La jeunesse d'Albator

Un article de Thierry LE PEUT

paru dans Arrêt sur Séries 33 (printemps 2009)

  

Depuis  Albator 78, qui vit la « naissance officielle » du personnage ( voir « La genèse d’Albator » à la fin de cet article ) dans son propre manga animé, le corsaire de l’espace fait partie de l’univers télévisuel non seulement japonais mais international. Son véritable nom, Captain Harlock, n’est peut-être connu que des plus accros mais il a fini par se substituer à son patronyme français avec la sortie de Captain Herlock, The Endless Odyssey, où le personnage retrouve la voix française de Richard Darbois qu’il avait à l’origine et qui lui fut enlevée dans Albator 84 et dans Cosmowarrior Zero. Enfin, il est possible de découvrir, avec Cosmowarrior Zero et Captain Herlock, de découvrir en France les exploits du corsaire dans leur version originale sous-titrée, après des décennies de VF exclusives assorties de leurs chansons françaises kitsch et des « adaptations » de nombreux noms de lieux, de vaisseaux et de personnages. Les années ont en outre révélé au public français l’ampleur de l’univers de Leiji Matsumoto, le créateur du personnage, auteur de manga adulé dans son pays : ce qui permet de relever les allusions que comportent les différentes séries du « maître » à ses autres créations. Galaxy Express 999, Gun Frontier, Queen Emeraldas sont ainsi des pans de l’univers de Matsumoto longtemps restés inconnus en France, en dehors du cercle des connaisseurs du manga.

 

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Cosmowarrior Zero, diffusé en 2001 au Japon mais commercialisé en DVD en France en 2008, par Kaze, est sous-titré La jeunesse d’Albator justement pour être plus reconnaissable par les non-initiés (en fait, c’est même ce titre alternatif qui est mis en avant au détriment du titre original, comme le montre le visuel ci-dessus). De fait, Albator (son nom français lui est conservé dans la VF mais les sous-titres utilisent Harlock) est bien l’un des protagonistes de l’aventure, mais pas le personnage principal. Ce dernier est le commandant de la flotte terrienne Warius Zero, chargé par le gouvernement terrien de neutraliser Albator qui représente une menace pour la paix fragile entre la Terre et les Humanoïdes qui s’en sont emparés. Le corsaire n’apparaît pas dans tous les épisodes et le véritable sujet de la série est le parcours de Zero et de son équipage, symbole d’espoir pour l’avenir car constitué d’humains et d’humanoïdes forcés de vivre ensemble et de coopérer pour remporter des victoires successives.

Impuissant à sauver la Terre de l’invasion des Humanoïdes, le commandant Warius Zero a perdu sa femme et son enfant lors des destructions massives perpétrées par l’armada ennemie. Après la paix conclue par le gouvernement terrien, désormais placé sous le contrôle du Gouvernement Galactique, il reçoit pour mission de traquer et d’éliminer le corsaire Albator, qui a fui la Terre pour se battre à sa manière contre l’envahisseur, arborant la bannière de la liberté, le drapeau à tête de mort. Son vaisseau, le Death Shadow (l’Ombre de la Mort) est devenu la terreur de l’espace tandis que le corsaire est vu comme un héros par une partie de la population des diverses planètes, combattant selon un code d’honneur qui n’est plus, hélas, celui des armées régulières et encore moins des Humanoïdes. Pour remplir cette mission, Zero exige de pouvoir commander le Karyu, fleuron de la flotte terrienne, à bord duquel il embarque un équipage composé d’hommes aguerris mais aussi de jeunes soldats dont l’idéalisme impulsif n’ira pas sans poser quelques soucis au commandant. Surtout, une partie de l’équipage est constituée d’Humanoïdes qui excitent la haine de certains humains, occasionnant des conflits internes que le jeune commandant devra résoudre pour espérer fédérer son équipage autour de la mission commune. 

Zero étant le héros de la série, on se doute, bien sûr, qu’il ne restera pas l’ennemi irréductible d’Albator, qu’il commence par poursuivre mais dont il devient l’allié contre une menace autrement plus grande. Toutefois, l’univers de Matsumoto, s’il fonctionne par ajouts et approfondissements, se jouant de la linéarité temporelle pour explorer d’une série à l’autre différents moments de la vie de ses personnages, procède aussi par une « mythification » de ces personnages, qui au travers des péripéties conservent une sorte de caractère immuable. Devenu l’ami d’Albator au terme des 13 épisodes de Cosmowarrior Zero, Zero redevient un ennemi acharné dans les deux épisodes « ajoutés », qui constituent une histoire autonome, Harlock vs. Zero… où il est obsédé par le désir de neutraliser le pirate avant, de nouveau, de s’allier à lui par le jeu des circonstances ! Un pas en avant, un pas en arrière, c’est une danse qui peut déconcerter le public occasionnel mais qui fait aussi partie de cet univers, sans cesse étendu mais dont les le tracé s’accommode de contradictions pas toujours négligeables. Zero a donc pour vocation d’être l’adversaire d’Albator, c’est son destin, sa qualité mythologique, appelée à demeurer au fil des variations où se croisent d’autres figures récurrentes de l’univers en expansion (la chasseuse de primes Sylviana, la pirate Emeraldas, l’ami d’Albator Tochirô, l’énigmatique Maetel, le Galaxy Express…). 

Ce jeu avec ses personnages est caractéristique de l’univers de Matsumoto. Comme l’écrit Olivier Paquet dans un article, « En revisitant ses univers, en les modernisant, en jouant avec, Matsumoto […] a ce souci d’éternité, persuadé que passé et futur peuvent se retrouver et cohabiter. » 1 D’Albator 78 à Albator 84, puis de Cosmowarrior Zero à Captain Herlock, c’est le même personnage, et autour de lui les mêmes figures et les mêmes thèmes, qui en effet se modernisent tout en conservant leurs qualités mythiques. Au-delà des contradictions, ce sont des motifs que Matsumoto reprend en modifiant à la fois les données de l’histoire et la tonalité générale, tissant la trame à la fois identique et différente du « mythe » d’Albator.

 

Zero, guerrier humaniste

 

Cosmowarrior Zero reprend le thème fondateur de la saga, la lutte pour la liberté et la cohésion autour d’un personnage fédérateur. Si Albator occupe la toile de fond, réunissant autour de lui des alliés qui ont choisi la liberté plutôt que l’esclavage, fût-ce au prix de la mise au ban d’une fédération des planètes soumise aux Humanoïdes, le jeune commandant Warius Zero occupe, lui, le premier plan, comme une reprise du même motif : bien qu’il appartienne au gouvernement terrien soumis lui-même à la volonté dictatoriale des Humanoïdes, il fait figure de solitaire aux commandes du Karyu, dont l’équipage lui est dévoué, et prend peu à peu conscience des enjeux secrets de sa mission. Au terme de celle-ci, il rejoint les alliés d’Albator pour faire front commun contre le projet de destruction qui menace l’ensemble de l’espèce humaine dans l’univers. L’un comme l’autre, toutefois, Albator et Zero, se dressent contre la destruction et la dictature, non contre les Humanoïdes en bloc : car ceux-ci forment eux aussi un peuple doué de sentiments, plus complexe que ne le voudrait un pur manichéisme, capable d’amour et de procréation, composé certes d’une minorité despotique mais également d’une « majorité silencieuse » qui travaille et réclame le droit à la dignité. C’est tout le contexte du Karyu, symbole d’espoir qui sillonne l’espace en quête de cette dignité qui n’est plus strictement humaine mais étendue à l’ensemble des « races » pensantes et sentantes. Ni simple exécutant du pouvoir ni rebelle affilié aux « pirates » de l’espace, Zero se place entre les camps, dans l’affirmation de son libre-arbitre. S’il croit en sa mission, il poursuit surtout la justice et est obsédé par son impuissance passée et un désir profond de racheter celle-ci. Il n’a pas su préserver la Terre mais aspire, désespérément, à sauver les valeurs pour lesquelles il s’est néanmoins battu durant la guerre qui s’est achevée par la capitulation de sa planète. Il est donc aisé de voir combien il est proche d’Albator, dont il rejette pourtant la bannière à tête de mort, au nom de sa propre conception de la justice.

 

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Cet ardent désir de justice oblige Zero à mener son premier combat au sein même de son navire, le Karyu. Là, en effet, humains et humanoïdes entrent en conflit violent dès le début de la mission, les seconds refusant aux premiers la dignité qu’ils réclament, multipliant au lieu de cela les humiliations et les brutalités, confiant aux « robots » les travaux les plus durs et leur déniant le droit au même repos qu’eux-mêmes. La révolte des humanoïdes, dans l’épisode « L’influence de Marina », tourne vite à l’affrontement armé et la solution qu’y apporte Zero est significative de ses convictions : « Je décide donc de placer les humains et les humanoïdes impliqués dans une seule et même cellule. […] Parce que sur le Karyu nous sommes tous camarades, et si nous ne parvenons pas à établir un climat de confiance nous ne pourrons pas nous entraider et risquer nos vies en cas de conflit. » Dans ce combat, les premiers adversaires de Zero sont donc ses propres pairs, à commencer par son jeune et impulsif premier officier, Ishikura, qui ne dissimule pas son mépris des humanoïdes et mettra du temps à le surmonter pour adopter, enfin, l’esprit de réconciliation et de respect de son commandant. « Les humains et les humanoïdes peuvent former une équipe formidable, s’ils essaient de se comprendre », déclarera Zero à Albator dans « Harlock mon ami ». Zero bénéficie de l’approbation active de son nouveau commandant en second, Marina, qui non contente d’appuyer ses décisions est la première à réclamer davantage de justice au sein de l’équipage. Le rapprochement qui se dessine progressivement entre Zero et Marina, outre qu’il assure la présence du romantisme dans la série, est également symbolique de la réconciliation souhaitée entre les deux « espèces » : car on découvre vite que Marina est une humaine mécanisée, c’est-à-dire en partie humanoïde. 

Le motif de la mécanisation d’humains est l’un des leitmotiv de la série : contraints par le risque d’extinction ou poussés par les Humanoïdes ou leurs sympathisants, de nombreux humains, parfois des peuples entiers (comme celui de Marina) ont accepté la mécanisation. S’ils ont conservé une apparence humaine, leur corps est désormais constitué d’eau et d’éléments mécaniques. Ils annoncent, en fait, une prochaine génération d’humanoïdes, à l’apparence humaine, que l’on découvrait dans la précédente série Albator 84. Le Gouverneur Galactique lui-même, qui s’emploie à « expurger » l’univers de toute vie humaine, se révèlera être un humain mécanisé ayant appartenu au peuple de Marina. Ainsi la série évite-t-elle le manichéisme qui aurait consisté à opposer deux espèces totalement différentes, l’une représentant le Bien et l’autre le Mal. Les deux notions se trouvent mêlées dans les deux espèces et le Mal est avant tout une question de choix, non de nature. Le manichéisme cède donc à un humanisme que Matsumoto développe dans l’ensemble de son œuvre. 

A l’égard de son « ennemi » Albator, Zero applique la même conception de la justice. Il combat le corsaire parce que celui-ci a choisi la dissidence et la bannière à tête de mort, alors que Zero espère changer les choses de l’intérieur. Mais il entend le combattre sans trahir les valeurs en lesquelles il croit. Là encore, c’est vers ses propres subordonnés que se tourne sa colère lorsqu’ils font fi du code d’honneur en vigueur à Gun Frontier et tentent d’attirer Albator dans un piège en capturant son meilleur ami Tochirô : ils ont passé le cou de ce dernier dans une corde liée à un gibet et on posé sur lui une bombe qui doit exploser s’il ouvre seulement la bouche pour mettre en garde son ami le pirate. Témoin de l’inconduite de ses hommes, à qui il avait donné des consignes sans ambiguïté, Zero s’en prend physiquement à son premier officier Ishikura et admoneste le groupe qui l’a suivi. « Etes-vous vraiment mes hommes ? Les soldats de la Flotte Indépendante, des hommes droits et intègres épris de liberté ? Je suis désolé d’avoir à vous le dire, mais j’ai honte de vous ! » Ces propos leur sont adressés devant Albator et Tochirô, en qui Zero a reconnu « deux véritables amis ». « Un homme est fort, d’autant plus fort, quand il est entouré d’amis qui partagent les mêmes idéaux. Avez-vous de tels amis et êtes-vous prêts à mourir, êtes-vous prêts à mourir pour quelqu’un ? Vous avez lâchement attaqué deux véritables amis… » (« Harlock mon ami ») Assumant sa responsabilité de commandant, Zero s’excuse alors auprès d’Albator, qu’il est censé tuer. Cet attachement au code d’honneur est une autre constante de l’œuvre de Matsumoto : en l’occurrence, c’est un terrain sur lequel se rejoignent le soldat et le corsaire, qui finissent par échanger leurs points de vue autour d’un verre, comme deux amis (lire « Harlock mon ami » à la fin de cet article). L’attitude d’Albator est d’ailleurs sans équivoque devant l’admonestation de Zero et les remords de ses subordonnés : il approuve l’une autant que les autres, reconnaissant là les valeurs auxquelles il a lui-même voué sa vie, et son combat.

 

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la force du destin

 

Humanisme, code d’honneur, destin aussi. Dressés l’un contre l’autre par les circonstances alors qu’ils partagent des valeurs essentielles, les deux hommes sont liés par le destin qu’ils se sont choisi. Albator a opté pour la vie de corsaire parce que l’étendard à tête de mort est pour lui le symbole de la liberté sans laquelle il ne saurait vivre. Zero, au contraire, accepte une soumission relative aux Humanoïdes car il refuse d’abandonner la Terre et de la laisser sans protection. Son cœur reste libre mais son devoir le lie à la Terre, donc aux Humanoïdes. D’où son désir de voir les humains et les humanoïdes vivre en harmonie sur son vaisseau, et plus tard dans l’univers. En ce sens le Karyu est le vaisseau de l’espoir, tandis que l’ambiguïté du choix d’Albator se traduit dans le nom de son vaisseau, le Death Shadow (l’Ombre de la Mort). Sa vie de pirate n’est qu’un moyen de parvenir à un idéal que partage Zero, idéal qui dicte le nom de son futur vaisseau, encore en préparation : l’Arcadia. 2 Amis le temps d’un verre à Gun Frontier, Zero et Albator se jurent à la fin de cette trêve qu’ils se combattront loyalement mais sans merci. De cette force du destin, motif primordial de l’imaginaire de Matsumoto, procède aussi le caractère mythique des personnages : unis à la fin de Cosmowarrior Zero, ils ne peuvent que s’affronter de nouveau dans Harlock vs. Zero. Car tel est leur destin. 

Au contraire des séries Albator 78 et Albator 84, Cosmowarrior Zero propose une histoire suivie en 13 épisodes ; certains segments possèdent une autonomie (la révolte des humanoïdes, la planète du désespoir), d’autres forment des two-parters (Gun Frontier, la bataille finale) mais la continuité de l’histoire est mise en avant par l’annonce de l’épisode à venir à la fin de chaque segment. L’évidence du destin peut alors être soulignée visuellement par des images récurrentes – on écrirait presque des « métaphores obsédantes » pour reprendre une expression en usage en littérature. Le rappel de la femme et de l’enfant perdus de Zero rappelle que la rédemption et la quête de la paix perdue guident ses actes ; l’image énigmatique (visuelle et sonore) d’une goutte d’eau, qui accompagne tout au long Marina, anticipe la révélation de sa véritable nature mais aussi le finale de la série, où cette particularité jouera un rôle décisif. Dans le cas d’Albator et de ses alliés, c’est plutôt l’annonce d’un futur encore à venir mais déjà réalisé dans les séries antérieures qui trace le destin des personnages tout en tissant des liens avec les déclinaisons déjà connues de l’univers de Matsumoto : Tochirô en particulier évoque plusieurs fois le vaisseau encore en construction qui remplacera le Death Shadow, l’Arcadia, et l’alliage secret qui le rendra quasi indestructible. 

Ces images récurrentes et cette volonté de créer une cohérence en dépit des contradictions présentes dans les différentes séries trahissent le côté wagnérien de l’œuvre de Matsumoto, puisque les images récurrentes du mangaka font écho aux leitmotiv de Wagner. L’auteur a ainsi revendiqué l’influence de Wagner sur son Harlock et a même mêlé ses personnages à l’opéra de Wagner dans L’Anneau des Nibelungen (Nibelung no Yubiwa), publié en France par Kana.3

 

 

NOTES

1. Olivier Paquet, « Le maître du temps », in Beaux Arts hors-série 2H « Qu’est-ce que le manga ? », novembre 2008, p. 98.

2. Ce nom, Matsumoto l’a emprunté au roman Douloureuse Arcadie de l’Allemand Peter Mendelssohn, adapté au cinéma par Julien Duvivier en 1955, sous le titre Marianne de ma jeunesse.

3. Harlock Saga – L’Anneau des Nibelungen est disponible en coffret dvd vf et vost chez l’éditeur Beez. 6 épisodes, 2 dvd, environ 30 €.

  

Harlock mon ami

 

Dans « Harlock mon ami », Zero et Albator se rencontrent lors d’une trêve dans le saloon de Gun Frontier. Leur conversation permet de souligner leurs ressemblances et les voies différentes qu’ils ont choisies. Deux hommes de la même trempe que le destin a dressés l’un contre l’autre…

 

ALBATOR – Mes hommes et moi, nous avons décidé de vivre sous l’étendard de la liberté.

ZERO – L’étendard de la liberté ? Un homme de ta trempe et de ta valeur devrait vivre autrement et brandir un drapeau plus digne que celui des pirates.

ALBATOR – Je préfère de loin combattre en tant que pirate plutôt que de me soumettre aux Humanoïdes. C’est là mon choix. En attaquant leurs vaisseaux, je réduis leurs forces. Cela sert les humains. En fait, je me bats pour les humains.

ZERO – C’est ce que tu dis. Mais tu as aussi attaqué un vaisseau-cargo.

ALBATOR – Oui et alors ? Sais-tu au moins ce que transportait ce fameux vaisseau-cargo ? Tu aurais été surpris !

ZERO – Qu’est-ce que tu veux dire ?

ALBATOR – Je n’ai rien à dire, sauf qu’il y a des choses qu’il faut que tu voies de tes propres yeux.

ZERO – Dis-moi, pourquoi as-tu abandonné la Terre ? Parce que tu n’aimais pas les Humanoïdes ? Mais ceux qui sont restés pour aider à la reconstruire, tu les as aussi abandonnés.

ALBATOR – Et toi, Zero ? Pourquoi ne quittes-tu pas la Terre ? Tu sais parfaitement qu’elle n’a plus la force de se battre.

ZERO – Et si moi aussi j’abandonne la Terre, alors qu’adviendra-t-il ? Qui restera pour se charger de la protéger ?

ALBATOR – Si tu préfères obéir aux ordres des Humanoïdes plutôt que de les combattre, tu n’arriveras à rien.

ZERO – Quoi qu’il arrive, je ne l’abandonnerai jamais. Je continuerai à me battre pour la Terre, même au péril de ma vie. Telle est ma voie, je n’en changerai pas.

ALBATOR – La mienne est différente. J’ai fait le choix de vivre sous le drapeau à tête de mort. Il représente pour moi le symbole de la liberté.

ZERO – Est-ce que tu continueras toujours à le brandir, cet étendard de la liberté, même si on te considère comme un traître ?

ALBATOR – Zero, même si les apparences sont parfois trompeuses, je n’ai pas, moi non plus, abandonné la Terre. Un jour viendra où elle reprendra espoir et où elle se battra pour un nouvel avenir. En attendant ce jour, je travaille d’arrache-pied et je construis un nouveau vaisseau en secret. Tu vois, moi aussi je me bats pour l’avenir du genre humain.

ZERO – Je n’ai pas besoin de l’aide d’un pirate pour protéger la Terre. Depuis le temps, j’ai appris à me débrouiller tout seul.

ALBATOR – Oh, vraiment ? Franchement, tu ne peux rien faire avec ton vieux rafiot !

ZERO – J’en ai un autre. On m’a donné un nouveau vaisseau, qui est sûr et très performant.

ALBATOR – J’en prends note. A partir de maintenant, devant un ennemi je serai sans pitié.

TOCHIRO (assis à une table avec Emeraldas) – Ne vous en faites pas, Albator ne pense pas ce qu’il dit. En fait, il est heureux de savoir qu’il y a encore des hommes comme vous sur Terre.

EMERALDAS (à Tochirô) – C’est bizarre. Ils ont l’air de s’apprécier et pourtant cet homme fera tout pour tenter d’éliminer Albator.

TOCHIRO – Je sais, et il risque d’y arriver. Il faut beaucoup de cran pour survivre sur Terre et pour se plier aux règles établies par les Humanoïdes. Et cet homme en a. Notre vaisseau va bientôt être transformé ; c’est une question de semaines, et quand l’Arcadia sera prêt, nous serons invincibles, vous entendrez parler de nous. Bonne nuit. (Il s’endort sur les genoux d’Emeraldas.)

 

  La genèse d’Albator

 

En 1978 est diffusée au Japon la série animée de 42 épisodes Uchû Kaizoku Captain Harlock (Capitaine Harlock, le pirate de l’espace), qui arrive en France deux ans plus tard, rebaptisée Albator. C’est la première série animée consacrée vau personnage de Leiji Matsumoto, mais pas la première apparition du même personnage. Celui-ci s’est peu à peu dessiné dans plusieurs œuvres de l’auteur depuis 1953. A cette époque, le « prototype » d’Albator est un pirate nommé Kingston, que l’on croise dans le manga Bôkenki. Ce n’est que seize ans plus tard, en 1969 dans Pilot 262, mêlant guerre et science-fiction, que Matsumoto invente le nom de ce pirate, Harlock, plus exactement Walter von Harlock, un pilote allemand. En 1970, le personnage se précise dans Dai-Kaizoku Harlock (Le grand pirate Harlock), où il devient un officier dont la planète a été détruite. Puis, en 1972, il « rencontre » son ami Tochirô, le futur concepteur de son vaisseau Arcadia, dans Gun Frontier, sur le mode western. D’apparition en apparition, celui qui finira par devenir le corsaire de l’espace emprunte en fait des personnalités différentes, par exemple celle d’un ancêtre du futur pirate, pilote d’avion se lançant à l’assaut du Mont Stanley – une montagne enneigée « habitée » par une sorcière. Harlock rencontre aussi Emeraldas, une autre « pirate » se déplaçant dans un vaisseau-dirigeable au début du XXème siècle. Enfin, en 1977, paraît le manga Uchû Kaizoku Captain Harlock, qui donne naissance aussitôt à la série animée du même nom, et chez nous au « mythe » Albator. L’année suivante, le personnage apparaît dans Ginga Tetsudô 999 (Galaxy Express 999) puis, en 1982, sort au cinéma le film Waga seishun no Arcadia, adaptation d’un manga publié en 1973, où Harlock apparaît d’abord dans le rôle de son ancêtre cherchant à survoler le Mont Stanley, puis faisant la connaissance de Tochirô en pleine guerre, avant d’être l’officier qui voit la Terre passer sous le contrôle des Humanoïdes et décide de combattre ces derniers sous la bannière à tête de mort, celle de la liberté. Le film sert de prélude à une nouvelle série animée pour la télévision, Waga seishun no Arcadia – Mugenkidô SSX, rebaptisée en France Albator 84 et comptant 22 épisodes, plus le film découpé en cinq parties. Le relatif échec de la série au Japon est peut-être ce qui conduit Matsumoto à s’éloigner de l’animation, à laquelle il reviendra à la fin des années 1990. C’est en 1996 que Harlock réapparaît dans un manga, le nouveau Galaxy Express 999, aux côtés de Tetsurô et de la blonde Maetel, que l’on croise plus tard dans le Cosmowarrior Zero de 2001.

 

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