publié en mars 2003 (ASS 12)

par Thierry Le Peut

 

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Quand un universitaire se dit qu’il ferait aussi bien que des écrivains reconnus dans le domaine de la fiction policière, cela donne un inspecteur morose, féru de musique classique et de littérature, amateur de bière et misanthrope. L’inspecteur Morse a été la figure récurrente de plusieurs romans et nouvelles parus en France aux éditions 10/18 et est devenu l’une des figures policières majeures de la télévision britannique sous les traits de John Thaw, aujourd’hui décédé. Trente-trois téléfilms ont été diffusés par la BBC entre 1987 et 2000.

Adaptée des écrits de Colin Dexter publiés entre 1975 et 2000, Inspecteur Morse n’est pas la plus accessible des séries policières d’outre-Manche : plus sombre que Barnaby, dotée comme Inspecteur Frost d’un héros pas forcément sympathique, elle présente des intrigues tortueuses et n’épargne pas la nature humaine, retrouvant en cela les sources du polar. Célibataire aigri qui ne jouit pas du soutien inconditionnel de ses supérieurs et passe facilement pour un ours peu fréquentable, Morse offre un abord antipathique et ne se fend pas aisément d’un sourire ni d’une parole encoura-geante. Flanqué d’un assistant plus jeune, il en stigmatise volontiers la bêtise et se montre d’une causticité constante. Même attitude face aux suspects et aux témoins, qu’il ne ménage guère et qui d’ailleurs ne l’épargnent pas à l’occasion, le bousculant ou l’étranglant comme pour le confirmer dans l’idée que la vie n’est pas une partie de plaisir. Morse appartient à la catégorie des enquêteurs cérébraux. C’est devant une pinte de bière que son esprit fonctionne le mieux, justifiant de fréquents arrêts dans les pubs de la belle Angleterre. La couverture de ses « exploits » littéraires est d’ailleurs parfois un dessous de verre !

Pour être misanthrope, Morse n’en est pas moins porté vers les femmes et sa sensibilité bien cachée, qui le porte vers une culture raffinée totalement étrangère à son jeune assistant, le fait tomber amoureux régulière-ment. Ce qui n’est pas fait pour le rendre plus sociable puisque ses amours sont souvent passagères, portées vers une suspecte ou une victime dont les événements ont vite fait de le séparer.

A l’instar de la plupart des policiers britanniques, souvent déclinés au format 90 ou 100 minutes, Inspecteur Morse  prend son temps et suit les trajectoires croisées de personnages épisodiques prisonniers de leurs secrets ou d’un quotidien peu reluisant. On tue à tour de bras dans chaque téléfilm, les victimes se comptant en général au pluriel jusqu’à la découverte du (ou des) coupable(s). En chemin, on s’identifie à tel personnage ou on savoure des dialogues bien écrits baignant dans une atmosphère languis-sante mais captivante.

Tag(s) : #Arrêt sur Télé

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