publié en mars 2003 (ASS 12)

par Thierry Le Peut

 

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Accessible sur le câble, Miami Vice n’était pas réapparue sur les chaînes hertziennes depuis des années. Une lacune comblée par M6 depuis janvier dernier après la rediffusion du pilote dans le cadre des soirées thématiques Absolument 80 (à l’instar de K2000). Série majeure des années 80, cette production de Michael Mann fit sensation en 1984 par son esthétique travaillée et son ambiance musicale inédite empruntant à tous les styles et puisant dans le répertoire contemporain (Phil Collins, Tina Turner and many more). L’association d’une réalisation léchée devant beaucoup au tournage en extérieurs à Miami et d’une signature musicale sans équivalent à l’époque constituait un programme à la fois novateur, efficace et grand spectacle. Mais les qualités de la série ne s’arrêtent pas à cet emballage toujours attrayant. Lors de son arrivée en France, sur Antenne 2, Miami Vice fut programmée le vendredi soir à 20 h 30, ce qui en dit long sur les espérances du diffuseur. Don Johnson et Philip Michael Thomas, les deux comédiens chargés d’incarner les flics Crockett et Tubbs, étaient de parfaits inconnus propulsés du jour au lendemain au rang de stars tandis que des réalisateurs comme Abel Ferrara figuraient au générique de la série. Très influencée par le Scarface de Brian DePalma et par l’esthétique de Le Sixième sens réalisé par Michael Mann en 1984, Miami Vice met en scène des personnages incontestablement m’as-tu-vu mais également convaincants : au-delà des voitures de sport, du bateau de Crockett ancré dans la Marina, des tenues coûteuses portées par le tandem de flics enquêtant sous couverture dans le milieu des trafiquants, ce sont les histoires de la série et sa tonalité qui font sa marque de fabrique. Non que les scénarii évitent les clichés du genre (on a beaucoup comparé Crockett et Tubbs à Starsky et Hutch, même si les deux duos évoluent dans des univers différents) mais la signature visuelle et sonore de la série leur imprime un accent de tragédie qui ira en s’amplifiant au fil des saisons, d’autant que la photographie, lumineuse dans les premiers mois, s’assombrira au détour de la troisième saison.

Crockett et Tubbs ont leurs blessures et leur fragilité, plus évidentes pour le premier qui vit mal sa séparation d’avec sa femme et son petit garçon dans les premiers épisodes. L’implication de Don Johnson dans son personnage et la production, la sensibilité nerveuse et à fleur de peau de Crockett sont l’un des points forts d’une série qui se débarrasse de l’un des personnages réguliers dès le quatrième épisode (le Lt Rodriguez incarné par Gregory Sierra, remplacé par Edward James Olmos dans le rôle du Lt Castillo) et met à mal régulièrement son casting vedette, supprimant de nouveau un personnage récurrent deux ans plus tard. Joel Surnow (24) et Dennis Wolf (Law & Order) compteront parmi les scénaristes majeurs de la série qui durera cinq ans et connaîtra un téléfilm de conclusion en 1989, influençant d’autres productions de l’époque tant par son esthétique que par sa nervosité et sa tonalité. Opposée à Dallas, Miami Vice connaîtra des temps difficiles mais s’imposera malgré tout comme une série-phare.

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