publié en décembre 2004 (ASS 19)

par Thierry Le Peut

 

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TF1 aime parfois programmer le samedi ou le dimanche après-midi des séries qui n’ont pas trouvé leur public outre-Atlantique, entendez : qui ont été très vite annulées. Après les deux saisons de La Loi du fugitif (dont le héros n’était pas un fugitif), FBI Family et sa famille entière d’agents inspirés de la réalité et de Spy Kids, voici Agence Matrix qu’ABC a annulée après seize épisodes.

Daniel Voll, journaliste ayant beaucoup écrit sur les questions de sécurité, fut à l’origine de ce projet que Michael Edlestein, ancien exécutif de CBS, l’aida à développer pour la télévision. Le pitch en est simple : une agence spéciale formée d’agents d’élite recrutés dans les différents services d’espionnage et de renseignement américains (FBI, CIA et NSA notamment) est chargée de neutraliser les menaces les plus importantes dirigées contre les Etats-Unis. Autour du Colonel Roger Atkins, la série réunit Jamie Denton (ancien Mr Lyle de Le Caméléon), Kelly Rutherford (de Melrose Place), Anthony Azizi (vu dans 24 saison 2 en terroriste mais promu ici au rang de « gentil » musulman), Mahershalhalhashbaz Ali (essayez de lire son nom pendant le générique) et Shoshannah Stern, comédienne sourde qui campe une experte parmi ceux que compte l’unité d’élite. Un casting éclectique comme il se doit et fondamentalement politiquement correct, au sein duquel se cache une dimension familiale puisque les personnages de Denton et Rutherford ont été mariés.

Le titre original, Threat Matrix, est le nom du rapport que le Président est censé recevoir (et lire ?) chaque matin, issu des différentes agences, et mentionnant les menaces susdites par ordre de priorité. Il réunit surtout le mot le plus emblématique de l’actuelle psychose post-11 septembre que le sieur Kerry a longuement accusé le sieur Bush d’entretenir savamment dans l’esprit des Américains, et un autre mot mis à la mode par le succès d’une trilogie désormais fameuse. Il s’agit visiblement d’attirer le chaland en lui promettant à la fois un spectacle et une mise en fiction des événements contemporains. La question que l’on se pose a priori est bien sûr : quelle sera la part de réalité et la part de spectacle dans le produit fini ?

Question qui reçoit une réponse a posteriori dès que l’on découvre les épisodes diffusés (dans le désordre le plus total, cela va sans dire) par TF1. La première image du générique montre un satellite-espion zoomant avec effet de caméra sur la Maison Blanche où des mains expertes viennent remettre au Président le Rapport Threat Matrix. Le ton est donné : la série met en scène un attirail technologique qui, s’il était réellement utilisé par les agences américaines, faciliterait grandement leur travail, de même que les moyens dont disposent les experts de CSI aideraient la police criminelle à augmenter son efficacité. Forts de cette supériorité technologique, les super-agents sont potentiellement capables d’espionner tout ce qui se passe dans le monde : car, au contraire de ce qui se passe dans la vie réelle, il suffit de demander un satellite pour en disposer aussitôt, de même qu’il suffit de prononcer le nom d’un engin high tech pour le matérialiser immédiatement. On exagère, bien sûr, mais c’est en gros l’idée de cette série qui, si elle constitue un excellent divertissement, bien ficelé et suffisamment tonique, n’en demeure pas moins tout à fait irréaliste en dépit des sujets traités, « empruntés » à l’actualité.

Un critique a remarqué que les agents d’élite de Threat Matrix résolvaient en moins de 45 minutes ce qui prendrait une saison entière à Jack Bauer : le fait est que les thèmes utilisés par la série sont les mêmes que ceux de 24, et dont Espions d’Etat faisait aussi grand usage. Alertes à la bombe et au virus, avions kamikazes, attentats multiples sont pain bénit pour ce show qui ne révolutionne aucun genre mais, notons-le encore, se laisse agréablement regarder. Le malheur est qu’ABC mit tant d’espoirs en son produit qu’elle l’opposa à Friends et Survivor, le jeudi soir, un créneau évidemment suicidaire même si le network lança Threat Matrix une semaine avant Friends et rediffusa le pilote le dimanche soir, mettant en outre sur pied une stratégie marketing à base de bandes-annonces dans les salles de cinéma et de messages sur les sites internets visités par le public-cible. En pure perte : ABC abandonna son bébé à la mi-saison après avoir diffusé quinze épisodes.

Tag(s) : #Arrêt sur Télé

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