un article de Manuel Rouffia

paru dans Arrêt sur Séries 10 (septembre 2002, épuisé)

 

Il y a quinze ans, le seul énoncé de cette lettre et de ce nombre suffisait à provoquer une hystérie (comparable aujourd’hui à celle de Buffy) auprès des fans qui se comptaient par millions. La Cinq en 1986 ne s’attendait certainement pas à déclencher un tel engouement. K2000 allait pourtant devenir la série vedette de la première chaîne privée française. A tel point qu’elle sera constamment programmée jusqu’à la mort de celle-ci, le 12 avril 1992. Elle contribuera à faire connaître dans le monde entier un certain David Hasselhoff.

 

7

 

GLEN A. LARSON, le créateur du mythe

 

L’idée de la série, on la doit à Glen Alan Larson, un ancien musicien. Dans les années 60, Larson joue dans un groupe qui vient d’aligner quelques tubes dans le hit-parade américain. C’est à cette époque qu’il devient un accro des séries et que naît sa vocation de scénariste. Il ne tarde pas à convaincre les producteurs d’Hollywood de son talent créatif et est engagé pour écrire quelques épisodes du Virginien. En 1970, il abandonne les histoires de cow-boys pour se consacrer aux séries policières, telles que Opération Vol avec Robert Wagner ou L’Homme de fer. Mais Larson a de l’ambition et souhaite absolument créer ses propres séries. Après un passage par L’Homme qui valait trois milliards en 1974 (il fera de Steve Austin une sorte de James Bond télévisuel), il crée Galactica. La série fut sans nul doute un plagiat du film La Guerre des Etoiles. A tel point qu’il devra s’en expliquer devant les tribunaux. Depuis, la série est devenue culte et on peut dire que Larson fut un pionnier dans ce domaine, puisqu’aujourd’hui il n’est pas rare d’adapter sur le petit écran des succès cinématographiques comme Robocop, Fame ou FX Effets spéciaux, pour ne citer qu’eux. Par la suite, on dira de lui que c’est un créateur sans originalité. On lui doit également, à la même époque, Buck Rogers au 25ème siècle.

Larson prendra sa revanche dans les années 80 avec L’Homme qui tombe à pic, interprétée par Lee Majors (qui est un ami de Larson et connaîtra d’ailleurs le succès pendant six ans avec cette série), mais surtout avec Magnum qu’il imagina avant que Donald P. Bellisario ne prenne le relais. Le privé à la moustache fit un carton et contribua à renforcer la notoriété de ses deux créateurs à Hollywood. Le plus grand succès de Larson sera toutefois sans conteste K2000 en 1982. En 1983, la série Manimal est un échec cuisant et s’arrête au bout de seulement huit épisodes. Par la suite, ses nouvelles créations, Espions modèles avec Jennifer O’Neil (1984), Police 2000 (1987), Enquêtes à Palm Springs (1990) et Waikiki Ouest  avec l’ex-Drôle de Dame Cheryl Ladd (1994), ne parviendront plus à retenir l’attention du public.

 

1982 : un lancement orchestré

 

Cette année-là, Larson imagine le concept de K2000 (Knight Rider en version originale) : un justicier solitaire défendant les innocents contre les criminels grâce à l’aide d’une super voiture pouvant réaliser les exploits les plus fous, K.I.T.T. (Knight Industries Two Thousand). Son nom : Michael Knight (c’est-à-dire Chevalier en anglais). Il travaillera pour la FLAG (Fondation pour la Loi et le Gouvernement) dirigée par Devon Miles, qu’interprète le regretté Edward Mulhare, décédé en 1997. L’élément féminin indispensable étant incarné par le personnage de Bonnie Barstow, une pro de l’électronique. Ce concept original et novateur pour l’époque séduit rapidement les responsables d’Universal et de NBC, qui flairent aussitôt l’énorme potentiel de la série.

 

1


Michael Knight sera joué par David Hasselhoff, un jeune acteur très populaire depuis sa prestation dans le soap Les Feux de l’amour. Pour lui, K2000 est une superbe occasion de montrer une autre facette de son talent et de sortir enfin du carcan pesant du soap. Il a été choisi par un dirigeant de la chaîne NBC, Brandon Tartikoff, qui ne cessait de le fixer durant un vol. Tartikoff finit par lui parler du projet et lui demanda s’il souhaitait passer une audition pour le rôle. David fut tout de suite enthousiasmé : « Quand j’ai lu le scénario, je l’ai trouvé génial. Je me suis que cette série allait être diffusée en début de soirée. C’est comme si James Bond était doté d’une super voiture. J’ai appelé mon père au téléphone, je lui ai parlé du scénario et il m’a répondu : - David, sais-tu vraiment ce que tu fais ? Tu vas quitter Les Feux de l’amour pour ça ? T’es cinglé ! Je lui ai répondu qu’au contraire c’était original. Don Johnson avait déjà passé l’audition. Le jour où ce fut mon tour, j’étais nerveux. Je leur ai demandé cinq minutes pour me calmer et j’ai fait de l’auto-persuasion. Je n’arrêtais pas de me répéter : Tu es Michael Knight ! Tu es Michael Knight ! Durant la journée, j’ai demandé à mon entourage de ne plus m’appeler David, mais Michael. J’y ai cru. Je savais que ce serait moi, Michael Knight. J’y suis arrivé et ça, c’est fantastique. »

Le pilote est tourné en un temps record. Rien n’est laissé au hasard. Juste avant la diffusion prévue le 26 septembre 1982, la production lance une vaste campagne de mailing : plusieurs millions de foyers américains sont avertis de l’arrivée prochaine de K2000. Sur simple demande, les plus curieux peuvent aussi recevoir un dossier complet sur la série. Larson et ses collaborateurs s’inspirent des dépliants publicitaires des constructeurs automobiles pour concevoir une plaquette qui expose en détails les caractéristiques techniques de K.I.T.T. La voiture est en fait une TransAm de la firme Pontiac. A partir du modèle de série, Larson a demandé à Chuck Barris d’imaginer une multitude d’aménagements particuliers. Celui-ci va donc concevoir le fabuleux tableau de bord et le voyant lumineux rouge, ainsi que certaines variations de carrosserie et surtout une multitude de gadgets.

 

13


Conscients de l’enjeu publicitaire, les dirigeants de Pontiac ont offert de fabriquer tous les accessoires dans leurs propres ateliers, ainsi que d’offrir à la production les modèles nécessaires au tournage.

Larson fait appel ensuite à Bill Shelley, un ex-coureur automobile, pour réaliser les cascades. Par souci d’économie, on applique sur K.I.T.T. un revêtement spécial qui empêche la peinture de se rayer, tandis qu’un alliage ultra-résistant est mis au point. Un événement inattendu va même aider la production : un lot de TransAms est abîmé lors du déraillement d’un train. Les modèles sont alors récupérés et serviront dans certaines séquences de la série.

L’instinct de David Hasselhoff était le bon. C’est le succès ! Des millions d’Américains se passionnent pour les aventures de Michael et de K.I.T.T. Les ados adorent la voiture et le public féminin craque sur David. La série se paye même le luxe de sortir indemne d’une bataille de sondages avec Dallas, programmée à la même heure sur CBS. Elle est classée Deuxième au top 10 des meilleures audiences de la chaîne. NBC décide de rediffuser la première saison dès l’interruption estivale et un épisode spécial de deux heures est mis en chantier pour la rentrée suivante.

David Hasselhoff s’investit à fond et participe à des salons automobiles. Il est heureux de pouvoir être en contact avec son public. Une foule immense vient à chaque fois l’acclamer et admirer K.I.T.T. L’acteur accède ainsi au statut d’acteur de prime time et obtient la reconnaissance qu’il attendait. A tel point qu’il obtient en 1983 le prix d’honneur du public, qu’il dédie à son ancienne productrice Joyce Selznick. « Quand j’ai quitté la scène les yeux remplis de larmes, j’ai rencontré Burt Reynolds. Il a apprécié mon hommage et m’a dit que lui aussi avait été découvert par elle. » Sa nouvelle productrice organise une conférence de presse avec les magazines étrangers : « Ils ont adoré la prestation de David. En moins d’un an, la série a été vendue dans le monde entier. » Mais personne n’était plus fier que le père de David Hasselhoff. En effet, lors d’un voyage à l’étranger, il ne put s’empêcher de dire : « Je suis le père de Michael Knight ! Si quelqu’un veut des photos dédicacées, je suis prêt à lui en donner dès que l’avion aura atterri » !

 

9


NBC veut absolument exploiter le filon K2000. Des tas de produits dérivés sont fabriqués (Tee-shirts, poupées, couettes, voitures miniatures, livres, disques, video et bandes dessinées). Le personnage de Michael Knight apparaît même dans un épisode spécial d’Arnold et Willy ainsi que dans Santa Barbara.

Acclamé par le public, Hasselhoff est boudé par la critique. Il fait l’objet de nombreuses attaques telles que : « Peu importe qu’il soit mauvais acteur, car c’est K.I.T.T. la véritable héroïne de la série. » On lui reproche son jeu jugé trop statique. Décidé à prouver qu’il n’est pas un bellâtre, l’acteur va trouver Glen Larson. Il pense en effet que c’est un manque de profondeur des scénarii qui l’empêche d’exprimer son potentiel et réclame dans un premier temps un peu plus d’humour dans les répliques ainsi que des rapports humains plus étoffés avec les autres personnages. Larson ne l’écoutera pas. Pour lui, la série marche très fort, il n’est donc pas besoin d’effectuer des changements.

Heureusement, l’acteur s’entend très bien avec les autres membres de l’équipe, qui sont devenus sa seconde famille. De plus, sa première femme, l’actrice Catherine Hickland (vue dans Capitol et un épisode de Supercopter), sera d’ailleurs invitée dans trois épisodes.

Parallèlement, le comédien s’occupe d’enfants malades en créant une association destinée à leur apporter un peu de bonheur. Il a en effet été impressionné par leur courage lors de leurs visites sur le plateau de la série. Il a même rendu visite à un enfant tombé dans le coma après avoir été frappé par la foudre. Il a amené un magnétoscope dans sa chambre d’hôpital et a laissé tourner une cassette vingt-quatre heures sur vingt-quatre, où il l’encourageait de toutes ses forces à se réveiller. Et ça a marché ! Le petit garçon s’est réveillé et a dit à l’acteur : « Je t’aime, Michael Knight ! »

 

Qui est Michael Knight ?

 

Michael Knight est né en fait sous le nom de Michael Long. C’est un ancien combattant du Viêtnam. Revenu à la vie civile, il devient policier et tombe amoureux d’une jolie blonde, Stevie Mason. Long a toujours détesté l’injustice et c’est pour cette raison qu’il a choisi le métier de policier. Sa compagne Stevie a peur pour lui et souhaiterait qu’il exerce une autre activité. En 1982, il est envoyé sous couverture à Las Vegas avec son co-équipier pour démanteler un trafic d’armes. Tania Walker est son contact. Ce qu’il ignore, c’est qu’elle joue double jeu. Lors de la tentative d’interpellation, le co-équipier de Long est tué. Poursuivant les meurtriers jusque dans le désert, Michael les interpelle mais Tania Walker tire sur lui à bout portant, en plein visage. Michael est laissé pour mort.

Les circonstances de son sauvetage restent mystérieuses. Il se réveille bien vivant chez un inconnu, Wilton Knight, un milliardaire excentrique. Quand on lui enlève les bandages qui recouvrent son visage, il découvre qu’il a un nouveau visage. Celui de Garth Knight, le propre fils de Wilton Knight (mais il n’apprendra cela que bien plus tard). Ce dernier n’a pas supporté la mort de son fils en Afrique et a voulu de cette manière le « ressusciter ». Reconnaissant, Michael va accepter de travailler pour la FLAG. Il fera désormais équipe avec K.I.T.T., l’ordinateur installé dans le tableau de bord d’une TransAm noire capable des plus incroyables exploits. La légende est née.

 

4

 

K.I.T.T.

 

K.I.T.T. est donc une TransAm de la firme Pontiac. Longueur : 4, 75 m. Largeur : 1, 80 m. Hauteur : 0, 95 m. Elle a un moteur turbo avec post-combustion modifiée. Conduite à huit vitesses, pilotage automatique, freins à disques électromagnétiques, roues arrières mobiles. La carrosserie est faite d’un matériau révolutionnaire quasi-indestructible. Accessoires: poursuite automatique (puis super poursuite), système radar anti-collision, siège éjectable, écran de fumée, brouilleur de fréquences, caméras infra-rouge, rayons X, analyseur spectrographique, mode décapotable, turbo-propulseur. Année de naissance : 1982. Programme dominant : la préservation de toute vie humaine et en particulier de son pilote. K.I.T.T. ne comporte aucune arme et a créé un lien particulier avec Michael Knight : l‘amitié.

  

D'une saison à l'autre 

 

La première saison contient d’excellents épisodes comme « Le prototype » ou « L’oiseau blanc ». Elle reste dans la continuité du pilote. A noter qu’au cours de cette saison, la fin des épisodes change. En effet, à la fin des dix premiers épisodes, on voit K.I.T.T. et Michael dans le désert et on entend la voix de ce dernier disant : « Michael Knight roule vers de nouvelles aventures. » Ensuite, ce sera toujours K.I.T.T. parcourant le désert au soleil couchant à pleine vitesse.

La deuxième saison voit le départ de Patricia McPherson et l’arrivée de Rebecca Holden dans le rôle d’April Curtis. Larson a viré Patricia McPherson car elle insistait pour que son personnage ait plus d’importance. Elle trouvait également que Michael était trop volage et qu’il devait trouver la stabilité affective avec Bonnie. Une idée loin d’être inintéressante, selon beaucoup de fans. Bizarrement, aucune explication ne sera donnée dans la série sur le remplacement de Bonnie Barstow.

 

3


Pour la troisième saison, Larson réintègre cette dernière dans l’équipe, pour répondre aux nombreuses réclamations du public. Aux yeux de celui-ci, Bonnie est la seule habilitée à s’occuper de K.I.T.T. : c’est un peu comme si elle était sa maman. A cette occasion, le tableau de bord de la voiture est modifié. Le curseur qui exprime les modulations de sa voix est agrandi, il n’y a plus qu’un seul moniteur, certaines fonctions importantes comme le turbo sont plus visibles et d’autres sont ajoutées. Enfin, des phares supplémentaires sont montés à l’avant de la voiture.

De nouveaux aménagements seront demandés à Chuck Barris afin de répondre aux attentes des fans. Ils seront présentés dans la quatrième saison. On aura ainsi un modèle décapotable de K.I.T.T. et surtour le fameux mode Super Pursuit qui transforme de façon spectaculaire la voiture et lui permet d’atteindre les 300 km/h en quelques secondes. Des volets spéciaux pour ralentir sont également incorporés à la carrosserie. Côté casting, l’équipe est rejointe par RC3 qu’interprète Peter Parros et qui est un mécanicien de génie.

Globalement, les épisodes de ces quatre saisons sont de bonne facture mais manquent parfois d’originalité. Certains même déçoivent par la pauvreté des scénarii.

 

La fin du mythe

 

Au mois de mai 1986, les téléspectateurs américains assistent au dernier épisode de K2000. La programmation de la série est annulée par NBC qui refuse de produire une cinquième saison. Pourtant, l’audience est toujours satisfaisante et a même grimpé durant la quatrième saison. Motif invoqué par la chaîne : la série coûte trop cher, notamment à cause des derniers aménagements.

Comme c’est malheureusement parfois le cas, la production n’est pas avertie à temps de cette décision et aucune fin particulière n’est tournée à l’issue de la quatrième saison. La série se termine donc par l’épisode « Knight et le vaudou ». Ironie du sort, c’est certainement le plus mauvais. K2000 méritait mieux ! On peut se demander pourquoi aucune chaîne concurrente n’a eu l’idée de diffuser la série sur son antenne. Peut-être une nouvelle fois à cause de son coût.

On regrettera aussi que la série n’ait pas connue les fameux cliffhangers, ces suspenses de fin de saison qui contribuent à fidéliser les téléspectateurs. Cette technique sera très utilisée dans les années 90 mais, à l’époque, ce n’était pas l’habitude, chaque épisode devant être une histoire complète, exceptionnellement en deux parties.

Souvent imitée (Tonnerre Mécanique en 1985, Viper en 1994), jamais égalée, K2000 aura marqué toute une génération et restera une des séries les plus populaires des dernières décennies du siècle passé. La légende de Michael Knight et de K.I.T.T. n’est pas près de s’arrêter.

Tag(s) : #Dossiers

Partager cet article

Repost 0