publié en décembre 2001 (ASS 7)

par Thierry Le Peut    

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Si P.J. avait beaucoup fait parler d’elle lors de son arrivée sur France 2 en 1997 (voir ASS 6), l’heure est désormais aux policiers plus noirs, dans la veine de Police District (dont on reparlera prochainement) programmé par M6. C’est justement l’un des acteurs de cette dernière, Olivier Marchal, également partenaire de Sophie Duez dans Quai n°1, que l’on retrouve au générique de Central Nuit diffusée en septembre et octobre derniers sur la chaîne publique. Mais pas en qualité d’acteur : c’est au scénario qu’Olivier Marchal fait son retour dans la fiction policière « innovante », en équipe avec Mathieu Fabiani et Bernard Marié, Michel Creton endossant la veste du flic fatigué mais toujours debout face à une Elisa Servier tout en sobriété dans le rôle d’un substitut du Procureur de la République parfois prise entre ses principes, qui la rapprochent des flics, et le poids de la politique.

Central Nuit propose une brochette de flics parisiens qui, à défaut d’originalité (on pourrait comparer l’équipe de la série à celle de Police District), sont du moins très bien interprétés par des comédiens peu connus. Autour de Michel Creton, on découvre ainsi Clovis Cornillac en dur au coeur d’or, plaqué par sa moitié qui s’est tirée en emmenant leur rejeton, Lucie Jeanne en jeune femme flic vulnérable mais bien accrochée, et Yannick Soulier en belle gueule au carnet de rendez-vous « overbooké ». Le premier épisode démarre fort puisque la jeune femme est prise en otage par des détraqués qui se sauvent en kidnappant le chien d’un homme d’affaires. De quoi démontrer l’attachement du Commandant Franklin à sa subordonnée, même si l’on apprend en chemin qu’il est maqué avec une autre, une infirmière d’une vingtaine d’années plus jeune que lui : « Quand on ne rêve plus, on veut partager les rêves de quelqu’un d’autre », explique-t-il comme pour justifier la différence d’âge.

Au-delà des affaires sur lesquelles travaillent les flics de Central Nuit, c’est une ambiance que la série réussit à créer. Une ambiance assez proche de celle de Police District (encore...), en plus soft - mais l’aînée, déjà, avait dû se délester d’une partie de sa noirceur en passant la barre de la deuxième saison. L’action n’est pas l’essentiel de la série, qui préfère le dialogue et les scènes d’intérieur, au Central. Convocations de témoins et de suspects, identifications, interrogatoires constituent l’ordinaire de ce Central Nuit, qui bénéficie d’un studio spacieux aux allures de hall de gare, grosse horloge comprise.

D’emblée, l’espace est habité par un Creton sobre, humain, qui donne le ton juste. Son Commandant Franklin est un chef respecté de ses hommes parce qu’il s’efforce d’être toujours juste, avec eux comme avec les victimes, ou les coupables. Un chef usé par des années d’usine, fatigué des compromissions politiciennes mais qui continue de s’accrocher, comme s’il ne pouvait pas se résoudre à lâcher son monde. « C’est à cause de trucs comme ça que je finirai par laisser tomber ce métier de con », déclare-t-il à sa compagne à la fin d’« Accident diplomatique ». N’empêche qu’il est toujours là et que son visage creusé porte les stigmates d’une vie de policier. Autre citation, du même épisode, à un policier au bout du rouleau qui vient d’essayer de se suicider: « Tu es flic. Y’a pas la moitié des types que tu croises dans la rue qui pourraient faire ce que tu fais. » Plus qu’une propagande maladroite, on sent ici la résignation d’un personnage qui n’attend plus de reconnaissance mais qui fait son boulot avec la conviction que ça sert à quelque chose. Franklin se situe ainsi à la lisière du cynisme, dans lequel il n’a pas encore basculé mais qui le guette à chaque affaire, parce que chaque affaire le met en face de ses limites, et des limites de son métier.

Produite par Christian Charret et Thierry Caillon, Central Nuit est une série à découvrir, plus adulte que P.J. par son ton mais plus consensuelle aussi que Police District. A suivre de près.

Tag(s) : #Arrêt sur Télé

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