The 100

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Programmée par The CW du 19 mars au 11 juin 2014, The 100 a offert au network l’un de ses meilleurs démarrages à près de 3 millions de téléspectateurs, puis s’est stabilisée autour du million et demi. Des chiffres relativement modestes mais pas catastrophiques et, surtout, un accueil critique mitigé mais qui souligne le caractère intéressant de cette nouvelle déclinaison de la SF apocalyptique.

 

Nous sommes dans le futur. La Terre est devenue inhabitable à la suite d’un conflit nucléaire dont les seuls survivants furent, a priori, les habitants des douze stations spatiales alors en orbite autour de la planète. Regroupées, ces douze stations forment une gigantesque Arche spatiale peuplée, quatre-vingt-dix-sept ans plus tard, de plus de deux mille survivants dirigés par un « gouverneur » et un conseil de dirigeants. Des décisions draconiennes ont dû être prises pour assurer l’existence des survivants, comme de limiter les naissances à un seul enfant par foyer. Les contrevenants sont sévèrement punis et les enfants « en surplus » sont arrêtés et emprisonnés, comme le sont tous les mineurs reconnus coupables de l’un des crimes classifiés. Au moment où commence la série, la situation est critique car il est devenu évident que la survie de tous n’était plus envisageable. Sous peu, l’oxygène manquera et la station ne pourra plus fonctionner comme auparavant. C’est pourquoi le conseil décide d’envoyer secrètement sur la Terre un vaisseau contenant cent adolescents sortis des cellules de l’Arche. L’objectif de cette mission : déterminer si la Terre est de nouveau habitable. L’Arche doit rester en contact avec les Cent, tous pourvus d’un bracelet communiquant à la station spatiale des données biométriques. Las ! dès l’entrée dans l’atmosphère de cette expédition insolite, les communications sont rompues. Les données des bracelets sont bien reçues mais il est impossible à l’Arche de contacter les Cent, et inversement.

The 100 est adaptée d’une série de romans de Kass Morgan. Le premier volume, The 100, a paru en 2013, le second, Day 21, en 2014. La série télé, confiée au producteur exécutif Jason Rothenberg qui en a écrit l’adaptation, constitue une preuve de plus que The CW, chaîne plutôt destinée aux adolescents à l’origine, vise désormais un public adulte. Au niveau des personnages d’abord, The 100 est partagée entre deux groupes distincts, l’un constitué des adolescents envoyés sur la Terre, l’autre des adultes restés sur la station spatiale. Chaque groupe se voit dédier son propre arc narratif. Ainsi les ados revisitent-ils Sa Majesté des Mouches, Lost et Terra Nova dans un environnement naturel plutôt hostile tandis que les adultes vivent une situation de survie difficile qui peut rappeler Battlestar Galactica (d’autant plus facilement que deux acteurs de la série de SyFy se retrouvent « invités » sur la station, Alessandro Juliani – Felix Gaeta dans Battlestar, ici Sinclair – et Kate Vernon – Ellen Tigh dans Battlestar, ici la conseillère Diana Sydney, dont le prénom évoque également la diabolique Diana de V ).

 

 

Il est naturel de jouer au jeu des références lorsque l’on découvre une nouvelle série. La question est le plus souvent de savoir si le nouveau programme réussira à s’affranchir de ces références pour imposer une « personnalité » originale. The 100 y parvient au fond assez vite. On peut n’être pas convaincu immédiatement par l’ambiance ado qui domine la vie de l’expédition envoyée sur la Terre, et The 100 n’échappe pas à l’étalage de jolies plastiques et d’intrigues amoureuses tarabiscotées qui font craindre une déclinaison très ado-orientée de ce récit de survie post-apocalyptique. Mais il devient rapidement évident que les scénaristes entendent installer une atmosphère moins naïve que ne le laisse craindre la « prise de pouvoir » des ados sur le show. Dès le premier épisode, en effet, la palette de couleurs impose des teintes sombres qui, on le comprend, expriment aussi la tonalité du récit. Au fil des épisodes, celui-ci s’enracine dans une violence qui d’abord surprend et qui ensuite retient l’attention. Non pour la violence en soi mais parce qu’elle dénote une volonté de ne pas édulcorer la problématique de la survie. Livrés à eux-mêmes comme le sont les enfants de Sa Majesté des Mouches, le roman de William Golding adapté au cinéma par Peter Brook en 1963, les ados de The 100 se déchirent parce qu’ils ne sont pas d’accord sur l’attitude à adopter : se plier aux règles de la mission établies par les adultes de l’Arche ou, au contraire, tirer profit de leur liberté retrouvée pour fonder une société autonome qui n’aura plus de comptes à rendre aux adultes. Les deux camps se dessinent autour de deux personnalités antithétiques : une fille, Clarke Griffin, fille de la scientifique en chef de l’Arche, et un garçon, Bellamy, dont on apprend bientôt qu’il a embarqué sur le vaisseau des 100 après avoir tenté d’assassiner le Gouverneur Jaha.

Cette scission rampante s’accompagne d’une défiance générale qui conduit les ados à s’entretuer dans les moments de crise. On retiendra en particulier une scène de lynchage particulièrement brutale et un meurtre perpétré de façon inattendue par une fillette sur un personnage perçu comme l’un des protagonistes du show. Tout cela dans les premiers épisodes. Viennent ensuite des scènes de torture et de combats qui s’inscrivent dans un struggle for life poussé à l’extrême. Certes, ces éléments nous laissent en terra cognita puisqu’ils ont déjà été développés par des séries comme Lost. De fait, la comparaison s’impose lorsque les ados découvrent la présence autour d’eux de plusieurs communautés de survivants plutôt mal disposées à leur égard (les Autres de Lost), et qu’une véritable guerre éclate entre les Cent et les Terriens (Grounders en v.o.). La géostratégie de The 100 évoque elle aussi Lost, avec cette idée d’élargir peu à peu la conscience de l’espace pour révéler un tableau général où le cadre des premiers épisodes apparaît comme une infime partie de l’ensemble (en l’occurrence, il existe un lieu qui joue un grand rôle au début de The 100, qui reste inaccessible et qui se révèle essentiel au terme de la première saison). On a ainsi le sentiment tout au long de la première saison d’assister à une version reliftée ados de Lost, et la conclusion de la saison, qui ouvre une fenêtre sur la saison suivante, ne fait que renforcer cette impression. Mais on reconnaît quand même à la série d’avoir su nous surprendre et retenir l’attention.

 

 

La même remarque s’applique aux événements qui se déroulent dans la station spatiale parallèlement à ceux qui déchirent les adolescents sur la Terre. La nécessité de survivre appelle des décisions dramatiques qui ne cèdent pas à une facilité, disons, à la Star Trek, où l’ingéniosité humaine permet souvent d’éviter des incidents cataclysmiques. Ici, un drame annoncé n’est pas forcément évité, ce qui montre, toujours, la volonté de décrire une réalité cruelle, au lieu de désamorcer systématiquement les enjeux. The 100 est bien une série d’aujourd’hui au sens où elle pousse ses personnages en avant, ne reculant pas devant la suppression brutale d’un personnage et l’écriture de rebondissements qui changent la donne de départ. Ainsi la situation des personnages est-elle bien différente en fin de saison de leur situation initiale, et aucun retour en arrière n’est plus possible.

 

 

La réussite des scénaristes est donc d’avoir su composer avec la nature adolescente du show et lui faire obstacle en développant une atmosphère adulte, dans les enjeux comme dans les personnages. Certes, The 100 comporte ses gentils et ses méchants ; mais les premiers sont amenés à agir d’une manière parfois contestable tandis que les seconds peuvent se montrer vraiment redoutables. En outre, les rôles ne sont pas immuables. On en prendra pour exemple le personnage de Kane, le second du Gouverneur Jaha, présenté comme une sorte d’éminence grise, un homme ambitieux prêt à toutes les félonies pour « prendre la place du vizir », et qui se révèle plus ambigu qu’on ne l’aurait cru (le personnage renvoie aussi inévitablement à Lost puisqu’il est incarné par Henry Ian Cusick, qui fut Desmond Hume dans la série de Cuse & Lindelof).

On ne sera donc pas naïf : la volonté de désigner Lost et Battlestar Galactica comme sources d’inspiration est manifeste dans le casting de The 100, et les intrigues comme le ton de la première saison confirment cette volonté. Il faut y voir sans doute un souci de se démarquer du côté adolescent du roman de Kass Morgan pour proposer une histoire plus âpre. Le but est indéniablement atteint avec les treize épisodes de la première saison, mais l’essai reste à transformer pourtant. Car si surprise il y a eu lorsque la série s’est révélée moins naïve qu’attendu, les intrigues en elles-mêmes ne présentent rien de véritablement original et le cliffhanger de fin de saison est on ne peut plus classique, tant dans le fait de laisser le spectateur dans l’incertitude quant au sort de plusieurs personnages majeurs que dans les ultimes images du show qui augurent de rebondissements au fond peu surprenants. Suite de l’exploration de The 100 à partir du 22 octobre 2014 sur The CW.

Thierry LE PEUT

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