publié en mars 2001 (ASS 4)

par Thierry Le Peut

 

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Le Fugitif n’a plus besoin de présentation, tant son concept, relooké au cinéma par Andrew Davis et Harrison Ford, a fait école. Le Rebelle avec Lorenzo Lamas et surtout Two avec Michael Easton (au demeurant deux productions de Stephen J. Cannell) ne sont que des variantes sur ce thème inspiré des Misérables de Victor Hugo (et l’on pourrait tout aussi bien citer L’Incroyable Hulk).

A l’origine du concept, on trouve Roy Huggins, un producteur prolifique venu du cinéma, que l’on retrouvera bien des années plus tard aux commandes de Rick Hunter avec Stephen J. Cannell, qui travailla à ses côtés dans les années 70, produisant en particulier Baretta et Deux cents dollars plus les frais. Huggins voulait transposer à la télévision le schéma classique du western : un héros solitaire qui irait de ville en ville, parcourant les Etats-Unis et secourant quelques spécimens d’Américains moyens à chaque étape de son périple. Mais il était persuadé que le public n’accepterait pas ce concept basique. L’idée de génie (merci Victor) fut de faire du héros un fugitif, un homme injustement poursuivi pour un crime qu’il n’avait pas commis. Loin d’être simplement un être errant et sans attaches, Richard Kimble serait donc forcé de bouger sans arrêt, fuyant le bras armé de la Justice, en l’occurrence le Lt Philip Gerard convaincu de sa culpabilité. D’épisode en épisode, Kimble s’efforce d’échapper à son Javert tout en pistant sans relâche le véritable meurtrier, un manchot dont l’existence même n’a jamais été avérée.

Le personnage de Richard Kimble s’inspire de surcroît d’une histoire vraie, ce qui ajoute au côté dramatique de la série. Huggins avait vu juste en pensant que le public s’identifierait facilement à l’innocent injustement accusé : du 17 septembre 1963, date de la diffusion du premier épisode intitulé « Fear in a Desert City », au 29 août 1967 qui vit Richard Kimble affronter une dernière fois le fameux manchot, le médecin et sa Nemesis Philip Gerard vécurent quelque 120 aventures qui s’achevèrent sur la meilleure audience jamais réalisée par une série télé. Seul l’épisode de Dallas qui devait révéler qui avait tiré sur J.R., le 7 novembre 1980, fit mieux que l’ultime segment du Fugitif, « Le jugement », diffusé treize ans plus tôt !

Au fil de son errance, Kimble rencontra de nombreuses stars de l’époque, débutantes ou confirmées, comme Telly Savalas, Angie Dickinson, Mickey Rooney, Charles Bronson ou les jeunes Kurt Russell et Ron Howard (ci-dessus). Il fit aussi la gloire de l’acteur David Janssen qui avait déjà été le héros d’une série policière, Richard Diamond, mettant en scène un détective. Quant au Lt Gerard, il conserve à jamais dans la mémoire des téléphiles le visage de Barry Morse, plus tard partenaire de Gene Barry dans L’Aventurier et du couple Barbara Bain - Martin Landau dans Cosmos 1999. Le Fugitif fut produit par Quinn Martin, qui s’était fait les dents sur Les Incorruptibles à la fin des années cinquante avant de fonder sa propre maison de production qui compte quelques fleurons de la télé, de Sur la piste du crime à Cannon. L’acteur vedette de cette dernière série sera d’ailleurs William Conrad, narrateur de plusieurs des productions Quinn Martin, notamment Les Envahisseurs et, justement, Le Fugitif.

Malgré un schéma répétitif, l’odyssée du Dr Richard Kimble reste un monument du panthéon télévisuel. La série a aujourd’hui vieilli mais on ne manque pas de s’arracher les cheveux à chaque fois que Kimble laisse filer le diabolique Manchot, preuve que cette vieille histoire est encore capable d’agiter en nous des émotions vieilles comme le monde ! D’ailleurs la télé US vient de lancer un remake titré... Le Fugitif, où, époque oblige, le Lt Gerard a pris les traits d’un acteur... de couleur !

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