Un article de Thierry Le Peut

paru dans Arrêt sur Séries n°34 (automne 2009, toujours disponible)

 

Entre James Bond et Jack Bauer

 

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La première apparition de Matt Helm au cinéma date de 1965. Il a les traits de Dean Martin, crooner-acteur marqué par sa longue association comique avec Jerry Lewis (13 films) et officiellement membre du Rat Pack avec Frank Sinatra, Shirley McLaine, Sammy Davis Jr et quelques autres (7 films entre 1958 et 1966). James Bond a alors percé au cinéma grâce à l’adaptation de Terence Young et l’interprétation de Sean Connery, et l’espionnite s’est emparée de la télévision américaine tandis qu’elle sévit déjà en Angleterre avec Chapeau melon et bottes de cuir. En achetant les droits du personnage créé en 1960 par l’écrivain Donald Hamilton, la firme Columbia veut lancer une franchise placée sous le signe de la parodie : les fans des romans dénoncent le peu de rapport entre le tueur d’espions de Hamilton et l’espion-photographe-amateur de femmes qu’incarne Dean Martin, et le succès des quatre films finalement tournés par Martin a surtout pour effet de détourner une partie du public des livres de l’écrivain. Matt Helm est assimilé pour beaucoup à la caricature ludique campée par Martin : ceux qui le connaissaient d’abord sous sa forme littéraire boudent la version cinéma, quant à ceux qui ne le connaissaient pas ils n’ont pas tous la curiosité d’aller y voir de plus près. Matt Helm devient ainsi une figure des années disco, sorte d’adaptation américaine des icônes du Swinging London, ancêtre d’Austin Powers lui-même parodié jusque dans les récents OSS 117 hexagonaux. Vivant dans le luxe d’un appartement tout-automatisé, précurseur de l’inventeur-amateur de Wallace et Gromit (sic), Helm-Martin n’a que peu de rapports avec le personnage imaginé par Hamilton, même si les films reprennent des éléments des intrigues conçues par l’écrivain.

On ne sait pas encore quelle option choisira le studio Dreamworks qui a acquis les droits du personnage dans l’idée de lancer une nouvelle franchise. On parle d’un scénario écrit par Michael Brandt et Derek Haas (3 h 10 pour Yuma, The A Team, Beverly Hills Cop IV encore en pré-production), mais les noms de Roberto Orci et Alex Kurtzman, les scénaristes de Star Trek et complices habituels de J.J. Abrams, circulent également (voir le site hollywood.com). Le titre (au moins provisoire) de cette nouvelle adaptation serait Spy Hunter, ce qui présagerait d’un retour au personnage de Hamilton, mais on parle aussi ici ou là d’une comédie.

La série télévisée des années 1975-1976, elle (voir ASS 33), également produite par Columbia une dizaine d’années après les quatre opus cinématographiques avec Dean Martin, avait choisi de rendre à Matt Helm son sérieux mais en avait fait un détective privé finalement ordinaire, figure évidemment destinée à s’intégrer sans heurt au paysage télévisuel de l’époque. Allié à une avocate et à un inspecteur de police, ce Matt Helm incarné par Tony Franciosa prenait en quelque sorte la relève de Mannix mais fut laminé dès sa première saison, interrompue au terme d’une première commande de treize épisodes suivant le téléfilm pilote. Le détective avait bien un passé d’espion mais ne sillonnait plus le monde, comme dans les romans, pour traquer et éliminer les espions menaçant la sécurité nationale des Etats-Unis. 

Le Matt Helm originel, celui que présentait Donald Hamilton dans Death of a Citizen en 1960, et qui toucha le public français dès l’année suivante sous le titre Le signal de détresse dans la collection « Série noire » de la NRF (Gallimard), n’a donc jamais été adapté ni au cinéma ni à la télévision et demeure largement méconnu chez nous aussi bien que dans son pays d’origine, où il a bénéficié pourtant d’une grande popularité et d’une longévité exceptionnelle, sa dernière aventure datant de 1993. Le nom de Hamilton est même rapproché de ceux, autrement plus identifiables chez nous, de Raymond Chandler ou Dashiell Hammett. N’ayant pas été réédités, ses romans sont difficiles à lire aujourd’hui et il faut faire le tour des brocanteurs, bouquinistes et autres vendeurs sur Internet pour dénicher quelques titres à des prix plus ou moins intéressants.


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 A suivre dans ASS 34

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