Revue des premiers épisodes

par Thierry Le Peut


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Depuis le 10 octobre 2012, CW diffuse Arrow, qui a rejoint la liste de ses plus grands succès, où elle côtoie Vampire Diaries et 90210. Devant les bonnes audiences des premiers épisodes, la commande de CW est passée de 13 à 22 épisodes, et un 23e a ensuite été commandé. Une deuxième saison est d'ores et déjà annoncée.

Que penser de Arrow ? La série a certainement des atouts. Les scènes d'action sont réussies et le comédien Stephen Amell est un athlète accompli, que la série ne se prive pas de montrer torse nu durant les séances d'entraînement intensif qu'il réalise dans son antre secret. En développant parallèlement deux trames complémentaires, le présent dans lequel le héros traque les bad guys de sa cité et le passé dans lequel on découvre ce qu'il a vécu durant les cinq années passées sur une île lointaine, où il a appris à survivre en dépit de dangers mortels, Arrow reproduit le schéma de Lost mais sans chercher à en imiter la complexité. Les deux actions sont ici très linéaires et très simples, impliquant le héros principalement. Le développement de l'intrigue passée éclaire le présent au fur et à mesure de leur déroulement conjoint. 

 

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L'efficacité a cependant un corollaire : Arrow ne fait pas dans la finesse. On se lasse vite des mimiques très limitées de Stephen Amell, même si elles sont censées exprimer la solitude émotionnelle du héros, qui se méfie de tout le monde (à raison), y compris de ses amis et de ses parents les plus proches. Pour mener à bien sa mission, il doit cacher sa double personnalité et sa situation devient plus difficile à assumer à mesure que le temps passe. Que la responsabilité en incombe à l'écriture du personnage ou au jeu de Amell, toujours est-il que le héros, Oliver Queen, manque d'épaisseur et fait figure de "robot" plus que d'être humain. Sa relation avec son acolyte Diggles prend vite l'allure d'une amitié virile entre deux montagnes de muscles, même s'ils ont l'occasion d'évoquer leurs failles, leurs doutes, leurs peurs.

La série devient toutefois plus intéressante quand elle affronte son héros à des alter ego taillés dans le roc du justicier. La problématique du Green Arrow est celle du vigilante, ce mot américain que l'on traduit en général par "justicier" et qui dédsigne celui qui fait justice lui-même, pas forcément dans l'idée d' "être juste" mais parfois aussi avec celle de se venger d'un affront. Le vigilante ne se réfère qu'à sa propre notion de justice et entend l'appliquer sans se situer dans le cadre de la loi. Il est hors-la-loi et, s'il ne cherche pas forcément à tuer, il en est capable. De là l'opposition (classique, bien sûr) entre le justicier et la police. Mais l'intérêt n'est pas tant dans cette opposition que dans l'arrivée dans la série d'autres personnages de vigilantes, qui amènent le héros à remettre en cause sa propre croisade, sa propre manière d'agir. L'image du justicier apparaît ainsi moins lisse, moins "politiquement correcte" que, par exemple, dans Smallville. La série opte, par conséquent, pour une image sombre, glauque, en accord bien sûr avec les tons verts induits par le costume du justicier, mais qui font aussi l'un des attraits du show. Celui-ci ne s'adresse pas (ou pas seulement) au jeune public, mais vise également une audience adulte.

 

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Les mystères de Arrow ne sont pas originaux, et seul leur développement dira s'ils valent l'attention qu'on leur aura accordée. Mais la figure de Merlyn, par exemple, interprété par John 'captain Harkness' Barrowman (Torchwood), prend de l'épaisseur au fil des épisodes et peut réserver des surprises intéressantes, au contraire de la partie soap de la série (les rapports du héros avec maman et soeurette rebelle, et la relation qu'il entretient avec son ex, Laurel, qu'aime et courtise son meilleur ami, le fils de Merlyn) qui, sans être inutile, ne brille pas par son originalité. Rien ne change finalement depuis Diderot, qui écrivait qu'on ne fait pas de bonne histoire avec la vertu, et que le vice est autrement plus captivant !

Bref, Arrow apparaît comme un divertissement musclé doublé d'un soap classique mâtiné de conspiration. La partie musclée se plaît tellement à mettre en scène des combats frontaux qu'elle en oublie facilement toute subtilité, mais ça peut plaire. Et il semble d'ailleurs que ça plaise. On attend quand même de voir où tout cela va mener au terme de la première saison, et si la série sera capable de ménager des moments intenses, comme en recelait Heroes dans ses grandes heures. A suivre... 

 

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