publié en décembre 2000 (ASS 3)

par Thierry Le Peut

 

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Déjà découverte par les heureux possesseurs d’une parabole (et d’un abonnement au satellite), That '70s Show a perdu le That en débarquant sur France 2 en septembre dernier mais a gardé sa fraîcheur revigorante. Nouvelle production de Tom Werner et Marcy Carsey à qui l’on devait le désormais fameux Cosby Show (entre autres), cette sitcom de 25 x 21 minutes (pour la première saison) plante ses caméras dans le nouvel âge d’or d’une Amérique certes reconstituée en studios mais néanmoins attrayante. Nous sommes en pleines années 70, époque encore marquée par la mode hippie et son énergie contestataire (quoiqu’un peu émoussée), moment crucial de la débandade du rêve américain (débâcle de Saigon, affaire du Watergate). En 1975, lorsque débute That '70s Show, Gerald Ford est Président par intérim, les films catastrophes font recette au cinéma, la peinture new image fait fureur et on porte encore des couleurs bigarrées à la Bob Marley. La sitcom suit une bande de « jeunes » dont le refuge est une pièce aménagée au sous-sol de la maison d’Eric Forman, dans une petite ville du Wisconsin (un trou, quoi).

C’est là qu’Eric connaît ses premiers émois d’adolescent en flirtant avec Donna, la fille du meilleur ami de son père. C’est là aussi que son copain Hyde vient développer ses théories pessimistes sur la politique et la société en général. Là encore que Kelso répète à chaque épisode qu’il est sur le point de plaquer Jackie, que personne ne supporte dans le groupe. Dernier membre de la bande, Fez est un lycéen étranger qui apprend les mots et les usages des ados américains : sa façon de rouler les ‘r’, de s’émerveiller de tout et de reproduire le langage et les comportements de ses amis ne manque pas d’un certain charme. Surtout lorsque Fez est le seul à pouvoir passer une après-midi avec la grand-mère d’Eric, qui rend dingues son père et sa mère !

Parlons-en, tiens, des adultes de That '70s Show. Le père d’Eric est un bon Américain, un honnête travailleur frappé de plein fouet par la crise économique et contraint de se recycler en vendeur d’électroménager, ce qui le force, de surcroît, à sourire et à communiquer. Sorte d’ours des cavernes bien dans ses pantoufles, sans grands problèmes existentiels, il a quelque peine à voir grandir son fils et à accepter ses crises d’identité, surtout lorsqu’elles s’opposent à la toute-puissante volonté du pilier de la famille. Maman Forman, elle, est le type même de la bonne mère travailleuse, conciliante, patiente, la tête bien sur les épaules, rétive aux « nouveautés » superflues, comme les visites chez un psy. Elle déploie tout son savoir-faire (et son influence sur Papa Forman) pour réconcilier au mieux son mari et son fils. Ajoutons à cette tribu Bob, l’ami de la famille, qui tient un magasin d’électroménager et ne comprend pas les velleités identitaires de son épouse, la mère de Donna. Et la soeur d’Eric, qui ne rentre de l’université que quand elle a besoin d’argent.

L’effet Happy Days est évident dans cette série qui prolonge joliment Les années coup de coeur, dont l’action se déroulait dans les années soixante (et qui était à mi-chemin entre la série et la sitcom). On retrouve d’ailleurs Marion Ross, la maman de Richie Cunningham, dans le rôle de la belle-mère insupportable que Fez parvient à conquérir en lui massant les pieds. Un pur plaisir que cette sitcom dont chaque séquence est précédée de jingles ingénieux reprenant des motifs picturaux ou des photos de l’époque, gentiment truquées pour produire un effet humoristique.

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