publié en mars 2013 (ASS 41)
par Thierry Le Peut

 

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Voici donc la révolution Netflix : une série disponible intégralement le jour même de son lancement. Le 1er février 2013, la plateforme de streaming a mis en ligne les 13 épisodes de la première saison de House of Cards, précédée d’un buzz inédit. Entre Beau Willimon, producteur exécutif, déclarant que le streaming était l’avenir de la télé et Kevin Spacey, comédien, affirmant (après beaucoup d’autres) que les rôles les plus intéressants sont aujourd’hui à la télé, la promo y est allée franco pendant des semaines. Et alors ? House of Cards (qui s’inspire, rappelons-le, d’une série britannique avec Ian Richardson diffusée sur la BBC en 1990) confirme dès son premier épisode qu’elle est une bonne série, sans être révolutionnaire. Arrivant après Boss, produite par la chaîne Starz, elle n’offre pas une vision très originale de la politique – du moins si l’on en juge par les premiers épisodes – mais son écriture comme sa réalisation sont assez efficaces pour retenir l’attention. On ne se laisse pas impressionner par les références à Shakespeare (elles sont légion, de Sons of Anarchy à Boss en passant par… Terra Nova !) mais on est en revanche happé dès les premiers instants par le comédien Kevin Spacey qui incarne ici le chef du groupe parlementaire démocrate au Congrès américain. L’astuce ? Spacey s’adresse directement au spectateur pour présenter les personnages présents autour de lui et commenter ses propres actions, donnant au public accès à ses pensées au moment même où il est (sans doute) en train de les dissimuler à ses interlocuteurs.

 

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Si la politique vue avec cynisme, ce n’est pas nouveau, l’ironie introduite par ce procédé et par Spacey lui-même, par contre, pourrait faire la différence. D’autant que le comédien est très bien entouré, notamment par Robin Wright avec laquelle il campe un couple moderne ou post-moderne totalement dévoué à la réussite, quels qu’en soient les moyens. Même l’adultère est acceptable s’il sert les intérêts du couple… la question étant de savoir jusqu’où l’un et l’autre sont capables d’aller avant de se rebeller, victimes de leur propre cynisme. Ironie toujours : Madame dirige une organisation humanitaire dont les fonds dépendent en partie de la carrière de Monsieur. Ou comment souligner que bien et mal ne sont pas aisément discernables dans le monde forcément cruel (et impitoyable) de la politique. Le second épisode montre donc Robin Wright ordonnant à sa DRH de licencier une partie du personnel avant de lui annoncer qu’elle aussi doit prendre la porte. Le prix à payer pour évoluer. La peinture du pouvoir en actes livrée par House of Cards ne s’intéresse pas qu’aux requins – ce que Kevin Spacey est assurément, manipulant collaborateurs, alliés, syndicats et adversaires pour parvenir à ses fins et se venger, le cas échéant, de ceux qui le trahissent. L’un des députés proches de Spacey est un homme qui se voudrait intègre mais qui, broyé par la machine de Washington, noie sa honte de lui-même dans l’alcool, la drogue et les femmes. Un autre protagoniste est une jeune journaliste ambitieuse prête à vendre son âme – et son corps – pour obtenir une parcelle de ce pouvoir qui gouverne la raison et les désirs dans la capitale. Compromissions, soumissions, rébellions constituent le quotidien des personnages de la série dont les deux premiers épisodes sont réalisés par David Fincher, nouveau cinéaste attiré par la télé après Barry Levinson, Michael Mann, David Lynch, Martin Scorsese et Gus Van Sant.

 

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Tag(s) : #Arrêt sur Télé

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