publié en mars 2003 (ASS 12)

par Thierry Le Peut

 

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Fatigué de lire Conan Doyle ? Envie d’une pause télé ? Alors posez votre aventure de Sherlock Holmes et branchez-vous sur CSI qui vient de sortir en coffret DVD chez TF1 Video. La série d’Anthony E. Zuiker, produite par Jerry Bruckheimer pour CBS, en est à sa troisième saison aux Etats-Unis où elle bat depuis son lancement des records d’audience. Le secret du succès ? Une recette toute simple mais servie avec un emballage diaboliquement accrocheur : les enquêteurs de CSI appartiennent à la police scientifique, leur travail ne consiste pas à rechercher des témoins et à confronter leurs dépositions mais à recueillir tous les indices laissés sur la scène du crime. A priori, l’idée a déjà un potentiel : c’est par des petits trucs que Columbo (entre autres) finissait généralement par coincer son meurtrier au terme d’un bras de fer palpitant... Mais Zuiker & Co y ajoutent un élément moderne : les fameux indices font l’objet d’un traitement de faveur à base d’effets spéciaux dernier cri. On est ainsi plongé au coeur des choses, on peut suivre une balle à l’intérieur d’un corps et observer les dégâts causés aux organes internes, des zooms microscopiques nous font découvrir la beauté d’une racine de cheveu ou les détails d’une rognure d’ongle. Le travail minutieux des enquêteurs est ainsi dynamisé par une mise en scène qui va au fond des choses, au sens propre, et une photo qui accentue les contrastes et a fréquemment recours aux filtres. Chaque épisode s’ouvre sur des plans de Las Vegas (lieu de l’action) ou du désert environnant, où leurs investigations conduisent régulièrement les protagonistes. La progression de l’enquête est en outre visualisée par des flashbacks reconstituant, dans l’esprit de ces détectives de l’infiniment petit, le déroulement du crime. Comme dans Profiler, on assiste ainsi à de micro-événements qui, corrigés et assemblés au fur et à mesure de l’enquête, recomposent finalement la vérité.

La série contient son lot de scènes peu ragoûtantes (observation de morceaux de cadavres, autopsies, corps disloqués), ce qui explique la diffusion d’une partie des épisodes le samedi soir plutôt que le dimanche après-midi, mais elle s’inscrit surtout dans une veine policière très classique où la vérité est révélée par les indices et non au fil d’événements plus ou moins mouvementés et fantaisistes. Un épisode se suit comme un roman de Conan Doyle (nous y revoilà), la série reconnaissant d’ailleurs sa parenté avec l’ancêtre (au début d’un épisode, le chef des enquêteurs appelle son assistante Watson) et s’offrant comme un jeu, un puzzle dont les pièces sont assemblées patiemment. « Dans ce métier, si vous voulez aller vite, allez lentement », déclare Gil Grissom, la figure tutélaire de la série.

CSI est co-produite par son interprète principal, William Petersen, qui fut le profiler de Le Sixième sens de Michael Mann, première adaptation de la saga d’Hannibal Lecter d’après Thomas Harris. Petersen incarne Gil Grissom, un homme passionné par son métier, exigeant avec son équipe et qui déclare en apprendre un peu plus avec chaque enquête. Grissom dispense au fil des épisodes un certain nombre de sentences qui confèrent au personnage une sorte de parenté avec Holmes, lui-même sentencieux. Dans « Un millionnaire malchanceux », par exemple : « Le suicide est l’expression ultime de la couardise. Ceux qui sont assez lâches pour se donner la mort n’ont pas le courage de se voir mourir. » Plus intéressantes sont ses déclarations sur son métier, sur la nécessité de laisser parler les indices plutôt que son coeur ou son esprit : « Je n’ai pas confiance dans les gens. Ils mentent. Les preuves ne mentent pas » pourrait être sa profession de foi, formulée dans « Au-delà des apparences ». Il n’est pas rare d’entendre Grissom dire que les morts lui parlent, ce qui n’est que l’expression de sa spécialité.

Autour de lui évoluent des personnages dotés chacun d’une personnalité, même si l’on a pu reprocher à la série de négliger ses protagonistes en se concentrant essentiellement sur l’enquête. Marg Helgenberger (que l’on a connue possédée dans Les Tommyknockers d’après Stephen King) est Catherine Willows, une mère qui élève seule sa petite fille et qui avoue dans le premier épisode sa passion pour son métier. Gary Dourdan et George Eads sont plutôt les faire-valoir, même si le premier voit son personnage placé au centre d’une intrigue importante dès le pilote. Enfin Jorja Fox incarne à partir du deuxième épisode un renfort venu de San Francisco et destiné à remplacer la nouvelle recrue abattue par un meurtrier au terme du pilote (l’effet Hill Street Blues ?). Tous mettent au service de leur travail un sens de l’observation et un goût de la belle ouvrage qui assurent des enquêtes passionnantes. Chaque épisode en propose en général plusieurs, menées en parallèle par les différents protagonistes, l’une d’elles se dégageant comme l’intrigue essentielle. D’une histoire à l’autre, adultère, trahisons, escroqueries, cupidité sont invoqués tour à tour à l’origine de crimes traditionnels (de ce point de vue-là, il n’y a pas grand chose à renouveler) mais il est aussi question d’accidents ou de dérapages ordinaires : une fillette renversée par un chauffard dans « Au-delà des apparences », par exemple, conduit les enquêteurs au coeur d’une touchante histoire de famille.

Le succès de CSI a poussé ses producteurs à créer deux séries dérivées : la première imite son aînée en déplaçant simplement l’action sous le soleil de Miami (CSI Miami), la seconde n’est pas à proprement parler un spinoff mais l’influence de la série-mère y est néanmoins manifeste (Without a Trace, dont les enquêteurs recherchent des personnes disparues).

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