publié en mars 2001 (ASS 4)

par Thierry Le Peut

 

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Les Américains l’ont accueillie chez eux le dimanche 19 septembre 1999, nous un an et demi plus tard. Programmée en remplacement de Flic de mon coeur le dimanche après-midi sur France 2, juste avant Un Agent très secret qui, aux Etats-Unis, fréquente le même network (CBS), Amy a déjà reçu plusieurs récompenses et une foule de nominations en à peine deux saisons d’existence dans son pays d’origine. Un TV Guide Award pour Amy Brenneman, l’héroïne, et un Q Award (Viewers for Quality Television) pour Tyne Daly, qui fait là son grand retour dans une série après Cagney et Lacey dans les années quatre-vingt.

 

Créée en partie par l’actrice Amy Brenneman (que l’on a vue dans NYPD Blue et au cinéma dans Daylight), la série est une chronique tranquille que les critiques ont déjà rapprochée de Providence (toujours attendue sur TF1 au moment où nous tapons ces lignes). La mère de Brenneman fut l’une des premières femmes diplômées de Harvard et la fille est elle-même passée par la prestigieuse université, où elle a étudié les religions comparées. Juge à la Cour Suprême du Connecticutt, maman Brenneman aurait inspiré le personnage d’Amy, jeune magistrate nommée au Tribunal des Affaires Familiales de Hartford, une petite ville du Connecticutt où tout le monde se connaît.

D’emblée, ce côté petite ville séduit, qui faisait déjà le charme de High Secret City (dont on retrouve ici deux productrices, Nicole Yorkin et Dawn Prestwich). Les couleurs du Nord-Est des Etats-Unis aussi, cet aspect été indien qui réchauffe et qui s’accorde idéalement avec l’intérieur boisé des salles du tribunal. Celles-ci sont à l’image de la ville, petites, presque intimes à côté des arènes ouvertes au public auxquelles nous ont habitués les séries d’avocats comme La Loi de Los Angeles ou New York District. Ici, Madame le Juge ne siège pas sur une estrade d’où elle foudroie l’auditoire respectueux. Elle s’assied sur une chaise, à peine capitonnée, à hauteur des juristes et autres assistants sociaux qui viennent lui soumettre leurs cas de conscience. D’égale à égaux, son secrétaire-greffier assis dans un coin à une longueur de bras de son bureau.

 Les premières minutes d’Amy évoquent les premiers pas d’Ally ou de Felicity. Images familiales empreintes de nostalgie, retour gentiment ironique sur le passé, coup de hasard qui débouche sur l’avenir où s’ouvre la destinée télévisuelle de notre héroïne : sur le point de se marier (mais est-elle vraiment amoureuse ?) dans sa robe de lin blanc et sa probité candide, Amy joue sa décision sur une pièce de monnaie, à pile ou face. Dix ans plus tard, on la retrouve couchée dans son lit, seule, à l’aube d’un nouveau départ. Son mariage n’est plus et cette fois il n’est pas question de jouer aux dés son avenir : ce matin, elle va vivre ses premiers instants de Juge des Affaires Familiales. Des années passées, elle a cependant gardé une fille de sept ans, Lauren, adorable progéniture qui n’a qu’un regret : ne pas avoir une famille « normale ».

Mais qu’est-ce que c’est donc, une famille normale ? Et un juge compétent ? Quelles décisions faut-il prendre pour faire le bonheur des gens, celui d’une famille et le sien propre ? Ce sont les questions qu’Amy va très vite se poser en devant statuer sur des cas difficiles (les magistrats en charge des affaires cherchent toujours à tester les nouveaux en leur refilant les dossiers les plus délicats, lui explique, à froid, son secrétaire-greffier). On grimace quelque peu en voyant notre juge faire connaissance avec ses nouveaux locaux et ceux qui les fréquentent : peu sûre d’elle, incertaine des us et coutumes du lieu, quêtant l’approbation ou un simple encouragement, elle ne se distingue guère de l’héroïne candide qui va multiplier gaffe sur gaffe avant de prouver qu’elle a la carrure de l’emploi. Mais la suite nous rassure : finalement, la jeune femme prend rapidement ses marques et nous épargne le coup de l’ingénue. En quelques répliques et un coup de marteau, la voilà bien dans sa robe et prête à nous entraîner à sa suite.

L’originalité d’Amy (mais en est-ce vraiment une ?) est de faire de la profession de l’héroïne le prolongement de sa vie familiale : là où Ally passe son temps à défendre le droit à l’amour des autres tout en cherchant elle-même sa vérité en la matière, Amy s’efforce de recoller les morceaux de la Famille Eclatée de notre société moderne, c’est-à-dire de limiter les dégâts. Comment être un juge compétent ? Il n’y a aucune recette, lui répond sa mère : il faut suivre son intuition, comme à la maison.

Tyne Daly, en maman qui ne mâche pas ses mots (elle fait fuir sa belle-fille en lui demandant des nouvelles de sa fécondation in vitro en plein repas), fait son comeback dans une série. Les cheveux poivre et sel, portant haut ses quelques kilos en plus, elle impose d’autorité son rôle de matrone intègre et passionnée. Ennemie de la demi-mesure, elle n’y va pas par quatre chemins mais n’a finalement qu’un désir, le même que sa fille : se savoir utile. En semi-retraite après vingt-huit ans dans l’assistance sociale, elle continue d’être une référence dans la petite ville de Hartford, ce qui ne va pas sans faire de l’ombre à fifille. Avec la grand-mère, la mère et la petite fille, ce sont trois générations de femmes qui vivent au rythme de leurs vies respectives, chacune dans une saison différente mais toutes avec les désirs et les soucis de leur âge. Il faut attendre encore pour juger la juge mais le premier épisode se révèle prometteur, peuplé de personnages attachants ni trop mièvres ni trop caricaturaux.

Tag(s) : #Arrêt sur Télé

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