publié en décembre 2001 (ASS 7)

par Thierry Le Peut

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L’enseignement en France est si rarement traité par les dramatiques d’une heure qu’on ne peut décemment pas passer sous silence cette série de M6, programmée pour la première fois en septembre 2000. 18 épisodes ont depuis été diffusés par la chaîne. Au contraire de sitcoms du style d’Hélène et les garçons, Le lycée s’ancre dans la réalité en choisissant un lycée parisien « à problèmes », Saint Exupéry, et en adoptant un ton « réaliste » tant dans les thèmes choisis que dans leur traitement à l’écran. Au premier abord, la série renoue avec l’inspiration de Pause-café et de sa suite Joëlle Mazart, qui firent jadis connaître Véronique Jannot du grand public et ont marqué une génération. C’est surtout la caméra qui s’est émancipée depuis, virevoltant volontiers autour des personnages, se cachant derrière un premier plan envahissant ou zoomant avec nervosité sur l’enseigne du lycée ou les graffiti exposés sur les murs. Esthétiquement aussi, la série s’ancre ainsi dans son époque, et c’est là sa première limite, qu’elle partage d’ailleurs avec d’autres productions hexagonales, notamment sur France 2. L’agitation de la caméra, en effet, nuit parfois à la fluidité du récit, même s’il s’agit visiblement d’une touche « moderne », pendant visuel des choix musicaux de la série qui a fait appel à des artistes contemporains, de rap et de raï notamment, pour composer une bande son originale et bigarrée, à l’image des graffiti mentionnés tout à l’heure.  

La presse a salué la thématique « courageuse » de la série, qui aborde des sujets aussi délicats que l’inceste, la prostitution des mineurs, la drogue, le racisme, tout cela dans le cadre de l’institution scolaire. Deuxième limite de la série : à vouloir tout aborder, elle se transforme parfois en un catalogue de sujets difficiles qui risque d’absorber les personnages et de gommer leurs spécificités. Plus gênant : on frôle la démagogie avec ce personnage de proviseur « proche des élèves », souvent débordé par les problèmes mais convaincu qu’il ne faut jamais cesser de faire confiance aux « jeunes », et de leur donner leur chance. A ses côtés, son adjointe fait figure de contrepoids idéal, adepte, elle, de la répression plutôt que de la discussion. Et pourtant : dans un épisode, elle ne résiste pas à la tentation de fumer un joint, « pour voir... », alors qu’elle vient de passer sa colère sur des élèves surpris en « flag ».

C’est un peu le ton de la série dans son entier. Profs, élèves, personnels sont tous dans la même galère, subissent les conséquences des actes commis au sein de l’établissement scolaire sans différenciation claire. Comme s’il s’agissait de démontrer que la frontière entre adultes et adolescents n’existe pas vraiment, même si tous ne partagent pas forcément les mêmes goûts, les mêmes comportements ni les mêmes valeurs. On est certes en plein dans le sujet : dans la réalité aussi, chacun doit se situer dans ce rapport délicat, certains optant pour le « tout élèves », d’autres pour le « tout profs », tandis qu’un troisième camp essaie de se maintenir au milieu. Nul doute que, dans un lycée où se côtoient différentes ethnies, différentes catégories socio-professionnelles, différentes générations, les coups soient partagés et les leçons profitables, mais on hésite parfois à suivre les scénaristes du Lycée dans leur vision des choses (quand bien même on nous assurerait que de véritables acteurs du monde éducatif ont collaboré à la série) et à adhérer aux personnages, tant certaines situations sont téléphonées. Dans cette grande famille de Saint Ex’, évidemment, l’infirmière scolaire joue un rôle central, couvrant de sa blouse blanche les plaies petites et grandes, recueillant les confidences, prenant parti parfois et transformant l’infirmerie en refuge au coeur de la cacophonie ambiante (le spectre de Joëlle Mazart, la conseillère d’orientation des années 80 ?).

Peut-être ce personnage est-il l’emblème de la série, qui cherche à panser les blessures sans vraiment y parvenir. On verra alors dans Le Lycée un point de vue sur un univers très fermé, dont les familles et le public ont souvent une vision tronquée, influencée par leur propre rapport à l’école, fait de rancunes et de déception. Un point de vue partiel qui a le mérite de traduire en images et en sons une certaine confusion au sein de laquelle élèves et enseignants cherchent à s’y retrouver, contraints de construire eux-mêmes leurs repères. Car on voit passer beaucoup de monde dans ce lycée, comme dans un commissariat, mais en définitive les seuls à être réellement concernés sont ceux qui y vivent, même si chacun y va de sa petite leçon. L’école a parfois des allures de hall de gare où on hésite à prendre un train ou un autre, entre s’installer sur le quai pour regarder, baisser la tête quand éclate une dispute et s’impliquer au risque de prendre des coups. Une certaine image de la vie, sans doute, à laquelle, malgré tout, on hésite encore à adhérer.

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