publié en décembre 2001 (ASS 7)

par Thierry Le Peut  

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On y a cru l’été dernier, mais non : ce n’est pas encore en 2001 que l’on verra la fin de Millennium, maltraitée par France 2 qui ne sait trop quoi en faire depuis plusieurs années. Les heureux abonnés du satellite se sont fait une raison en redécouvrant la série sur Série Club, les autres attendent encore, des mois après avoir vu le chant du cygne de Frank Black dans la septième saison de The X-Files.

Dès le début, cette création de Chris Carter a été victime d’un battage médiatique irraisonné, en raison de la popularité de son aînée. Le succès des X-Files étant ce qu’il était, on n’en attendait pas moins de la nouvelle série de Carter, que tous, critiques et téléphages, guettaient au tournant. Résultat : un démarrage honorable mais un revirement presque immédiat des uns et des autres, finalement déçus par ce que la série leur offrait. Carter lui-même, plus occupé à peaufiner les tours et détours de la Quête mulderienne, ne s’est sans doute pas investi autant qu’il aurait pu dans la conception de la série, que plusieurs changements de direction ont empêché de se réaliser entièrement.

Puisqu’on évoquait Profiler deux pages plus haut, il est difficile de ne pas mentionner la ressemblance entre les deux programmes, qui fut d’ailleurs l’un des reproches émis à leur apparition. Les avis divergèrent : selon les uns, Millennium était un sous-Profiler - c’est l’avis émis par Jacques Baudou dans Génération Séries n°27 (janvier 1999) -, selon les autres elles n’avaient en commun que leur point de départ - Génération Séries toujours, n°31, cette fois sous la plume de Julien Leclerq. De fait, la comparaison entre les deux séries devient vite inutile, tant les différences prennent le pas sur les ressemblances. Alors que Profiler conte des enquêtes policières et ne rompt jamais avec la réalité, quand bien même les crimes commis conduisent le téléspectateur à la lisière de l’horreur, Millennium en revanche flirte avec le fantastique et présente explicitement l’action de son héros Frank Black comme une croisade contre le Mal, personnifié ici par les tueurs les plus déments et monstrueux qui se puissent montrer à la télévision. Du coup, on s’est mis à reprocher à Carter d’avoir produit un clone imparfait de The X-Files, sans reconnaître toujours les qualités particulières de la nouvelle série.

Car Millennium n’est certainement pas qu’un clone de la série-mère. Personne ne songe à nier la parenté d’atmosphère, et Carter n’a pas arrangé les choses en introduisant dans la nouvelle série un « fil rouge » inspiré de la conspiration à rallonge des X-Files : malheureusement, le motif sera mal exploité et finira par être abandonné sans avoir mené la série aussi loin qu’il aurait dû. On a très nettement l’impression que les scénaristes n’ont simplement pas su quoi faire de cette idée et ont préféré se concentrer sur l’ambiance de Millennium, qui elle est très réussie et constitue le point fort du programme. La saison 2 solde ainsi l’intrigue - très mineure - de l’« espion » qui épiait la famille Black depuis le premier épisode (et dont on ne reparlera que très peu dans la suite) et développe un autre fil conducteur, celui des visées secrètes du Groupe Millennium, organisation plus ou moins occulte qui engage Frank Black et collabore régulièrement avec le FBI pour trouver les criminels. On est en droit pourtant de ne pas adhérer complètement à cette pseudo-conspiration, qui évoque encore un peu trop l’aînée encombrante et se perd parfois dans des évocations millénaristes trop floues et oiseuses. Conséquence : après un final de deuxième saison plutôt spectaculaire mais faussement apocalyptique, la troisième saison amorce un nouveau changement radical et déplace une fois encore l’intérêt de la série.

Cette fois, Black redevient un agent « classique », assistant une enquêtrice du FBI dans des enquêtes entre conspiration et fantastique : une recette qui, évidemment, ne pouvait qu’accentuer le parallèle avec The X-Files. Pourtant, cette ultime saison (car la série sera annulée en 1999) contient quelques épisodes très réussis, dont l’onirique « Omertà » ou l’intéressant « Le bruit de la mort », dont le gimmick n’est pas sans évoquer l’esprit de Chapeau melon et bottes de cuir. Les prégénériques sont, à eux seuls, de véritables perles qui dégagent poésie, angoisse ou émotion. On notera particulièrement le travail du son, essentiel dans la création d’une atmosphère maîtrisée, faite de bruits mais aussi, très souvent, de silence, ce qui est finalement assez rare pour être souligné. Dans ses meilleurs moments, Millennium parvient à maintenir l’intérêt sans pour autant jouer sur le gore ou le sensationnel, au contraire de ce qu’on a pu lire dans certaine presse. L’essentiel se joue dans la psychologie des personnages et fonctionne souvent sur le mode de l’implicite, accentuant l’intérêt des silences.

Millennium est incontestablement une série à redécouvrir, ce qu’a permis enfin une diffusion moins chaotique sur Série Club. Si certains peuvent apprécier d’y retrouver le travail d’ambiance qui caractérise aussi The X-Files, nul besoin cependant de connaître ni d’apprécier Mulder et Scully pour goûter les charmes de Millennium, qui se suffisent à eux-mêmes. Et l’on n’a pas parlé de l’acteur principal, Lance Henriksen, androïde dans Aliens et déjà flic de la nuit dans Jennifer 8, ni de la musique de Mark Snow, ni des autres atouts de la série. Mais on se rattrapera dans un futur dossier, avant le prochain millénaire (ça nous laisse le temps...).

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