Entretien réalisé par Emmanuel Francq

le dimanche 3 avril 2016

Richard Dean Anderson - interview

Qu’est-ce qui était le plus amusant à faire durant le tournage de MacGyver ?

 

A l’époque, c’était agréable d’avoir un travail. Quand MacGyver est arrivé dans ma vie, j’étais sur le point de quitter le métier d’acteur car c’était trop frustrant, trop ennuyeux. Je conduisais des motos, je vivais dehors et quand j’ai eu le rôle de MacGyver, cela m’a aidé pour effectuer une transition dans la vie. Je ne le savais pas jusqu’à ce que cela arrive et de manière plus profonde durant le tournage de MacGyver. A l’époque, j’étais évidemment beaucoup plus jeune que maintenant, j’étais capable de faire mes cascades, capable de me lever à 4 heures et demi du matin pendant 7 ans. Aujourd’hui, je suis debout à 4 heures et demi du matin mais pour essayer de trouver le sommeil. A l’époque, c’était sympa – au niveau de la production – de pouvoir faire mes propres cascades et d’affronter le danger jusqu’à un certain point. C’était toujours un plaisir. Oui, je veux dire que pour quelqu’un qui n’avait pas travaillé de manière régulière depuis longtemps, c’était agréable d’avoir ce rôle qui est devenu iconique.

 

Comment prépariez-vous les trucs de MacGyver, les « MACGYVERISMES », avant le tournage ? Vous aviez des physiciens ou des consultants ?

 

Oui, nous faisions des recherches, nous avions des superviseurs et des consultants venant d’une des écoles techniques en Californie (j’aimerais me souvenir du nom). Nous venions avec nos idées, nous avions un scénariste en chef qui transcrivait nos idées sur le papier. Ensuite, nous allions voir notre consultant qui disait : « Eh bien, c’est envisageable mais vous devez avoir tel et tel éléments. » Donc, nous corrigions le scénario quand c’était possible. Si ce n’était pas possible, cela commençait à paraître incroyable dans les choses que nous avions faites. Je me rappelle, je devais m’échapper d’une prison ou une cellule et les seules choses qui étaient à portée étaient un vélo et des élastiques, je ne sais plus. Et ce que MacGyver a fait, c’est rassembler tous ces élastiques, les assembler avec les parties du vélo et créer un chalumeau. Tant bien que mal, il fut déterminé par notre consultant que le vélo devait être fabriqué en partie avec du magnésium et j’ai dit : « Je fais du cyclisme et je n’ai jamais vu un vélo en magnésium (RIRES), mon avis vaut-il quelque chose ? Cela va s’enflammer, vous croyez ? » Avec pour résultat de pouvoir couper les barreaux.

Faire ce genre de choses, c’était vraiment très amusant à jouer mais à nouveau, nous étirions notre imagination juste un tout petit peu ! Cela faisait partie du plaisir aussi.

 

 

A l’écran, nous sentions une grande complicité entre vous et Dana Elcar et aussi avec John Anderson, votre grand-père Harry dans la série

 

Oui, vous avez regardé la série ! Oooh !

 

 

Absolument. Pouvez-vous nous en dire plus sur vos relations en dehors des plateaux de tournage. Etes-vous devenus amis dans la vie ?

 

Pas des amis sur le plan social. Quand j’ai rencontré John Anderson, il avait déjà une longue carrière, il nous faisait presque une faveur en participant à notre série, il nous faisait réellement une faveur. Donc, c’était chouette d’avoir ce lien avec lui, comme avec mon père qui était très cool. Dana Elcar et moi sommes plutôt devenus amis. Nous ne sortions pas ensemble, il avait sa famille et moi j’étais célibataire et plutôt fou. Mais nous nous respections et nous appréciions mutuellement. Je ne le savais pas avant de le rencontrer mais il était le type dans L’Arnaque qui m’a le plus bluffé, vous vous souvenez du film. Il était le type du FBI, ça m’a surpris et je lui ai dit. Depuis, je suis fan de lui. Nous sommes devenus des potes et il m’a confié qu’à ce point de sa carrière, il m’enviait pour ce que je faisais et pour ce que j’étais capable de faire. Je lui ai dit : « Si j’avais la moitié de ton CV, je serais un homme heureux. » Mais tristement, il est lentement devenu aveugle et nous l’avons montré dans la série durant quelques épisodes. C’était un chic type. Il était  d’origine danoise mais je ne lui en voudrais pas pour ça  (RIRES).

 

Richard Dean Anderson & Dana Elcar

 

Avez-vous noué une amitié avec Bruce McGill (Jack Dalton) ou Michael DesBarres (Murdoc). Continuez-vous à vous fréquenter actuellement ? 

 

Actuellement, je ne les vois plus. Bruce travaille tout le temps, il n’a jamais arrêté, visiblement.

Oui, sur la série « Rizzoli & Isles ». 

 

Excusez-moi ?

Rizzoli & Isles, une série policière avec deux femmes où il joue un rôle récurrent.

 

C’est une nouvelle série ?

 

Oui, une nouvelle série depuis 4 ans : « Rizzoli & Isles ». 

 

Lui et moi, on était de bons copains. Chaque fois qu’il venait jouer dans un épisode, j’étais heureux car nous passions de très bons moments : c’est un type très marrant et je pense qu’il appréciait mon sens de l’irrévérence. C’était bon de savoir que plus tard, il ferait partie de la conception de la série. Il improvisait, j’adorais improviser et nous étions souvent déjantés. On avait parfois honte de nous car les réalisateurs ne savaient pas trop à quoi s’attendre. Il a un vrai talent, il peut tout jouer. C’était un personnage très spécial avec un drôle de CV.

 

Bruce McGill dans "Dalton l'espion" (saison 2)

 

Et avec Michael ?

 

Michael, je ne sais pas dans quel univers il vit actuellement. Je pense qu’il reste toujours attaché à ses racines « rock’n’roll ».

 

Oui, durant des émissions de radio. 

 

Oui ?

 

Oui, sur Internet.

 

Excellent, excellent. Non, je n’ai pas vu Michael depuis si longtemps.

 

Et qu’en est-il du secret de MURDOC ? Comment expliquez-vous qu’il survit toujours après être tombé d’une falaise, des explosions, du feu ?

 

Tout ce que je peux dire, c’est que je ne l’ai pas écrit (RIRES). C’est une des choses bien sûr, un de ces petits tours, je ne sais pas comment l’appeler et où le public se dit : « Quoi ? Non ! Vraiment ? » et il est embarqué dans l’histoire : comment va-t-on le tuer cette fois ? Qu’est-ce qui va lui arriver ? Et pour être honnête avec vous, je ne sais pas comment il a fini. A-t-il été enterré ou quelque chose comme ça à la fin ?  Je ne sais pas ! (RIRES). Mais durant la série, c’était très drôle de jouer avec lui parce qu’il est timbré, un type complètement cinglé…

 

Il aimait se déguiser ?

 

Oui, oui et puis sa personnalité était juste parfaite pour ce personnage. Nous adorions ce personnage dans la franchise MacGyver.

 

Michael Des Barres alias Murdoc

 

La série MacGyver défendait des thèmes jamais vus comme les problèmes environnementaux et la protection d’espèces en danger comme les rhinocéros mais aussi les problèmes sociaux d’une jeune fille avec la prostitution, la drogue, les gangs... Par rapport aux thèmes jamais vus, en quoi était-ce important pour vous que la série MacGyver soit une sorte d’écho du monde réel ?

 

Cela a pris environ deux ans avant que nous soyons sûrs de rester à l’antenne pour de bon. Au début, la chaîne a commandé le pilote puis 3 épisodes et puis 3 de plus et puis 6 de plus. Cela a été comme ça pendant deux ans jusqu’à ce que, finalement, nous exigions que la chaîne nous commande une saison complète pour que nous puissions aborder diverses histoires et arcs narratifs, divers problèmes, ce que le réseau et la compagnie de production ont finalement accepté.

Il nous est devenu évident, vu la réaction du public et le genre de public que nous avions rassemblé, que les parents avaient trouvé, dans le personnage de MacGyver, une série qu’ils pouvaient regarder avec leur enfant. Nous étions soucieux de ne pas faire de prêchi-prêcha avec le pouvoir qui nous était donné mais nous voulions être un petit peu plus éducatifs.

Il y a une frontière étroite à ne pas dépasser dans une série télé – qui reste avant tout du divertissement – et si vous commencez à faire du prêchi-prêcha, cela devient vite ennuyeux. Je ne regarderais pas une série comme ça. Nous avons essayé d’aborder des histoires qui nous intéressaient personnellement, comme le rhinocéros noir ou celle avec les requins en danger. Nous avons réalisé que nous avions une opportunité et que si nous nous y prenions de la bonne manière, nous pouvions faire du bien. Nous n’étions pas assez prétentieux pour penser que nous pouvions changer le monde mais peut-être contribuer à attirer l’attention dans ces domaines.

Personnellement, je m’impliquais déjà dans ces causes, même si cela n’était pas connu, je le faisais déjà depuis un moment. Et puis j’ai rencontré Paul Watson et me suis impliqué dans son organisation Sea Shepherd.

De la moitié des années 80 au début des années 90, nous avons senti qu’un changement de mentalités était en cours, qu’il y avait une prise de conscience écologique presque imperceptible. Nous avons pris le train en marche et avons essayé d’aider là où nous le pouvions.

 

 

 

 

Comment expliquez-vous l’évolution des gentils dans les années 80 et 90 par rapport à maintenant où dans les séries tv comme Dexter, Breaking Bad, Les Soprano, ce sont des méchants, des affreux. Il y a comme une fascination pour ces méchants. C’est étrange car dans les années 80, il y avait des gens honnêtes comme l’Agence Tous Risques, Rick Hunter, Sonny Crockett de Deux flics à Miami ou vous-même. Comment l’expliquez-vous puisque vous-même vous avez joué quelques méchants entre MacGyver et Stargate ? Le prix du secret, Piège à domicile et d’autres…

 

Vous avez fait des recherches, mon vieux.

 

Non, non, je suis juste un grand fan depuis 1985.

 

Oh que Dieu vous bénisse, mon vieux. Vous savez, je ne sais pas vous expliquer ici, en étant assis, ce qu’il s’est passé. Je réfléchis tout haut... Je pense que, sur le plan créatif, quand les années 80 sont passées, des chaînes comme HBO ont fait leur apparition sur le câble et d’autres chaînes satellites, où vous pouviez faire beaucoup plus.

C’est là où l’exploration du comportement des méchants a commencé à exploser. On commençait à voir ce qui se passait avec les méchants. Et c’est devenu violent, encore plus violent et encore plus, parce que la liberté le permettait et le public le demandait. Bien sûr, cela n’a pas plu à divers pans de la société qui s’en plaignaient. Vous savez, on le voyait dans les cotations, comment les choses étaient cotées : enfants admis, non admis, accompagnés… Je ne sais pas, c’est une question très large à laquelle je ne sais pas vraiment répondre. Je pense que sur le plan dramatique, cela a créé bien plus d’opportunités pour les scénaristes et la production. Comme dans notre série, c’étaient plus des méchants de dessins animés, des personnages binaires comme les cow-boys, des gentils. C’est pourquoi j’aime autant Jack O’Neill de Stargate, il n’était pas aussi clean.

C’est tout ce que je peux vous répondre, je ne sais pas vous en dire plus à ce sujet.

 

Comment avez-vous géré le succès extraordinaire de MacGyver et Stargate ? Avec les fans quand vous mangez au restaurant, ou dans la rue. Harcelé ?

 

Je vois ce que vous voulez dire. Mon père, quand il vivait et que j’étais en train de faire MacGyver, me disait : « C’est une fameuse série que tu fais là. Tu as une grande responsabilité maintenant, mais si tu commences à attraper la grosse tête, je te donnerai un coup de pied au cul ! » Je lui ai répondu : « Papa, je suis un Anderson. On a honte de notre succès. » (RIRES) On est du Minnesota, nous sommes d’origine scandinave. 

C’était du plaisir, j’ai été capable de gérer ma notoriété surtout en restant moi-même, avec quelques ajustements. J’aime ma vie privée et  j’en prends soin. Je vis dans un coin calme et retiré, pas trop loin, qui surplombe l’océan. C’est juste idyllique pour ce qu’est mon style de vie. Cela prend du temps pour y arriver mais je n’ai jamais recherché les feux de la rampe, je n’ai jamais recherché cette attention, cela vient avec le travail après un moment et avec quelques ajustements que j’ai dû faire car je déteste être grossier. Je ne peux pas dire à un fan : « Dégage ! » car il y a des émotions humaines en jeu. Si vous me voyez en train de signer des autographes, on veut que je continue car il y a une longue file jusqu’à la porte. J’aime passer du temps avec les gens, un peu de contact visuel et je leur dis : « Oh, quel joli bébé vous avez », des choses comme ça.

Et je dois dire aux autres personnes du groupe : «  Avancez », je ne peux pas trop personnaliser car cela prend du temps, les gens veulent que j’écrive une petite histoire pour qu’ils puissent l’offrir à leur père comme cadeau d’anniversaire ou quelque chose comme ça. J’adorerais faire ça mais il n’y a pas le temps, c’est une question pratique. Sans vouloir être méchant, je dois déléguer les responsabilités à quelqu’un d’autre qui dit : « Non, nous ne pouvons pas faire ça là maintenant. » Et là souvent, on me répond : « Oh non vraiment, c’est Okay, Monsieur Gentil. »

Je ne sais pas mais je dirais que c’est facile tant qu’il y a de la politesse, tant que les gens sont gentils, vous savez, c’est mon style de public qui respecte et écoute, pas celui qui vient juste pour avoir ce qu’il veut et s’en va. C’est sympa d’avoir des conversations parfois.

 

Et de remercier vos fans aussi…

 

Oui, oui et de les écouter aussi, de savoir comment ils vont, je ne suis pas le centre du monde, ici. (RIRES) C’est juste un visage.

 

Quel est votre épisode préféré de « MacGyver » ?

 

Ooooh…

 

OK, question suivante (RIRES) 

 

Je ne sais pas répondre à ça, il y a 139 épisodes et 2 téléfilms.

 

OK, désolé.

 

Non, ne vous excusez pas, c’est comme dans Stargate, il y a un épisode où je devais avoir l’air d’être un vieil homme, grâce au maquillage qui me donnait l’air d’avoir 100 ans. Et j’ai eu tellement de plaisir à faire ça en tant qu’acteur et voir combien ce genre de prothèses pouvait influencer mon comportement et c’est venu comme ça, j’ai commencé à me comporter comme mon grand-père. Et j’ai commencé à peu bouger et à pincer les fesses des filles, on vous accorde plus de tolérance quand vous êtes vieux. Et se cacher derrière un masque, tout le monde devrait essayer de faire ça un jour, je le recommande vivement. Vous pouvez vous en sortir avec tout. C’était un grand plaisir de faire ça, ce n’était pas particulièrement le meilleur épisode mais j’ai eu du plaisir à le faire.

 

Merci beaucoup.

 

Tag(s) : #Entretien
Partager cet article
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :