Au sommaire d'Arrêt sur Séries .37.

 

 

L'AGE DE CRISTAL

du livre à l'écran,

l'histoire de la "saga"

Lire une présentation de la série

 

STARGATE UNIVERSE versus V

coup d'oeil sur les deux séries

Lire cet article

 

 

> L'édito de ce numéro :

ASS 37 cover CaptureL’Age de Cristal  n’est pas une grande série. On peut même dire, sans créer de polémique, que c’en est une toute petite. Quatorze épisodes, écrits par des scénaristes par ailleurs employés sur des productions de genres très différents, chapeautés par une auteure habituée à la science-fiction (Dorothy Fontana, ex-secrétaire du créateur de Star Trek Gene Roddenberry), mais soumis au final choice des producteurs de Mannix et de Drôles de Dames (Ivan Goff et Ben Roberts). Présentée ainsi, la série s’inscrit dans le paysage télévisuel américain des années 1970, où la science-fiction s’invitait sur le petit écran à travers des programmes souvent conçus comme des shows d’aventure sans grande ambition, les uns exploitant un filon cinématographique déjà en bout de course (La Planète des Singes, voir ASS 6 à 8), les autres une idée « originale » empruntée en fait à l’univers des comic books et traitée avec une grande désinvolture (L’Homme qui venait de l’Atlantide, voir ASS 15). Dans l’ensemble, la SF américaine d’alors est destinée – bon gré malgré, sous la pression des diffuseurs et des producteurs – au jeune public et reste proche de l’un des genres « fondateurs » de la fiction télé US, le western. C’est indéniablement le cas de L’Age de Cristal, filmée en grande partie en extérieurs, dans le désert californien, et fondée sur le postulat de la poursuite. Rebelles contre policiers, fugitifs contre traqueurs.

Dorothy Fontana aurait souhaité une série différente, construite autour d’un fil directeur qui eût permis de développer les personnages, de leur offrir un devenir. Les producteurs Goff et Roberts en décidèrent autrement, réduisant l’étude de caractères à la portion congrue et privilégiant le schéma classique du road movie version télé : un nouveau lieu, une nouvelle rencontre, un nouvel enjeu chaque semaine, sur le modèle « les héros fuient mais s’arrêtent à chaque fois pour dénouer une situation nouvelle », chaque situation n’étant, le plus souvent, qu’une parenthèse dans la quête des héros pour « un monde meilleur ».

Comme Le Saint (voir ASS 26), la série ne vaut pas seulement pour elle-même car elle n’est qu’un élément d’un univers qui emprunte la voie d’autres supports. Née sur le papier, la « saga » L’Age de Cristal a gagné le cinéma avant de s’installer à la télévision ; au contraire du Saint, toutefois, elle y est passée presque inaperçue et n’a constitué qu’une digression dans le développement de la saga. William F. Nolan, co-auteur du roman Logan’s Run (le titre original), souhaitait une aventure cinématographique ; déçu par la série, il publiera deux romans qui développent les personnages de L’Age de Cristal sans s’encombrer de la parenthèse télévisuelle, même si l’on considère parfois qu’il a cherché à combiner dans ses romans les différentes déclinaisons du concept. Au fond, les producteurs de la série L’Age de Cristal cherchaient à imiter la démarche de ceux de La Planète des Singes – qui, d’ailleurs, ne connut pas davantage de succès à la télévision. Hélas, si la série a gagné avec le temps un statut de petit joyau culte, aidée probablement par sa courte existence qui l’a rendue rare avant de permettre sa redécouverte par des rediffusions sur le câble, le concept a été développé bien davantage dans les romans et les comic books qui se sont succédé depuis la fin des années 1970. Ainsi, parallèlement à la redécouverte du film et de la série sur la chaîne Turner Classic Movies (propriétaire du catalogue de la Metro-Goldwyn-Mayer auquel appartiennent le film et la série), plusieurs séries de comics ont repris l’univers de Logan’s Run et ont contribué à le populariser dans les années 1990, au point que Nolan a écrit en 2000 une nouvelle qui circule aujourd’hui entre les fans, n’ayant jamais été publiée. C’est précisément durant ces années 1990 que l’on a commencé à parler d’une nouvelle version cinéma, désormais annoncée pour 2012.

C’est à cet ensemble que nous nous intéressons dans ce numéro spécial. Ce n’est pas sans hésitation que nous avons décidé de proposer ce dossier en une seule livraison, mais nous avons finalement pensé que la saga valait bien cet effort, en souhaitant que même nos lecteurs peu férus de science-fiction trouveraient un intérêt dans l’ensemble. Plus encore qu’avec nos précédents dossiers sur La Planète des Singes et Le Saint, nous avons voulu prendre en compte les différents supports sur lesquels s’est exprimée la saga Logan’s Run afin de vous offrir une vue générale qui constituera une bonne mise au condition avant la sortie du film en 2012 (si elle se fait comme annoncé). Pour son créateur William F. Nolan, Logan est aujourd’hui un mythe ; c’est un héros qui, en se dressant contre une société totalitaire maquillée en paradis de la consommation, est devenu au fil de ses différents visages une incarnation – non pas littéraire, cinématographique ou télévisuelle mais culturelle – de la révolte et de la volonté de survie. Une ode à l’aventure mais aussi à l’amour, puisque son histoire est indissociable de celle de son alter ego féminin, Jessica, et à la famille, puisque les romans de Nolan donnent une importance centrale à leur fils Jaq. Repoussé durant près de vingt ans, son retour au cinéma se déroulera dans un monde toujours en proie à la menace totalitaire, non pas tant celle qui vient de l’extérieur mais celle qui se niche au cœur même de nos sociétés développées. Le besoin de héros n’a pas disparu et il nous tarde de voir si le nouveau Logan saura composer intelligemment avec les conventions actuelles du cinéma d’action. Il est bien de courir, encore faut-il courir pour quelque chose. Sur un postulat analogue à celui de Logan’s Run, The Island de Michael Bay a démontré récemment qu’il ne suffisait pas d’aligner des scènes d’action invraisemblables pour susciter l’intérêt. La saga de Logan possède une âme à laquelle ni le cinéma ni la télévision n’ont jusqu’ici réussi à rendre justice. Nous espérons vous en convaincre avec ce dossier spécial, avant de découvrir l’an prochain quelle lecture en offre le cinéma d’aujourd’hui.

Thierry Le Peut 

  Logan's run 3

 

1967 : William F. Nolan et George Clayton Johnson co-signent Logan's Run, un roman de science-fiction dont le héros est un traqueur devenu fugitif dans une société futuriste où la vie est censée s'arrêter à 21 ans. En France, le roman devient Quand ton cristal mourra, retitré L'Age de cristal après la sortie du film, en 1976.

 

1976 : Michael Anderson réalise L'Age de cristal, un film produit par MGM et écrit par David Zelig Goodman, d'après le roman de Nolan et Johnson. Michael York, Jenny Agutter, Richard Thomas et Peter Ustinov sont les héros du film, dans lequel on remarque aussi Farrah Fawcett-Majors, qui a quitté Drôles de dames pour tenter une carrière au cinéma.

 

1977 : alors que William F. Nolan espérait une suite au cinéma, pour lequel il a conçu la suite de Logan's RunLogan's World, c'est à la télévision que MGM décide de poursuivre l'aventure Age de cristal. La série télévisée, produite par Leonard Katzman, ne connaît hélas que 14 épisodes. Logan's World est traduit en France sous le titre Retour à l'âge de cristal.

 

1980 : Nolan persiste et signe avec un troisième titre, Logan's Search, qui cette fois ne sera pas traduit en français. Il écrira une dernière nouvelle en 2001, sous forme d'e-book, aujourd'hui vendue à prix d'or car devenue introuvable !

 

2001 : alors qu'Arrêt sur Séries naît à la vie, son rédacteur envisage - et commence - un dossier sur L'Age de cristal, série qui a bercé son enfance et à laquelle il veut rendre un modeste hommage. Mais ce dossier ne se concrétisera que dix ans plus tard (à la louche), après être resté dans le placard tout ce temps.

 

2010 : enfin le dossier L'Age de cristal est en passe de devenir une réalité. Entretemps, Arrêt sur Séries est passé à la couverture couleur, ce qui ne garantit pas que L'Age de cristal fera la Une, mais au moins qu'il conquerra la Quatrième de couverture. C'est à voir.

 

2011 : Février 2011. L'Age de Cristal fait la couv' et squatte tout le n°37, pour le bonheur des fans et, espérons-le, l'édification des moins convertis. Du roman originel à la promesse de remake, en passant par les autres romans, la nouvelle "culte", les comics, et bien sûr la série, qui reçoit un hommage que jamais elle n'a connu jusqu'alors. Mais si : venez voir...

 

Tag(s) : #Magazine

Partager cet article

Repost 0