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Walt Longmire est shérif dans le comté d’ Absaroka, dans l’Etat du Wyoming, à deux pas de la frontière du Montana. Ne cherchez pas sur une carte : l’endroit a été inventé par l’écrivain Craig Johnson en 2004, pour les besoins du roman The Cold Dish (en France, Little Bird, publié en 2009 et récompensé du prix NouvelObs/BibliObs du Roman noir étranger) dans lequel il créait le personnage de Longmire. Depuis, Johnson a écrit huit autres romans mettant en scène le shérif et son petit monde, développé d’un titre à l’autre, et la série a rencontré un succès tant populaire que critique. Ce sont donc un personnage et un univers déjà éprouvés que Hunt Baldwin et John Coveny adaptent pour la chaîne A&E en 2012, sans trop se douter sans doute que la série, elle aussi, rencontrera un succès significatif. D’emblée canonisée par le meilleur lancement qu’ait connu le network, avec plus de 4 millions de téléspectateurs réunis autour du premier épisode, la série a confirmé son impact et l’a même augmenté en deuxième saison, frôlant les 4.5 millions et devenant la série la plus populaire d’A&E, par ailleurs producteur de fictions originales comme The Glades et Bates Motel.

 

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Longmire donne la vedette à un acteur australien peu connu aux Etats-Unis, même si sa biographie révèle qu’il a été l’Agent Jones dans Matrix. Robert Taylor – rien à voir avec l’acteur américain du même nom – est parfait dans le rôle du shérif Longmire, bien qu’il soit très différent du personnage inventé par Johnson. Ce dernier (le shérif des romans) pèse cent-dix-huit kilos (mais il mesure aussi près de deux mètres, semble-t-il) et n’aime pas particulièrement les chevaux. Plus filiforme, le shérif de la série aime les chevaux et ne supporte pas de les voir souffrir. Comme son homologue littéraire, en revanche, il n’a pas de portable et n’éprouve pas le besoin d’en avoir un. La technologie n’est pas son fort et il conduit ses investigations à l’ancienne, en tirant profit de sa culture (il lit et on sait aussi qu’il connaît un peu d’allemand) et de ce qu’il a appris au contact des Cheyennes et spécialement de l’un d’entre eux, son ami depuis 38 ans Henry Standing Bear. Clairement, Baldwin et Coveny ont mis en avant et accentué le caractère westernien du personnage pour faire de la série l’héritière d’un genre que l’on a trop souvent déclaré tombé en désuétude. Le western, de fait, ne cesse de renaître sous des formes changeantes, comme cela a toujours été le cas d’ailleurs au cinéma et à la télé US. Si dans les années 1980 c’étaient des auteurs comme Stephen J. Cannell et Glen A. Larson qui prolongeaient les thèmes et les poncifs du western dans leurs séries (Agence Tous Risques et K2000 transportant fréquemment leur action dans les décors abandonnés par le genre et désormais investis d’une nouvelle symbolique toujours intrinsèquement liée aux vieux codes de l’Ouest), aujourd’hui ce sont Hell on Wheels et Justified qui, tout autant que Longmire, perpétuent le grand mythe de l’Ouest. A Hell on Wheels la grande histoire du rail et de la construction d’une nation moderne, à Justified les rednecks du Kentucky. Longmire, elle, s’installe donc dans le Wyoming, le Cowboy State, dont l’emblème est un bison. Etat occupé en grande partie par la montagne, et pour le reste par les grandes plaines, le Wyoming offre une variété de paysages et de températures qui donne à la série un vaste terrain de jeu. Qu’elle soit tournée en réalité au Nouveau Mexique (donc plus au sud) n’y change rien : les décors naturels, crêtes montagneuses, larges plaines désertes et autres couchers de soleil sont l’un des points forts du show.

 

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Mais ce n’est pas sa seule qualité. Longmire possède une autre caractéristique qui contribue à l’ancrer dans le genre qu’elle entend illustrer : appelons cela le cool, ou simplement la volonté de prendre le temps. C’est une qualité que ne possèdent pas toutes les séries, a fortiori quand elles sont diffusées sur un grand network. Le pilote de la série impose d’emblée cette notion de durée en privilégiant l’ambiance sur l’action. Les premières images – dont chaque détail compte, comme le révèleront les épisodes ultérieurs – montrent un homme au lever, prenant sa douche, préparant son café, avant de revêtir les insignes de sa fonction. Voilà introduit le shérif Longmire. Mais ce sont ensuite les décors naturels qui s’emparent du cadre tandis que le shérif rejoint son adjointe sur une scène de crime, recouverte d’une neige épaisse. On suit alors les deux personnages tandis qu’ils marchent difficilement dans la neige, et discutent. La séquence est simple, sans aucune recherche de spectaculaire. La caméra laisse le temps d’exister, de respirer, au paysage comme aux personnages. Cette caractéristique persiste dans l’ensemble du pilote et se prolonge dans la série tout entière, qui pourtant n’est pas avare de moments d’action plus échevelée. Ainsi la narration s’accorde-t-elle avec l’esprit de la série, conférant à Longmire une réelle personnalité. Série policière, elle s’ancre aussi dans un mode de vie, une façon d’être qui la distingue de nombre d’autres shows et explique le plaisir que l’on prend à y revenir, épisode après épisode. C’est, à l’instar d’un Jesse Stone, le rythme tranquille d’une petite ville où, en dépit des apparences, se produisent de semaine en semaine bien des crimes et bien des incidents, mystery series oblige.

 

A suivre dans Arrêt sur Séries 42, fin 2014 !

 

 

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