publié en juin 2002 (ASS 9)

par Thierry Le Peut

 

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Wycliffe est une série qui tranche sur l’ordinaire des séries américaines par son rythme tranquille, sans heurts. Mais elle a une excellente raison puisqu’elle est anglaise, ce qui la rapproche d’autres productions remarquables par leur qualité et leur calme apparent. Les histoires de Wycliffe recèlent en effet des horreurs insondables, qu’un événement, en général un crime, va mettre au jour et porter à l’attention des enquêteurs. La machine se met alors en branle, aussi psychologique que judiciaire, jusqu’à l’aveu final. Père et mari sans qualités particulières, Charlie Wycliffe conduit son équipe et ses enquêtes avec circonspection mais méthode, prêtant une oreille attentive aux personnes qu’il est amené à interroger et, surtout, ouvrant l’oeil pour saisir chaque détail, chaque expression du visage qui peut le mettre sur la voie. A ses côtés, les inspecteurs Kersey et Lane amènent un peu de sang jeune à la série, bien qu’ils ne soient plus des jouvenceaux, Kersey n’étant probablement pas loin derrière son patron en matière d’années. Chacun est doté de son caractère, l’un secret, taciturne, volontiers amer, l’autre plus ouverte et sereine.

Le cadre a aussi son importance, comme dans les meilleures séries d’outre-Manche. Ici, c’est la Cornouailles, pays de verdure et de falaises, qui fournit aux enquêteurs et aux crimes un cadre farouche, derrière l’apparente banalité des côtes anglaises.

D’épisode en épisode, Wycliffe séduit par les thèmes abordés et une écriture très posée, sans fioritures inutiles, orientée vers la description des caractères. La mort d’une lycéenne, d’un pêcheur, d’une simple passante apparemment sans histoire renversée par une automobiliste elle-même sans histoire conduisent à la révélation de secrets enfouis parfois depuis très longtemps dans les coeurs et les mémoires, sinon sous la terre d’un cultivateur. Très convaincants, les acteurs maintiennent l’intérêt tant pour les protagonistes en devenir (la série est mâtinée de feuilleton) que pour les personnages épisodiques. Attrait supplémentaire: les enquêtes sont parfois l’occasion de découvrir un milieu, dans la tradition du policier social.

En un mot comme en cent, voilà encore une petite réussite qui, dans son pays d’origine, a vécu cinq saisons et 38 épisodes produits par ITV.

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