces « braves gens » de leur cadre de vie habituel et de les plonger dans un univers à l’opposé du leur. Les ploucs des collines face aux gens fortunés de Beverly Hills.

 

Le propos de Henning n’est cependant pas de se moquer des « braves gens » sur lesquels repose son concept. Pas plus d’ailleurs que de stigmatiser les moeurs de leurs riches faire-valoir. Si au départ les gens de CBS préféraient des histoires très morales, délivrant à chaque épisode une leçon de vie comme le faisait The Real McCoys, Henning sut les convaincre que la série devait au contraire éviter tout regard moralisateur et se concentrer sur les situations et les personnages. Non que ceux-ci soient dotés d’une personnalité complexe : la série repose avant tout sur des situations excessives et décalées, volontiers répétitives, et si les Clampett ont un aspect réaliste par leurs vêtements, leurs manières et leur langage, ce réalisme ne s’accompagne pas d’une étude de caractères à vocation sociale. Non, simplement la volonté de Henning était de raconter des histoires simples visant d’abord à faire rire. Rien de plus.

 

Les critiques ne furent pas tendres lorsque la série débarqua sur CBS le mercredi 26 septembre 1962 à 21 h. Newsweek parla du « show le plus effrontément lourd depuis des années », tandis que le Time stigmatisait la propension de la série à utiliser sans cesse les mêmes plaisanteries éculées. Leurs confrères ne trouvèrent pas davantage à racheter le programme qui, pourtant, devint un hit après seulement trois semaines. Se hissant à la première place dans les sondages, The Beverly Hillbillies devait conserver durant ses neuf années d’existence un public fidèle et nombreux et continuer d’attirer les foules lors de ses rediffusions. Entre trente et soixante millions de téléspectateurs suivaient chaque semaine les aventures improbables des Clampett : par plaisir de voir de braves gens prendre une sorte de revanche sur les « richards » de Beverly ou simplement par goût du divertissement sans prétention ? La critique ne comprendra jamais la raison de ce succès.

 

En huit ans, les protagonistes de The Beverly Hillbillies ne changeront pas d’un pouce. Certes, ils finiront par s’aguerrir un tant soit peu, mais sans s’intégrer jamais à leur nouvelle société. Une immuabilité qui se manifeste d’abord par les costumes, inchangés durant toute la série, à l’exception d’épisodes particuliers nécessitant une garde-robe adaptée. Jed Clampett est aussi indissociable de sa lourde veste marron et de son chapeau défraîchi que Granny de ses robes de mamie campagnarde et Elly May de ses jeans moulants (malgré les quatorze ans que le personnage est censé avoir au début de la série). En huit ans, le générique ne connaîtra pas non plus de changements majeurs, suivant pas à pas l’arrivée de la « tribu » à bord du vieux tacot familial jusqu’à sa résidence somptueuse.

 

 

Famille, je vous aime

 

Mais prenons le temps de faire connaissance avec ces personnages hauts en couleurs (même si les trois premières saisons ont été tournées en noir et blanc). Jed Clampett est le patriarche de la tribu. Veuf, il cultive un solide bon sens qui consiste avant tout à ne pas se mêler de juger les autres mais à leur tendre la main le cas échéant. D’une grande naïveté, il sera toujours prêt à mettre ses millions (25 au début de la série, près de 100 huit ans plus tard !) au service d’une bonne cause, qu’il s’agisse d’aider des étudiantes dans le besoin ou de proposer au Président des Etats-Unis un plan de lutte contre la pollution. Plus embarrassé qu’enchanté par sa fortune, il a donc une certaine tendance à la jeter par la fenêtre, ce qui attire bien entendu les escrocs de tout poil, notamment Shafty Shafer, alias Honest John (l’Honnête Jean), qui réussira à vendre à Jed Central Park et une bonne partie de Manhattan mais aussi le Capitole de Washington ou le Pentagone !

 

Granny, la belle-mère de Jed, n’a pas grand-chose à voir avec les grands-mères d’un Prix Goncourt. Elle aussi est pleine de bon sens, mais son entendement assez limité ne la prédispose pas vraiment à l’ouverture d’esprit et elle ne verra jamais sa nouvelle terre d’accueil autrement qu’avec méfiance et amertume. A ses yeux, tout à Beverly Hills constitue une menace potentielle, à commencer par les ustensiles modernes, qu’elle parviendra pourtant en partie à domestiquer, exigeant bientôt d’avoir son propre téléphone pour pouvoir converser aves ses amis restés « là-bas ». Régulièrement, Granny souffrira du mal du pays au point de menacer de repartir dans les collines, où elle a laissé sa vie et ses amis. Régulièrement aussi, elle brandira son fusil de chasse pour tenir à distance les indésirables. Mais ce qui définit plus que tout le personnage, borné et hautement pittoresque, c’est son obsession de trouver un mari convenable pour sa petite-fille Elly May. Enfin, convenable, c’est une vue de l’esprit puisque Granny est capable de se jeter sur tout ce qui bouge pour caser enfin sa petite-fille, consciente qu’à quatorze ans elle est déjà presque... une vieille fille ! Enfin, Granny a un hobby qui fournira des intrigues périodiques à la série. Elle a en effet une forte réputation de guérisseuse dans les collines et est persuadée de pouvoir guérir n’importe quoi mieux que les médecins de la grande ville. A chaque printemps, de plus, elle absorbe une potion dont elle seule a le secret et qui, outre qu’elle lui conserve une santé de cheval, peut produire sur les autres des effets parfois dévastateurs, comme sur le professeur d’ornithologie de la quatrième saison (épisode 137). Son goût des décoctions toniques apparente la brave mamie aux trafiquants d’alcool de contrebande devenus des légendes dans le Sud des Etats-Unis parce qu’ils échappaient à la police à bord de véhicules surpuissants, abreuvant des Etats entiers de leur boisson illicite baptisée moonshine. Une vieille tradition américaine qui fournira la trame de base de Shérif fais-moi peur une vingtaine d’années après les exploits des Beverly Hillbillies.

 

Restent les enfants. Elly May, la « petite » de la famille, est peut-être une jeune fille de la campagne, avec tout ce que cela sous-entend d’ingénuité et de charme « naturel », mais elle n’est pas pour autant complètement vulnérable. Dès le deuxième épisode, un ami du banquier Drysdale se retrouve sur le carrelage pour avoir voulu toucher la marchandise, ce qui en dit long sur le caractère de la « petite ». Dans la série comme pour des milliers de téléspectateurs, Elly May sera bien, pourtant, l’atout charme du programme, moulée dans des jeans savamment découpés pour ne rien cacher des formes de l’actrice Donna Douglas. Au cours de la série, la jeune et jolie fillette connaîtra plusieurs aventures déclinées en « arcs », du neveu du banquier Drysdale, Sonny, dans la première saison, à l’homme-grenouille Mark Templeton dans la huitième. Un homme-grenouille qui mettra d’ailleurs la pauvre Granny dans des états pas possibles puisqu’elle s’imaginera qu’il est réellement à moitié grenouille et craindra une contagion pour sa famille entière (épisodes 255 à 262) ! Elly May a une autre caractéristique, cependant : elle a la passion des animaux, prenant soin d’un véritable zoo constitué de chats, de chiens et même d’un chimpanzé qui commettra à l’occasion quelques gaffes, à l’instar de la Judy de Daktari.

 

Enfin, la famille Clampett ne serait pas ce qu’elle est sans le neveu de Jed, Jethro Bodine, une sorte de colosse plein de bons sentiments et irrésistiblement attiré par le sexe faible. Non seulement Jethro conservera jusqu’au bout sa propension à sauter sur tout ce qui bouge, mais il se distinguera aussi par une tendance à l’indécision, passant son temps à essayer divers métiers parmi les plus insolites et faisant preuve, à tout le moins, d’un éclectisme farouche. Tour à tour joueur de baseball, acteur, soldat, agent de vedettes et restaurateur, il fait preuve d’une maladresse et d’un sens de la démesure qui n’ont d’égal que son enthousiasme à toute épreuve.

 

 

Seconds rôles

 

La distribution de The Beverly Hillbillies se distingue aussi par ses seconds rôles. Ils sont si importants, en vérité, que la série compte de nombreux « arcs » qui structurent chacune de ses saisons, dessinant une géographie des Hillbillies  autour de nombreux lieux introduits petit à petit aussi bien qu’une galerie de portraits variés et particulièrement bien travaillés.

 

Dès la première saison, les Clampett accueillent dans leurs murs la cousine Pearl, la mère de Jethro, restée « au pays » mais qui ne tarde pas à rejoindre ses parents dans la somptueuse demeure de Beverly. D’abord amoureuse de John Brewster, le directeur de la compagnie qui a rendu les Clampett riches à millions en achetant leur terre pour son pétrole, elle se fera une raison en le voyant épouser une autre femme et se consolera en goûtant les joies de la vie de château. Au grand dam d’ailleurs de Granny qui ne tardera pas à ne plus la supporter. Auprès de la cousine, Paul Henning introduit dès le troisième épisode la soeur de Jethro, Jethrine, une fillette bien en chair au charme très masculin puisqu’elle est en fait jouée par Max Baer Jr, lequel prête ses traits également... à Jethro ! Pour accentuer l’effet, Henning confiera à sa propre fille Linda le soin de prêter sa voix au personnage, créant un décalage irrésistible avec le physique de l’acteur.

 

Moins anecdotique, la présence du banquier Milburn Drysdale justifie le concept même de la série puisqu’il a à charge d’incarner la société huppée de Beverly Hills. Présent au générique, Drysdale est plus qu’un second rôle et restera dans la série jusqu’au dernier épisode, au même titre que son assistante dévouée, Jane Hathaway (une ancienne du Bob Cummings Show  de Henning). Dans le deuxième épisode, on le voit se remémorer la manière dont il a installé les Clampett dans la résidence voisine de la sienne afin de toujours garder un oeil sur eux et, surtout, sur leur fortune. Tout au long de la série, l’idée de voir ses nouveaux voisins s’envoler avec leurs millions sera l’obsession de Drysdale, dont les Clampett deviennent dans le premier épisode ses plus importants clients. On comprend alors que les fréquentes crises de Granny et ses menaces de retourner au pays soient pour lui un cauchemar, de même que la propension de Jed à semer ses millions aux quatre vents ! Cupide et rusé, Drysdale est le type même du capitaliste égocentrique pour qui tous les moyens sont bons dès lors qu’ils lui permettent d’arriver à ses fins. Lorsque les Clampett feront l’acquisition d’un château en Angleterre, il les y suivra pour les empêcher de dilapider leur fortune et finalement les ramener à Beverly, près de sa banque. C’est lui aussi qui s’occupe, très vite, des investissements de la famille, achetant au début de la troisième saison un studio de cinéma qui fournira à la série nombre de scénarii et augmentera l’« enracinement » des Clampett en Californie.

 

Si Drysdale le banquier est un être cupide et sans scrupules, sa femme Margaret est, elle, le type même de la bourgeoise coincée mais imbue d’elle-même. Du jour où les Clampett s’installent à sa porte, elle n’a qu’une idée en tête : les renvoyer dans leurs montagnes, dont ils ont les manières frustes et insupportables. Pour y parvenir, elle est prête à toutes les ruses. L’opposition entre les Clampett et Mme Drysdale est mise en abyme par leurs chiens respectifs : un joli toutou récompensé par un prix de beauté et baptisé Claude (celui de la femme du banquier, bien entendu) et un vulgaire chien de chasse appelé Duke.

 

Dans l’ombre de Drysdale, la douce et patiente Jane Hathaway est l’antithèse de son patron. Là où ce dernier est intéressé, elle est réellement touchée par la simplicité des Clampett et souhaite faciliter leur intégration à leur nouvelle communauté. Bien souvent, son rôle sera finalement de les protéger des agissements de Drysdale lui-même !

 

Au fil des saisons, plusieurs personnages récurrents viennent soutenir la distribution originale. Le majordome distingué des Drysdale, par exemple, Ravenswood, que son patron chargera un temps d’inculquer aux Clampett quelques notions de civilisation, ce qui, on s’en doute, ne sera pas chose facile. Ou bien encore le banquier John Cushing qui, de 1964 à 1967, tentera de séduire les Clampett afin qu’ils abandonnent Drysdale pour déposer leur fortune dans sa propre banque. Lorsque Drysdale acquerra les studios de Mammoth Productions pour les Clampett, le réalisateur Lawrence ‘Larry’ Chapman deviendra également un personnage récurrent mêlé de loin en loin aux « aventures » des montagnards de Beverly Hills. Le petit ami acteur d’Elly May, Dash Riprock (de son vrai nom Homer Noodleman) réapparaîtra lui aussi régulièrement à partir de la troisième saison, ainsi que d’autres personnages plus ou moins sympathiques, de Sonny Drysdale, le neveu du banquier, à l’escroc Shafty Shafer. Signalons enfin une participation en forme de clin d’oeil, celle des musiciens Lester Flatt et Earl Scruggs qui ont composé le générique de la série et qui honoreront de leur présence sept des 274 épisodes de la série.

 

 

Ecriture en arcs

 

La popularité des Beverly Hillbillies  sera telle aux Etats-Unis que quelques stars de renom prêteront leur visage à la série le temps d’un épisode, en premier lieu l’actrice Gloria Swanson, vedette du Boulevard du Crépuscule de Billy Wilder en 1950 et ancienne star du muet, et John Wayne lui-même dans l’épisode 158, « The Indians Are Coming ». Le géant de La Famille Addams, Ted Cassidy, y fera également une apparition (dans l’épisode 168).

 

Diffusée d’abord à 21 h le mercredi soir, face à la série médicale Ben Casey sur ABC, l’épopée des Clampett sera déplacée à 20 h 30 en 1964 et opposée cette fois au Virginien sur NBC. Avec l’arrivée de Peyton Place sur ABC en 1968, elle retrouvera son horaire initial avant de revenir à 20 h 30 pour sa dernière saison. De 1965 à 1969, elle sera immédiatement suivie des Arpents Verts, série dérivée de Petticoat Junction qui, de 1963 à 1970, mettait en scène des amis des Clampett dans leur environnement campagnard. Durant toute la production de Petticoat Junction, ses héros feront d’ailleurs des apparitions chez les Beverly Hillbillies et inversement.

 

Comme Ma Sorcière Bien-aimée, The Beverly Hillbillies s’appuiera constamment sur ses personnages récurrents et développera de nombreuses histoires sur plusieurs épisodes, chaque saison offrant son comptant d’« arcs » autour d’intrigues spécifiques. Parmi les histoires filées sur deux épisodes, citons le diptyque fondateur, « The Clampetts Strike Oil » et « Getting Settled », où les héros débarquent dans la Ville et, après s’être enfuis au terme du premier épisode, finissent par s’installer dans la résidence voisine de la maison Drysdale. Le premier segment s’ouvre sur plusieurs plans de voitures somptueuses et rapides filant sur Sunset Boulevard, jusqu’à ce que la caméra s’arrête sur un vieux tacot surmonté d’un amoncellement d’objets hétéroclites d’où émergent les quatre protagonistes, tout frais débarqués de leurs montagnes. Une fois le véhicule parvenu à l’entrée de la future résidence Clampett, l’image repart en arrière et on découvre ce qui s’est passé avant le départ de la famille pour la Ville. On découvre alors Jed et Granny dans une misérable cabane qui évoque La Ruée vers l’or de Chaplin, puis l’arrivée de John Brewster, le directeur de la compagnie OK Oil venu proposer une fortune à Jed.

 

Il arrive fréquemment, surtout dans les dernières saisons, qu’une intrigue soit filée sur plus de deux épisodes. Ainsi en est-il de la relation d’Elly May avec Mark Templeton dans la dernière saison, qui aura des répercussions inattendues sur Granny et s’étendra sur neuf épisodes (254 à 262), ou du mariage de Shorty Kellems avec Elverna Bradshaw dans la saison 8 (épisodes 241 à 246), une histoire qui se poursuit d’ailleurs avec d’autres apparitions de Shorty. Cette écriture tout en longueur et en références contribue à tirer la série vers le feuilleton, à l’instar d’autres sitcoms populaires comme Les Jours Heureux / Happy Days ou, plus proche de nous, l’aventure des Friends.

 

 

Bouffonneries familiales

 

Comme la grande majorité des sitcoms, The Beverly Hillbillies s’appuie à la fois sur les ressorts du comique, en l’occurrence la farce bouffonne que les anglo-saxons appellent slapstick, et sur l’imagerie familiale traditionnelle. De nombreux épisodes se fondent sur un quiproquo ou une autre forme de malentendu : dans « The Flying Saucer » des acteurs sont pris pour des extraterrestres, dans « The Giant Jackrabbit » Granny prend un kangourou pour un lapin géant (et dans « The Big Chicken », deux ans plus tard, une autruche pour un poulet géant), dans « The South Rises Again » elle confond des acteurs et de vrais soldats de l’armée confédérée, recommençant à sa manière la guerre de sécession... Les animaux sont une autre des ficelles récurrentes de la série, qu’il s’agisse du chimpanzé d’Elly May dans « Jethro’s Graduation », d’un hippopotame dans « Super Hawg », du kangourou et de l’autruche précités ou encore d’un gorille joué par un acteur réel dans le diptyque « The Gorilla » et « Come Back, Little Herby ».

 

Côté famille, la série épouse une perspective également très classique. Aussi étranges puissent-ils être, les Clampett forment un clan extrêmement soudé que rien ne viendra jamais séparer. L’acharnement de Granny à marier sa petite-fille et celui de Jed à voir Jethro mener une vie rangée situent les Clampett dans une ligne on ne peut plus « normale », quand bien même leurs personnalités sont un tantinet... excentriques. La simplicité des protagonistes est un élément également très normatif de la série : indifférents au pouvoir de l’argent, les Clampett resteront toujours fidèles à leurs principes rudimentaires, préférant une cause noble, comme la lutte contre la pollution, à un train de vie somptuaire. On est loin de l’univers faussement « simple » de Beverly Hills 90210, qui sous couvert de montrer la « haute société » à travers le regard de deux ados moins fortunés que les autres (les parents de Brandon et Brenda travaillent, eux), fait étalage de voitures de sport et de garde-robes « branchées ». Les Clampett ne renieront jamais leur côté campagnard et se garderont de donner des leçons aux autres.

 

Il n’en reste pas moins, bien sûr, que leurs choix comme leurs principes constituent, n’en déplaise au producteur Paul Henning, une forme de morale, rendue plus explicite par le fait que le banquier Drysdale est l’éternel perdant, celui dont les machinations ne fonctionnent jamais, à son grand désespoir, le ridicule méchant loup d’un dessin animé de Tex Avery. The Beverly Hillbillies ne déroge donc pas à la règle qui veut que simplicité et principes servent d’exemple dans les séries familiales américaines. Et puis, c’est pour rire, non ?

Thierry LE PEUT

 

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