par Abdessamed Sahali

Timée-Editions, 2007, 144 p., 13,50 €

 

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Ce titre est présenté dans la collection « Les 50 plus belles histoires », où ont déjà paru la saga de James Bond, celle des comics, celle de Cannes ou celle… des coups de foudre. Une collection à vocation éclectique, donc, où les séries sont abordées comme un élément artistique et culturel de la société plutôt que sous un angle historique. Précisons que le titre de la collection met en exergue le cahier des charges de l’auteur : il s’agit pour lui d’effectuer un survol de son sujet en choisissant 50 « histoires » dans la grande Histoire des séries américaines. Ce qui nous mène à éclairer quelques points pour le lecteur désireux d’en savoir plus.

Premier point : l’auteur se limite, précisément, aux séries d’outre-Atlantique. Deuxième point : les titres évoqués sont le résultat d’un choix forcément partial et éclairés en général sous un aspect qui peut être lié à leur production ou à leur réception, dans leur pays d’origine ou en France. Troisième point : cette approche est évidemment partielle et s’adresse essentiellement à deux types de lecteurs, celui qui souhaite recueillir des anecdotes sur un sujet qu’il ne connaît pas spécialement et celui qui, plus informé, voudrait rafraîchir ses connaissances et réaliser un patit « parcours de rappel ». Appartenant à la première catégorie, vous découvrirez nombre de « petites histoires », parfois savoureuses, sur la vie et les mœurs de cet « autre Hollywood » des séries télé, et vous ressortirez de cette lecture plus savant que vous ne l’étiez d’abord, avec une perception plutôt fidèle du Landerneau des séries. Appartenant à la seconde, vous n’apprendrez peut-être pas grand-chose (encore que…) mais vous vous ferez probablement plaisir et serez peut-être plus sensibles à l’un des atouts de ce petit livre, qui est de nous montrer ce que l’on peut retenir de soixante ans de télévision dès lors qu’on a accepté la difficile mission de survoler chaque page en quelques paragraphes.

Car c’est bien ce que propose Séries cultes : L’autre Hollywood, dans un format pratique de 16 x 20 cm (en arrondissant). L’ouvrage ne prétend pas être un livre de spécialiste : Abdessamed Sahali est journaliste, « spécialisé dans les sujets culturels et de société et passionné par les séries TV américaines », et son approche est présentée en quatrième de couverture comme « un portrait original et insolite » des séries américaines.1 C’est le charme du titre, qui ne se veut pas du tout un reader’s digest de l’Histoire de la télé US – comme par exemple le Séries télé de Martin Winckler chez Librio ou Les séries TV de Francis Valéry aux Essentiels Milan. Il est en outre de lecture facile et agréable, agrémenté d’une iconographie bien choisie tout en couleurs (à l’exception des programmes en noir et blanc) et complété par quelques annexes utiles.

Les 50 « histoires » sélectionnées par l’auteur sont rangées dans sept chapitres qui permettent une approche thématique. Industrie de genre dominée par la « suprématie de l’auteur », qu’il soit scénariste ou producteur, les séries US sont surtout éclairées ici dans leur impact sur la société, qu’elles en soient le reflet ou qu’elles y produisent des remous dont l’ampleur parfois inattendue peut parfois surprendre. L’auteur rappelle ainsi qu’Edouard Balladur cita jadis Les feux de l’amour et que l’extrême-droite française tenta de récupérer The X Files à son profit. Ou revient sur le « phénomène » invraisem-blable que suscita le coup de feu tiré sur J.R. à la fin de la troisième saison de Dallas, ou la diffusion du téléfilm de conclusion à la série MASH. Même le lecteur informé peut ici glâner quelque nouveauté, par exemple sur le rapport de l’attentat contre J.R. avec… la naissance de CNN. D’une page à l’autre, c’est effectivement la place importante des séries dans le paysage socio-culturel qui est mise en lumière, et pas seulement aux Etats-Unis. Il est inévitable bien sûr que l’auteur enfonce quelques portes ouvertes – l’opportunisme politique de 24, le « féminisme machiste » des Drôles de Dames… - mais ses choix sont cohérents et judicieux, et sa prose dénuée de pédantisme. Et on lui reprocherait à coup sûr de n’être pas passé par certaines portes, même si elles ont déjà été ouvertes bien souvent.

Thierry Le Peut

 

1. Quel dommage que l’éditeur poursuive cette présentation en ajoutant que dans ce portrait « les fictions télévisuelles deviennent les pâles reflets de la société américaine », où le choix malheureux de l’adjectif a une connotation péjorative qui n’était probablement pas souhaitée !

Tag(s) : #Livres

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