publié en septembre 2000 (ASS 2)

par Thierry Le Peut

 

coteouest2

 

Qui a déjà compté les rediffusions du petit frère de Dallas depuis son arrivée sur la première chaîne le 12 avril 1988 (soit sept ans, quand même, après l’odieux J.R., alors qu’il est né seulement un an plus tard aux Etats-Unis) ? Moi j’ai arrêté. Cela dit, ce n’est que cet été que j’ai commencé à enregistrer cette saga désignée parfois comme le meilleur avatar du genre nightime soap lancé aux States par le succès sans précédent de Dallas. Comme quoi, les rediffusions ont quand même du bon.

Il est inutile sans doute de rappeler aux fans que vous êtes (si vous vous arrêtez sur ces lignes) que Côte Ouest est né en fait avant Dallas, même si l’accouchement n’a eu lieu que vingt mois plus tard. David Jacobs, le créateur de ces deux hits, avait débarqué chez Lorimar avec un projet de série familiale se déroulant dans la classe moyenne de la Côte Ouest et avait dû revoir sa copie pour satisfaire ses producteurs, demandeurs d’un produit plus cru, plus rude, plus accrocheur. Ainsi naquirent les Ewing de Dallas, qui eurent tant de succès, sans doute, que Lorimar autorisa Jacobs à donner vie à son projet initial, rattaché à la saga Ewing par les personnages de Gary et Valene. Mais peut-être faut-il faire quelques présentations (pour le cas où, sans être fan de la série, vous vous seriez égaré jusqu’ici).

Côte Ouest commence donc lorsque le gentil Bobby de Dallas dépose son frère Gary et sa jeune femme Valene aux portes de leur nouvelle maison, sise au bord de l’Océan Pacifique dans un quartier résidentiel où les fenêtres de chacun donnent forcément chez le voisin, étant donné que les maisons sont disposées comme sur un chapelet autour d’une cour centrale. Dès le départ, le ton est à l’opposé de celui de la saga Ewing : Valene et Gary sont venus sans la fortune de leurs parents du Texas, Gary est engagé dans le garage de son voisin Sid Fairgate et Val, candide jusqu’au bout de ses cheveux d’or, découvre la mer dans le deuxième épisode, étalant une émotion enfantine qui ferait honte à son beau-frère au sourire carnassier, le gars J.R. du Texas. Sid et Karen Fairgate (véritables héros du projet initial de Jacobs, ce qui se conçoit aisément en voyant le pilote qui leur fait la part belle) élèvent leurs trois enfants (deux jolis garçons sages - pour l’instant - et une fille en pleine adolescence - donc moins sage) et connaissent les fins de mois difficiles. Leurs voisins Richard et Laura Avery vivotent dans un mauvais mariage, tandis que Ginger et Kenny, le couple « jeune » (on est en pleine vogue disco), cache mal un certain malaise conjugal. Tout ce qu’il faut, donc, pour développer des intrigues sentimentales à rebondissements, en vase clos comme dans tout bon soap.

Mais n’allons pas trop vite car ni Dallas ni Côte Ouest ne sont encore, à cette époque (1979), des méga-soaps. Ce sont avant tout des séries, utilisant les ficelles du soap d’accord mais tout en maintenant leurs histoires bien cloisonnées. La révolution qui conduira aux folies que l’on connaît, avec notamment l’arrivée (le débarquement serait un mot plus juste) de Dynasty en janvier 1981, ne se produira que quelques mois plus tard. Jacobs et son compère Michael Filerman, qui produira aussi un autre avatar sous le titre Flamingo Road (sans rapport cette fois avec les Ewing), trouveront alors l’idée de génie, la même que le concurrent Aaron Spelling, en introduisant dans le concept de Côte Ouest, un peu trop fade dans ses débuts, un personnage féminin un rien machiavélique, la désormais fameuse Abby, soeur de Sid et bientôt nouvelle femme de Gary (qui entretemps aura hérité une jolie petite fortune avec la mort de son papa Jock, big boss de l’Empire Ewing de Dallas).

Plus réaliste que Dallas et Dynasty, moins exotique que Flamingo Road, Côte Ouest restera fidèle à son principe de départ, privilégiant les personnages et leurs états d’âme, quand bien même quelques fortunes bienvenues feront leur apparition dans le courant du show. Le nouveau départ du programme se situe au début de la troisième saison, lorsqu’en mourant Sid Fairgate permet à sa veuve de se remarier avec un assistant du procureur, ouvrant à la série, déjà mâtinée de feuilleton, les portes des intrigues policières et judiciaires. Enlèvements, espionnage, assassinats et complots en tous genres deviendront alors le pain quotidien des habitants de Knots Landing (le nom de l’impasse où se déroule le feuilleton, et accessoirement le titre original du programme), sans pourtant sombrer dans l’emphase de leurs impitoyables voisins et parfois concurrents.

Tag(s) : #Arrêt sur Télé

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