publié en mars 2002 (ASS 8)

par Thierry Le Peut

 

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Diffusée d’abord par Série Club mais peinant à trouver sa place dans la grille de M6, Malcolm y a finalement fait son trou au moment des fêtes de fin d’année et jusqu’en février, malgré un changement d’horaire en cours de route. Déjà riche de deux saisons et demie aux Etats-Unis (trois au moment où vous lisez ces lignes), la série s’apparente à une sitcom mais n’en est pas vraiment une. Comme Les années coup de coeur, programmée jadis par la même chaîne, Malcolm emprunte en effet le format de la sitcom mais la transcende par sa cinématographie. Les scènes d’extérieurs sont nombreuses, les cadrages, le montage et la musique sont très travaillés. La série possède un rythme propre qui l’éloigne radicalement de la mécanique ronronnante de la sitcom traditionnelle et lui confère un côté Parker Lewis. L’adjectif « déjanté » est sans doute l’un de ceux qui lui convient le mieux, tant par cette dynamique proprement cinématogra-phique que par son traitement résolument moderne de la vie de famille.

La famille, parlons-en, a déjà été mise à mal par quelques programmes « excentriques », comme Mariés, deux enfants et Les Simpson, que Linwood Boomer avoue avoir eue en tête en créant Malcolm. Pourtant cette dernière en offre une vision nouvelle et passionnante sans perdre pour autant le capital sympathie sur lequel reposent toutes les productions du genre (mais, on l’a dit, nous sommes ici à la limite d’un genre). Comme Kenny Green au début de La Famille Green (et comme Parker Lewis, encore lui), le jeune héros de Malcolm prend fréquemment à témoin le téléspectateur en regardant la caméra, brisant ainsi le sacrosaint « quatrième mur » censé le séparer du public et maintenir l’illusion de la fiction. Au contraire des Années coup de coeur, dont le narrateur était le héros devenu adulte, le point de vue de la série est donc celui de l’enfant qui vit chaque épisode. Et comme le titre original l’indique, Malcolm est In the middle, en plein milieu d’une famille particulièrement pittoresque (diront les indulgents) et déjantée (pour les moins hypocrites). Or, il se trouve que notre héros est un surdoué au jugement pénétrant et singulièrement vif pour son âge. Autant dire que le regard qu’il porte sur sa tribu n’a rien d’idéalisé.

Rappel des faits pour les retardataires : Malcolm est un petit génie d’une douzaine d’années (bien qu’une version « officielle », difficile à croire, lui donne environ neuf ans), placé dès le pilote dans une classe de surdoués gentiment surnommés les « têtes d’ampoule » et méprisés, comme il se doit, par le reste de leur école. Pour lui, ce reclassement équivaut à une mise à l’écart et relève de la sanction plus que de la promotion. Car Malcolm est avant tout un enfant comme les autres, qui aime s’amuser, regarder les dessins animés à la télé le samedi matin et... faire des bêtises dès que les parents ont le dos tourné. Il a d’ailleurs de qui tenir : son frère aîné Francis a eu une adolescence si « tourmentée » que leurs parents ont décidé de l’inscrire dans une école militaire, loin de la maison où il ne rentre que certains weekends et pour les vacances. Entre Malcolm et son frère se dresse Reese, nouveau « chef » de la maison depuis le départ de Francis et incidemment terreur de l’école, qui adore martysriser son cadet et plus encore le benjamin de la tribu, le petit Dewey, que Malcolm considère comme un attardé mental. Tout cela ne serait rien sans les parents de ces quatre « petits monstres » (pour être gentil). Le père, Hal, est un doux rêveur névrotique qui n’aime guère s’immiscer dans les querelles de famille, préférant faire l’autruche dès qu’une autorité paternelle est requise. Du coup, c’est la mère, Lois, qui prend en charge l’autorité défaillante : et autant dire que les garçons réfléchissent à deux fois avant de faire une bêtise, car Lois est un dragon authentique, hurlant et crachant du feu de Dieu quand on a le malheur de la mettre en colère, ce qui arrive au moins dix fois par jour. Preuve que les quatre petits anges ont de qui tenir, Hal et Lois sont à ce point asociaux que tous leurs voisins se sont détournés d’eux, fatigués de leur caractère insupportable et de leur manque de savoir-vivre.

Vous l’avez compris, la famille de Malcolm prend à rebrousse-poil la vision politiquement correcte de la famille made in USA. Sa maison annonce la couleur et dissuade les importuns de pousser jusqu’à la sonnette du porche : tranchant avec la pelouse bien coupée des voisins, le jardin des Wilkerson est un compromis entre la terre en friche et le terrain vague ! Il ne fait d’ailleurs pas bon s’y aventurer, des fois qu’un des gamins (ou leur père) y aurait caché un piège ou laissé traîner un jouet mortel. A moins bien sûr qu’ils ne soient montés sur le toit pour en précipiter un chariot plein d’objets récoltés dans la maison, ou pour projeter des balles de peinture à l’aide d’un lance-pierres géant.

Il faudra un dossier entier pour explorer les mille et une trouvailles de la série, qu’il est urgent de découvrir par vous-mêmes. Aux Etats-Unis, Malcolm in the Middle est déjà un phénomène, diffusé sur la Fox juste après Les Simpson, preuve que le public américain est tout à fait capable d’apprécier le politiquement incorrect. Au point, peut-être, d’en faire un jour une nouvelle forme de politiquement correct...

Tag(s) : #Arrêt sur Télé

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