publié en décembre 2001 (ASS 7)

par Thierry Le Peut

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France 2 a parfois du mal à trouver une case pour ses séries mais elle a le chic, aussi, pour mettre à l’antenne des programmes intéressants. On peut donc veiller un peu le vendredi soir pour jeter un oeil sur Third Watch, qui aux Etats-Unis est déjà dans sa troisième saison. On en disait deux mots dans ASS 6, cette nouvelle série est produite par le désormais prolifique John Wells qui s’est aguerri sur Urgences avant de lancer A la Maison Blanche et autres Citizen Baines. A ses côtés, Christopher Chulack et quelques compères d’Urgences, comme Lance Gentile, ce qui n’étonne personne puisque le concept de Third Watch reprend la recette éprouvée de la série médicale déjà confirmée en célébrant les héros modernes de l’Amérique (selon une expression, je crois, de Télérama), nous avons nommé : les sauveteurs et autres médecins qui consacrent leur vie à sauver celles des autres. Ici, cependant, les personnages s’arrêtent le plus souvent au seuil des urgences, puisque, pompiers, policiers et ambulanciers, leur travail se déroule essentiellement à l’extérieur, dans les rues de New York.

Si donc l’adrénaline et les gestes médicaux auxquels nous ont habitués les médecins de Michael Crichton sont toujours présents, la série emprunte aussi à New York Police Blues et autres Brooklyn South un décor désormais familier de la chronique policière. Les personnages épisodiques et les situations variées et souvent pittoresques que l’on croisait dans les couloirs du Cook County de Chicago changent de cadre mais demeurent aussi présentes que dans les quelques programmes ci-dessus mentionnés. Le drame côtoie la comédie, la vie et la mort s’entremêlent dans une fiction menée tambour battant qui, heureusement, sait aussi faire appel à notre réflexion et flirter parfois avec le politiquement incorrect. Le cinquième épisode, « Guerre de quartier », montre deux policiers abandonnant un meurtrier aux mains vengeresses d’un gang adverse, au mépris de la loi, à la suite du meurtre de deux enfants. Et l’on se reprend à s’interroger sur la capacité d’un être humain à encaisser quotidiennement le spectacle de la mort, du mépris et de la lâcheté sans craquer, au milieu des problèmes personnels qui, souvent, paraissent insignifiants auprès du reste. Difficile dans un tel contexte de demeurer fidèle à l’imagerie naïve et monolithique du héros d’antan, qui savait toujours prendre les « bonnes » décisions sans transiger avec des principes plus mythiques que réels.

S’ils restent globalement sympathiques, les protagonistes de Third Watch ne sont pas tous des anges. Le pompier Jimmy Doherty, bel homme au sourire enfantin interprété par Eddie Cibrian (Mitch Buchannon, Sunset Beach), a bien du mal à donner un père à son fils Joey, qui vit avec sa mère, laquelle travaille quotidiennement avec Jimmy. En face de la caserne des pompiers, les policiers sont souvent perçus comme les « frères ennemis », à commencer par le plus arrogant d’entre eux, Bosco (diminutif de Boscorelli), qui ne répond qu’aux appels pour crimes violents ou agression, là où il sent pouvoir trouver de l’action et jouer les héros. Puis il y a les ambulanciers, en premier lieu Doc, le plus exéprimenté, qui dès le premier épisode manque perdre son équipier dans une embuscade. Un sujet d’actualité même chez nous, où les faux appels et les agressions sur des pompiers commencent à se généraliser dans certains quartiers, contraignant les secouristes à la prudence et mettant du même coup en danger le premier quidam qui aurait le malheur d’être agressé ou blessé : dans « Comme un lundi », Doc refuse ainsi d’aider un homme à terre tant que la police n’est pas sur les lieux, s’exposant en retour à la colère violente de la rue comme à l’incompréhension de son jeune partenaire.

Policiers et secouristes se partagent en effet entre les « vieux » et les « bleus ». Du côté des premiers, c’est le prudent et désabusé Sully qui tente de tempérer la fougue parfois irraisonnée d’une jeune recrue, Ty, qui se trouve être le fils d’un précédent partenaire tué « dans l’exercice de sa fonction ». Une situation qui évoque, peut-être volontairement, le point de départ de Adam 12, série policière quasiment mythique aux States bien qu’inédite chez nous (voir ASS hors-série n°2). Chez les seconds, c’est Doc qui prend sous son aile le jeune (et également impulsif) Carlos, qui ne partage pas toujours son respect scrupuleux de la procédure et ses décisions parfois émotionnelles. Le regard durci de l’expérience est ainsi confronté au point de vue novice des bleus qui, peu à peu, ajustent leur vision un peu idéalisée du métier et apprennent à comprendre et à s’adapter à la rue, au prix de leur naïveté.

La série s’attache aussi aux relations hommes-femmes qui se nouent (et se dénouent, parfois avec fracas) au sein des différents services. Du couple-repère formé par Jimmy Doherty et Kim Zabrano à celui plus équilibré que forme la même Kimmy avec son partenaire Bobby, en passant par le rude Dr Morales des Urgences et le duo contrasté que constituent l’infantile Bosco et Faith Yokas, mère de deux enfants, la palette est assez large et chacun de ces personnages porte ses propres enjeux et thématiques. Si l’influence de Steven Bochco, et en particulier de Hill Street Blues, se fait sentir dès le premier épisode, Third Watch s’impose rapidement comme l’une des réussites d’un genre désormais omniprésent à la télévision américaine.

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