publié en décembre 2001 (ASS 7)

par Thierry Le Peut

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Jadis intégrée à la Trilogie du Samedi (comme aux Etats-Unis à la Thrillogy de NBC), Profiler n’aura pas survécu en France au départ de son interprète principale Ally Walker - pas plus aux States d’ailleurs puisque la « remplaçante » n’a officié qu’une saison. Mais la blonde Ally avait déjà vécu un changement qui explique sans doute en partie l’arrêt de la série. A l’orée de la saison 3, en effet, un changement de producteurs entraîna une redéfinition du concept entier, toute la saison s’engageant dans une direction qui n’était plus celle des deux premières années. En particulier, le point de vue porté sur le crime fut renversé et les scénaristes priés d’entrer dans l’intimité des criminels alors que le principe de la série était justement de ne pas révéler les « malades » traqués par le FBI mais essentiellement le travail des enquêteurs pour remonter des indices au criminel. Cette révolution priva la série de son originalité et la rapprocha de policiers plus classiques, faisant presque passer au second plan l’héroïne elle-même.

Car à l’origine Profiler, comme son nom l’indique, s’intéresse à son personnage principal. Dans le premier épisode, diffusé en 1996 sur NBC et un an plus tard sur M6, le Dr Samantha Waters, spécialiste des profils psychologiques (profiler), réintègre à la demande de son ami Bailey Malone un service spécial du FBI chargé de trouver et de livrer à la justice des serial killers particulièrement difficiles à repérer. Or, Sam avait renoncé à cette activité à la suite d’un drame personnel, son mari ayant été assassiné par un détraqué dont la libido s’était fixée sur elle. Mère d’une petite fille, Chloé, Sam s’était retirée dans une petite maison perdue au fond des bois, en compagnie de son amie Angel (interprétée par Erica Gimpel, trop rare depuis Fame). En acceptant d’aider Bailey sur une enquête, Sam se retrouve involontairement sur le devant de la scène et réveille le monstre que sa disparition avait condamné à l’oubli : Jack-de-tous-les-coups, comme il fut surnommé par la presse, abat de nouveau ses griffes sur elle, bien décidé cette fois à ne plus la laisser échapper. Contrainte de quitter sa retraite, Sam emménage dans une ancienne caserne surveillée de tous côtés et condamne Angel et Chloé à vivre avec elle dans la peur. Jack, en effet, est prêt à s’en prendre à tous les êtres qui lui sont chers et elle n’a qu’un moyen d’en être débarrassée : continuer de travailler avec Bailey en espérant un jour mettre le psychopathe sous les verrous.

Ce postulat est en lui-même intéressant mais Cynthia Saunders, la créatrice de la série, et les producteurs Ian Sander et Kim Moses ont doté la série d’autres atouts. L’esthétique, très travaillée, privilégie les ombres « à la X-Files » (difficile d’échapper à cette référence omniprésente dans les années 90) et les flashes lumineux qui ponctuent le processus de pensée de l’héroïne, qui « voit » littéralement les événements sur lesquels elle est chargée d’enquêter. Il ne s’agit nullement de double vue mais plutôt d’un procédé visuel qui permet de dynamiser et de dramatiser le travail de l’enquêtrice sur les lieux du crime. Les scénarii sont également très soignés, partagés entre les affaires ponctuelles sur lesquelles est appelée Sam Waters et le « fil rouge » que constituent les méfaits de Jack et les tentatives des agents pour le trouver et le neutraliser. Le résultat est une écriture serrée qui laisse peu de place à la digression et se révèle souvent passionnante, les préoccupations personnelles des différents protagonistes venant se greffer sur les intrigues sans les vampiriser. Chaque épisode s’ouvre sur un crime, en général particulièrement atroce et sadique, puis suit pas à pas l’investigation du FBI et le travail de reconstitution qu’opère Sam, s’efforçant d’entrer dans la tête du criminel pour anticiper ses crimes futurs et tenter de les prévenir.

C’est la perte de cette spécificité, qui s’accompagne malheureusement d’une écriture moins rigoureuse dans la troisième saison, qui poussa, dit-on, l’actrice à rendre son tablier. Sam Waters fut donc remplacée par un autre agent, brun cette fois, mais le charme n’opéra plus. Il reste que la rediffusion sur M6, à raison de deux épisodes par semaine, a permis de revoir une série globalement très bien faite, qu’on ne saurait trop conseiller - sauf aux âmes sensibles !

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