publié en mars 2001 (ASS 4)

par Thierry Le Peut

 

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Testée sous forme de téléfilm dès janvier 1977 et renouvelée l’année suivante, L’Ile Fantastique se présente comme une variation sur le principe de La Croisière s’amuse, que produit Aaron Spelling pour la même chaîne, ABC, à la même époque. Dans chaque épisode, de nouveaux personnages « invités » débarquent sur l’île, à la recherche qui de l’amour de sa vie, qui de la richesse, qui d’une autre vie. Quelque quarante minutes plus tard, tous repartent par le même chemin, comblés, même si ce qu’ils ont trouvé finalement n’est pas toujours ce qu’ils sont venus chercher : deux danseuses en quête de millionnaires à épouser tombent amoureuses d’un duo d’artistes « fauchés » (qui se révèlent finalement millionnaires, ouf !), un médecin « dévoyé » par le démon de la rentabilité retrouve l’amour du prochain, etc. Comme les aventures comico-sentimentales de l’équipage du Pacific Princess, celles qui se déroulent sous le soleil hawaiien de L’Ile Fantastique sont avant tout des harlequinades sans prétention dont l’unique raison d’être est la distraction. Les personnages, tant épisodiques que récurrents, sont des stéréotypes assumés comme tels et les intrigues, linéaires, suivent un schéma en général très prévisible.

Le point de départ de la série, et son décor récurrent, c’est l’île du richissime M. Roarke, un personnage énigmatique à qui rien ne semble impossible, même l’importation d’un village français entier, « rue par rue » et pierre par pierre (êtres humains inclus, si besoin est). Une île peuplée d’indigènes, aux multiples recoins aussi inquiétants que paradisiaques, où ni le temps ni l’espace ne semblent connaître de frontière. Une sorte d’anti-Portmeirion bâtie non pour arracher ses derniers secrets à un agent secret récalcitrant mais pour réaliser les rêves et les fantasmes de M. Tout-le-Monde. Pour le seconder, l’énigmatique amphitryon a à ses côtés un nain espiègle, un rien candide, qui porte les mêmes vêtements que lui, conduit grosso modo la même voiture... en miniature (!) et nourrit le rêve d’égaler un jour le maître. Les tentatives de Tattoo (tel est son nom) frôlent parfois la catastrophe mais, heureusement, il n’est pas de bévue, sur l’Ile Fantastique, qui ne puisse être rattrapée in extremis pour le bonheur de tous.

Plus encore que sa grande soeur La Croisière s’amuse, L’Ile Fantastique nécessite du téléspectateur une adhésion sans condition à l’abandon du principe de réalité. Dès lors qu’on pose un oeil sur le Paradis de M. Roarke et qu’on accepte le toast de bienvenue qu’il porte au début de chaque épisode, après avoir présenté les invités de la semaine sortant, tantôt béats tantôt inquiets, de l’hydravion qui les a déposés, il faut se laisser porter par les événements. Chaque segment est découpé de la même manière, offrant deux histoires déroulées en parallèle (contre trois sur le Pacific Princess) et les mêmes points d’ancrage : la séquence d’ouverture qui voit débarquer les invités et celle de conclusion où on les voit réembarquer à bord du même hydravion qui les a déposés trois jours plus tôt. Pour éviter une trop grande monotonie tout en restant fidèles aux passages obligés (c’est aussi ce qui rend « culte » une série !), les auteurs concoctent chaque semaine une nouvelle mini-intrigue secondaire autour de Roarke et de Tattoo, fondée en général sur une nouvelle idée géniale du nain malicieux, gimmick principal de la série : un jour il espère devenir riche en suivant les conseils de son cousin Hugo (tout un programme, le cousin Hugo !), un autre jour il monte une escroquerie délirante à laquelle il croit lui-même dur comme fer, quand il ne lui prend pas simplement l’envie de faire une surprise à son patron.

Basique mais imaginative, répétitive mais malgré tout attachante, L’Ile Fantastique se révèle finalement moins lassante qu’on pourrait s’y attendre. On peut même y trouver du charme, celui d’une pause ensoleillée et généreuse dans un univers télé en perpétuelle agitation ! On ne peut que regretter, une fois de plus, l’incurie des « responsables » de France 3, qui continuent leur jeu de massacre habituel en amputant chaque épisode de son générique de fin pour nous infliger la face d’un cuisinier moins bien inspiré que M. Roarke.

Tag(s) : #Arrêt sur Télé

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