publié en septembre 2000 (ASS 2)

par Thierry Le Peut

 

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Inutile de chercher dans Mike Hammer l’agressivité engagée des avocats de MacKenzie-Brackman et Compagnie. Hammer, c’est un dur à cuire, un hard boiled dick, comme on disait à l’époque des Hammett, Chandler et autres Spillane (même s’ils ne sont pas tout à fait de la même époque, mais enfin on peut se permettre quelques raccourcis). Et quand l’acteur Stacy Keach se prend au jeu et en rajoute une couche, on imagine bien que le personnage s’en trouve encore plus éloigné du côté propre sur soi des avocats friqués de Beverly. Chacun son style.

De fait, Mike Hammer est l’incarnation de ce que Reuben Leder a caricaturé dans Magnum en créant le personnage du privé Luther H. Gillis, un vrai dur, copie de Bogart, avec la grande gueule, le cynisme, l’irrespect et la misogynie. Et des méthodes expéditives. Apparu pour la première fois en 1947 dans J’aurai ta peau (I the Jury), Hammer a valu à son créateur Mickey Spillane des tirages monstrueux et une popularité sans précédent. Sombre, en proie au crime dans toute sa laideur, le personnage est alors une sorte de vengeur qui s’octroie le rôle du juge, du jury et du bourreau, s’étant donné la mission de nettoyer New York de la racaille qui pourrit la vie des honnêtes gens et qui s’est emparée du moindre recoin de la Ville, encrassant chaque mur, chaque rue de sa présence délétère. On ne rigole pas avec Hammer, et lui ne rigole avec personne, même pas les femmes, qu’il boxe à l’occasion sans se soucier de leur sexe.

Après plusieurs incarnations télé (Darren McGavin, futur Kolchak, s’y colla le premier à la fin des années cinquante, puis il y eut Armand Assante et Kevin Dobson dans des téléfilms et après Stacy Keach il y aura encore Rob Estes, le Lorenzo des Dessous de Palm Beach), c’est Stacy Keach, que l’on a vu aussi dans la saga Les Bleus et les Gris et dans le feuilleton L’Amour en Héritage, qui prête ses traits anguleux au privé de Spillane. Pour toucher le grand public, cependant, les producteurs ont largement atténué la brutalité et le sadisme du héros littéraire pour fabriquer un personnage plus recommandable, toujours cynique à l’occasion, inséparable bien sûr de la panoplie du bon petit privé (à commencer par le chapeau et l’imper crasseux à la Columbo qui lui donnent l’air d’un revenant égaré dans l’époque moderne), adepte encore des bagarres à mains nues mais bien moins névrosé que la figure vengeresse imaginée par Spillane.

Produite par Jay Bernstein et Columbia Pictures, la série s’appuie sur une mise en scène impeccable bénéficiant de décors soigneusement reconstitués et de nombreux tournages en extérieurs. Non seulement le New York de la série est convaincant mais Keach y évolue comme un poisson dans l’eau, incarnation parfaite du privé rude et direct auquel le nom même de Hammer nous a habitués. La musique contribue également à l’ambiance, à commencer par le thème musical composé par le jazzman Earle Hagen (auteur de partitions pour une poignée de séries, de La Nouvelle Equipe aux Espions avec Robert Culp et Bill Cosby), le fameux « Harlem Nocturne » que l’on retrouve sur quelques compilations de génériques télé. Et, tant qu’on y est, accordons aussi une mention spéciale au doublage, Serge Sauvion (la voix de Columbo) effectuant un travail de qualité qui permet d’apprécier pleinement l’impact du personnage. Une fois de plus, c’est France 3 qui a ressorti la série de ses cartons pour une diffusion hebdomadaire. Ce qui laisse peu d’espoir de voir l’intégralité des épisodes, en tout cas dans une version non tronquée.

Tag(s) : #Arrêt sur Télé

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