publié en mars 2003 (ASS 12)

par Thierry Le Peut

 

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L’arrivée de Loïs et Clark : les Nouvelles Aventures de Superman sur M6 fit en son temps sensation. Celle de Smallville fut entourée de la même publicité et de la même curiosité. Moins mythique de ce côté-ci de l’Atlantique, le personnage de Superman n’en est pas moins ancré dans notre imaginaire européen, tout All-American qu’il soit. Même si on a pu lire ici ou là que la jeunesse du personnage ne fut jamais explorée à la télévision, l’idée n’est pas si nouvelle : on se souvient d’un Superboy mineur mais bien réel diffusé par TF1. Rien de spécialement original, de toute façon, dans l’idée de visiter la jeunesse d’un personnage de légende: Indiana Jones ou MacGyver ont eu cet honneur et ne seront pas les derniers. Smallville n’était donc pas aussi événementielle qu’on a voulu l’écrire et on pouvait même craindre une nouvelle déclinaison ado mêlant science-fiction et peines de coeur, un ersatz de Roswell. Le succès rencontré par la série aux Etats-Unis avait toutefois de quoi éveiller la curiosité, ce qui n’est déjà pas si mal.

La nouvelle année a donc amené jusqu’à la trilogie de M6 (en perte de vitesse après l’arrêt du Caméléon, les vacances de Charmed et la débandade de Dark Angel) ce petit opus où un mannequin à la vingtaine bien sonnée incarne le jeune Clark Kent, ado « comme les autres » découvrant l’étendue de ses pouvoirs et de ses responsabilités bien avant de devenir Superman. Chronique d’un passage à l’âge adulte (comme les autres séries ados), Smallville emprunte aussi à The X-Files en présentant chaque semaine un « phénomène » causé par les météorites vertes ayant accompagné l’arrivée sur Terre du petit Kal-El de Krypton. Comme dans Roswell, le parcours commence par une révélation (Jason Behr pointait un doigt vers le ciel, John Schneider lève discrètement les yeux). Désormais informé de ses origines (l’espace), Clark découvre que sa venue, célébrée à Smallville par une pluie de météorites, ne s’est pas faite sans quelques incidences fâcheuses : lesdites météorites ont en effet causé plusieurs accidents et quelques drames dans les environs, sans parler des effets secondaires dont le jeune héros ne tardera pas à mesurer l’ampleur insoupçonnée. Le monde que cet adolescent un peu particulier apprend à découvrir n’est pas vraiment rassurant, en quoi il est une métaphore du monde réel avec lequel chacun doit composer au sortir de l’enfance. Conséquence de sa nature insolite, Clark Kent commence cet apprentissage avec une bonne dose de culpabilité : les météorites sont responsables de la mort des parents de Lana Lang, pour laquelle son coeur saigne (d’amour).

Les prémices de la série offrent ainsi un certain intérêt même si l’on peine à y trouver un zeste d’originalité. Les personnages qui entourent le héros évoquent eux aussi des figures déjà explorées : il y a dans Lana Lang une puissante réminiscence de Shiri Appleby dans Roswell, comme l’ambiguïté de Lex Luthor peut rappeler celle de Brendan Fehr dans le même Roswell. Les faire-valoir de Clark Kent, ses amis Chloe et Pete, empruntent eux-mêmes à Beverly Hills. Le pari d’Alfred Gough et Miles Millar, les développeurs de la série, était bien plutôt du côté de la fidélité au mythe : à Smallville, et contrairement au précédent Superboy, Clark Kent ne porte ni costume bleu ni S sur la poitrine (bien que le pilote lui en fournisse l’occasion, en forme de clin d’oeil). Il est même choisi dans le premier épisode pour être la bête noire de ses pairs du lycée, un peu comme Peter Parker dans Spiderman. De ce point de vue, Smallville revisite le mythe de façon intéressante, si elle ne s’éloigne pas de ses ascendants dans le genre série pour ados.

Comme Roswell  ou Dawson, la série perpétue l’image idyllique de la petite ville américaine, où il fait bon vivre malgré les « à côté ». En l’occurrence, ceux-ci prennent la forme de créatures déviantes ou de phénomènes inexpliqués produits plus ou moins directement par l’influence de la kryptonite. Seul point faible du super-héros, celle-ci revient comme le rappel récurrent de son invincibilité imparfaite. La ficelle est utilisée trop systématiquement dans les premiers épisodes pour ne pas agacer un tantinet. De même, la thématique du secret menacé tire la série vers le convenu : attaché à Clark qui lui sauve la vie dans le pilote, Lex Luthor n’en mène pas moins une enquête pour découvrir le secret de son ami. Autre ingrédient gênant (en tout cas dans les premiers temps) : la musique de Mark Snow, bien trop proche de celle de The X-Files, au point qu’on a parfois l’impression de se trouver au milieu d’une enquête de Mulder et Scully bien plus que dans une aventure à la Buffy.

Bref, l’habitude rend exigeant et on finit par attendre d’une série destinée aux ados plus que ce qu’elle entend offrir. Comme celles qui l’ont précédée, Smallville est convenablement réalisée et propose une galerie de personnages auxquels on peut s’attacher. Si la relation de Clark avec Lana n’offre guère de surprises, celle du jeune héros avec Lex Luthor, son futur ennemi, promet sans doute davantage. Une raison comme une autre de suivre la série !

Tag(s) : #Arrêt sur Télé

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