Guide réalisé par Thierry Le Peut

Série britannique de 48 x 50’ diffusée par ITV de septembre 1975 à mai 1977. Diffusion française : TF1 de décembre 1975 à août 1980 (saison 1), La 5 de septembre 1987 à août 1989 (saison 2).

Les épisodes sont présentés dans l'ordre de production (différent de l'ordre de diffusion).

Photos (c) ITV Studios Global Entertainment - Nous conseillons à tous la visite du site space1999.net, qui raconte chaque épisode en images.

 

 

 

1. Breakaway (A la dérive)

 

ATV, 4 septembre 1975 – TF1, 13 décembre 1975

 

9 septembre 1999. Le commandant John Koenig prend ses fonctions sur la Base lunaire Alpha, d’où doit être dirigé le lancement d’une sonde vers la planète Meta, susceptible de recevoir un peuplement humain. Il succède au commandant Gorski et doit s’assurer que des incidents survenus depuis quelques semaines ne compromettront pas le lancement. Mais il découvre, en écoutant le Pr Bergman et le Dr Russell, dont les conclusions ont été dissimulées par la Commission spatiale, que la situation est plus grave que ne le lui a dit le Commissaire Simmonds. Plusieurs hommes sont morts, affectés par un virus inconnu. En fait de virus, il apparaît vite que ce sont des radiations qui les ont tués, émises par l’un des secteurs de la Lune où sont stockés les déchets nucléaires envoyés par la Terre. Koenig réalise bientôt qu’il vient de mettre le pied sur la plus grande bombe que l’homme ait jamais réalisée. Et elle est sur le point d’exploser...

 

Avec Roy Dotrice (Gerald Simmonds), Philip Madoc (Cmdt Gorski), Lon Satton (Benjamin Ouma), Eric Carte (Eddie Collins), Don Fellows (le journaliste de GTV), Roy Scammell (Jim Nordstrom), Alf Joint (Steiner), Shane Rimmer (la voix du pilote d’un Aigle). Montage : Dave Lane. Ecrit par George Bellak. Réalisé par Lee H. Katzin.

 

Le « pilote » de Cosmos 1999 est aussi l’un des épisodes les plus réussis. D’abord parce qu’on y découvre pour la première les formidables effets spéciaux, dont Gerry Anderson était si fier alors que les personnages, eux, n’étaient encore qu’à peine définis ! Ensuite parce que l’action s’y déroule selon une mécanique inexorable, alliant déjà une certaine lenteur à un sentiment d’urgence qui va croissant jusqu’au climax final. Enfin (mais on pourrait continuer) pour sa séquence finale qui voit la Lune propulsée hors de l’orbite terrestre, séquence fondatrice qui porte en elle toute la dimension tragique de l’odyssée des Alphans.

Le premier regard du Dr Russell pour John Koenig montre déjà les sentiments qu’elle nourrira plus tard à son égard.

 

 

 

2. Matter of Life and Death (Question de vie ou de mort)

 

ATV, 27 novembre 1975 – TF1, 8 janvier 1977

 

Alors qu’Aigle 1 rallie la Base après une mission d’exploration sur Terra Nova, une planète qui présente toutes les caractéristiques favorables à un peuplement humain, les deux pilotes sont victimes d’une puissance électrique inconnue. En pénétrant à l’intérieur de l’Aigle ramené à bon port, Bergman, Koenig et Helena y trouvent un troisième passager inattendu : Lee Russell, le mari de Helena... présumé mort depuis cinq ans. A l’examen, Russell semble vivant, mais les machines indiquent pourtant, par intermittence, qu’il est parfaitement mort. Retrouvant bientôt ses esprits, Russell met en garde Koenig contre Terra Nova, où réside selon lui une force qui serait fatale aux Alphans. Devant l’urgence de la situation, Koenig prend pourtant la tête d’une mission de reconnaissance sur la planète, après la « mort » de Russell. Là, une tragédie attend les explorateurs...

 

Avec Richard Johnson (Lee Russell), Stuart Damon (Parks), Shane Rimmer (voix pilote). Montage : Derek Hyde Chambers. Ectrit par Art Wallace et Johnny Byrne. Réalisé par Charles Crichton.

 

Le scénario, adapté par Johnny Byrne d’une histoire écrite par Art Wallace pour une autre série, permet d’explorer une partie importante du passé du Dr Russell. Celle-ci occupe donc une place prépondérante dans l’épisode, dont on retiendra le Paradis terrestre recréé sur Terra Nova, et ses couleurs vives. C’est dans ce décor que l’on assiste à la mort de plusieurs Alphans, dont John Koenig, qui revient à la vie pour se promener, main dans la main, avec Helena dans une vision revisitée du mythe d’Adam et Eve.

Russell disparut avec l’expédition envoyée sur Jupiter en 1985.

 

Richard Johnson (à gauche)

 

 

3. Black Sun (Le soleil noir)

 

ATV, 6 novembre 1975 – TF1, 5 février 1977

 

Un astéroïde vient à croiser la route de la Lune. Rien d’inquiétant, jusqu’à ce que le rocher soit dévié de sa trajectoire et projeté droit sur Alpha, qu’il épargne au dernier moment pour disparaître dans l’espace. Un danger plus grand encore apparaît alors, droit devant la Lune : un soleil noir, dont la force d’attraction est telle qu’il est d’ores et déjà impossible de l’éviter. La Lune est condamnée, même si le Dr Bergman feint de donner un ultime espoir aux Alphans en créant au-dessus de la Base un champ de force censé la protéger. Devant l’inexorable, Koenig ordonne le départ de six personnes à bord d’un Aigle de survie, parmi lesquelles prennent place Carter et Helena. Et tandis que se poursuit la course irréversible de la Lune vers le soleil noir, l’Aigle emporte les derniers Alphans dans la direction opposée...

 

Avec Paul Jones (Mike Ryan), Jon Laurimore (Smitty), Vincent Wong (Toshira Fujita). Montage : Mike Campbell. Ecrit par David Weir. Réalisé par Lee H. Katzin.

 

Que ceux qui n’ont vu ni sentiments ni humour dans Cosmos 1999 regardent de nouveau cet épisode, l’un des plus réjouissants de la série. On y assiste d’abord à l’éclosion de tendres sentiments entre Paul et Sandra, alors que celle-ci vient de perdre son prétendant, l’astronaute Mike, première victime du soleil noir (au passage, on se demandera pourquoi lui n’a pas survécu, étant donnée la conclusion de l’épisode). On y voit ensuite le commandant renvoyer Helena dans l’espace plutôt qu’un autre médecin (Mathias, par exemple), parce que cela fait une différence « pour lui ». L’humour, lui, explose (selon l’échelle du rire alphane) dans le comportement du Dr Bergman, plus malicieux que jamais : le risque couru par le Professeur et Koenig pour démontrer l’efficacité du champ de force fait figure de témérité potache, d’ailleurs soulignée par Helena, tandis que son échange avec Kano au sujet de l’ordinateur révèle un sens de l’ironie tout à fait délicieux. Surtout, Bergman est irrésistible lorsque, sachant la mort inéluctable, il s’offre le luxe d’un cigare, et lorsque, resté seul avec Koenig au Poste Principal, il sort de sa trousse médicale une bouteille de brandy de 60 ans d’âge (une antiquité !) pour la vider en compagnie de son dernier ami. Cette image s’ajoute ainsi aux autres contrepoints dont use le scénario pour s’accommoder avec l’idée d’un soleil noir (doux oxymore) : les directions opposées prises par la Lune et l’Aigle qui emporte les survivants, ou l’attitude inhabituellement irresponsable du commandant lors du test du champ de force. La traversée du soleil noir restera également un grand moment d’humour (involontaire ?) où l’on voit un Bergman et un Koenig vieillis au-delà de toute mesure converser par la pensée, philosophant comme deux vieillards, puis s’entretenir avec une voix d’outre-espace, possible manifestation de Dieu ou de quelque « intelligence cosmique » subodorée par le Professeur. Comme pour accuser l’humour affirmé de l’épisode, la scène finale montre un Bergman malicieux agitant son cigare devant la caméra, clin d’oeil tout à fait inusité dans la série. Une réussite.

La version originale mentionne le coeur artificiel de Bergman (« mechanical heart »), tandis que la version française est plus sibylline en utilisant l’expression « coeur d’acier » (!).

 

 

 

4. Ring around the Moon (L’anneau de la Lune)

 

ATV, 15 janvier 1976 – TF1, 10 avril 1976

 

Passant à proximité d’une sphère de lumière orange, la Lune est stoppée dans sa course par une force qui prend possession d’un Alphan, Ted Clifford. Celui-ci se met à transmettre des données depuis l’ordinateur du Poste Principal avant de s’effondrer, sans vie : son cerveau semble avoir littéralement fondu. Alors qu’une voix provenant de la sphère annonce aux Alphans qu’ils sont désormais prisonniers de la planète Triton, Koenig essaie de percer le champ de force de la sphère, en vain. Lors d’une sortie en scaphandre, Helena est enlevée par une lumière orange et transportée à l’intérieur de la sphère. Elle réapparaît bientôt, possédée à son tour par la lumière, afin de transmettre de nouvelles données à la sphère. Bergman acquiert bientôt la conviction que celle-ci est une sorte de sonde spatiale envoyée par la planète Triton, depuis longtemps disparue, afin de collecter des informations et d’empêcher quiconque de menacer la planète d’origine...

 

Avec Max Faulkner (Ted Clifford), Prentis Hancock (la voix de Triton). Montage : Derek Hyde Chambers. Ecrit par Edward Di Lorenzo. Réalisé par Ray Austin.

 

L’histoire est réduite à une ligne directrice simple qui évoque le thème repris plus tard pour le premier film Star Trek au cinéma. Elle est prétexte à souligner l’attachement que se portent mutuellement Koenig et Helena, lorsque celle-ci est enlevée puis que le Commandant est à son tour placé en situation de danger. Le visage un instant égaré de Koenig, la main d’Helena serrant celle de Bergman sont alors les signes extérieurs de leur inquiétude.

Le dialogue final de Bergman et Koenig : « Le savoir n’est peut-être pas la réponse, après tout.  - Alors, quelle est-elle ? »

 

 

 

5. Earthbound (Direction Terre)

 

ATV, 4 décembre 1975 – TF1, 3 avril 1976

 

Tout espoir de rentrer sur Terre est écarté, au grand désarroi de l’impatient commissaire Simmonds, lorsqu’un vaisseau extraterrestre habité se pose sur la Lune. A son bord, les Alphans découvrent plusieurs humanoïdes en état d’hibernation. Une manipulation malheureuse entraîne la mort de l’un d’eux et le réveil de ses compagnons. Leur chef, Zantor, apprend aux Alphans qu’ils se rendaient sur la Terre alors que leur planète agonisait, afin de demander l’asile. La rencontre de l’ancien satellite de la Terre a perturbé le programme de leur ordinateur. La disparition d’un des leurs, cependant, offre une possibilité extraordinaire aux Alphans : si le procédé de mise en sommeil des Kaldoriens fonctionne sur un humain, alors l’un d’eux pourra prendre place à bord de l’astronef lorsque celui-ci reprendra sa route vers la Terre. Lorsque Koenig décide de laisser choisir l’ordinateur, Simmonds, désespéré, fait usage de la force pour exiger de partir avec les Kaldoriens...

 

Avec Christopher Lee (Capt Zantor), Roy Dotrice (Gerald Simmonds), Emily Bolton (June). Montage : Mike Campbell. Ecrit par Anthony Terpiloff. Réalisé par Charles Crichton.

 

Si l’idée des extraterrestres en sommeil réveillés par les humains fait penser immanquablement au redoutable Khan de Star Trek, le choix de Christopher Lee pour tenir le rôle de Zantor pouvant accentuer l’inquiétude initiale du téléspectateur, la placidité et la diligence des Kaldoriens orientent l’histoire dans une tout autre direction. Ce sont les humains qui occupent ici le premier plan, Roy Dotrice reprenant le rôle du commissaire Simmonds, prisonnier d’Alpha au terme du premier épisode, afin de livrer une illustration poignante du désespoir tragique de l’homme, victime de ses propres peurs et conduit par ses actes vers une fin inexorable, à l’opposé de ses buts. Une fois de plus, les circonstances donnent à Koenig l’occasion de montrer son attachement particulier à Helena, lorsque celle-ci sert de cobaye aux Kaldoriens pour une expérience de mise en sommeil à l’issue incertaine.

 

Christopher Lee

 

 

6. Another Time, Another Place (Autre temps, autre lieu)

 

ATV, 18 décembre 1975 – TF1, 20 décembre 1975

 

La Lune traverse une sorte d’orage cosmique dont la conséquence, d’abord invisible aux Alphans, est de la dédoubler ainsi que tous ses occupants. Une seule d’entre eux, Regina, paraît subir un contrecoup important : elle est persuadée qu’elle a été mariée à Alan et que celui-ci, ainsi que le commandant, sont morts. Très vite, sa raison s’égare et elle s’effondre, sans vie, dans les bras d’Alan bouleversé. Un scanner révèle une anomalie surprenante : elle avait en fait deux cerveaux ! Tout aussi étrange est le bond que la Lune a fait dans l’espace : elle se retrouve en effet au coeur du système solaire et se place bientôt en orbite autour... de la Terre ! Mais celle-ci possède un autre satellite identique à la Lune, à la surface de laquelle Koenig et Carter découvrent une Alpha dévastée, abandonnée par ses occupants, et leurs propres cadavres aux commandes d’un Aigle écrasé. Sur la planète, elle-même dévastée par un cataclysme, une autre surprise les attend : les doubles des autres Alphans s’y sont réfugiés en abandonnant la Lune, et viennent de perdre l’une des leurs, Regina, au moment même où la Lune se dédoublait. Et tandis que les deux Lunes se rapprochent inexorablement, les Alphans de cette Terre craignent que la venue de leurs doubles ne les condamne au même sort que Regina, d’autant que leur Helena s’est éteinte à son tour après avoir rencontré son double...

 

Avec Judy Geeson (Regina Kesslann), Emily Bolton (June). Montage : Derek Hyde Chambers. Ecrit par Johnny Byrne. Réalisé par David Tomblin

 

Alléluiah : les Alphans retrouvent la Terre ! Malheureuse-ment pour eux, ce n’est qu’une fausse joie. Les temps forts qui ponctuent cette histoire d’espoir déçu sont bien sûr la rencontre des Alphans avec leurs doubles, la vision d’une Alpha et d’une Terre dévastées et la découverte de Koenig et Carter morts dans le cockpit d’un Aigle, deux visions qui pourraient bien être une prémonition de l’avenir qui les attend, si l’on considère de surcroît le nombre de crashes survenant au fil des épisodes !

Côté carnet rose, on notera le second veuvage de Helena Russell (version alternative), qui a perdu lors de l’évacuation de son Alpha son second mari... John Koenig ! Et, bien sûr, le baiser qu’elle échange avec le second Koenig, qui suffit à rendre culte cet épisode !

 

Judy Geeson

 

 

7. Missing Link (Le maillon)

 

ATV, 22 janvier 1975 – TF1, 23 août 1980

 

De retour d’une mission d’exploration sur une planète bleue, Koenig et son équipage sont victimes d’un dysfonctionnement d’Aigle 1, qui s’écrase à la surface de la Lune. Tous survivent mais Koenig est plongé dans le coma, entre la vie et la mort. Et tandis qu’Helena essaie sans succès de le ramener à la vie, il s’éveille au coeur d’une réplique d’Alpha, où un anthropologue humanoïde nommé Raan lui annonce qu’il est désormais son objet d’étude, pour le reste de ses jours. Soumis à plusieurs expériences qui le ramènent sur Alpha ou l’exposent à une violence inouïe, il se sent bientôt attiré par la fille de Raan, Vana, qui lui demande de rester de son plein gré...

 

Avec Peter Cushing (Raan), Joanna Dunham (Vana), Emily Bolton (June). Montage : Mike Campbell. Ecrit par Edward Di Lorenzo. Réalisé par Ray Austin.

 

La présence de Peter Cushing ajoute un attrait supplémentaire à cet épisode au rythme lent, marqué par la scène saisissante où Martin Landau joue la folie, prisonnier des expériences de Raan. On retiendra aussi les comportements inhabituels des Alphans : Victor en proie à la démence, Kano sous tension s’en prenant à une pauvre technicienne, Alan se battant avec Mathias pour empêcher l’arrêt de la machine qui maintient Koenig en vie. Le propos étant de libérer les émotions souvent violentes des personnages pour préparer la fin, où Koenig choisit de se détourner du plaisir et de l’abandon pour reprendre sa place dans la réalité, rétablissant ainsi l’ordre un moment bouleversé et affirmant sa fonction de « clé de voûte » d’Alpha. « Il est plus important de ressentir que de penser » sera un instant sa morale, corrigée par l’anthropologue extraterrestre en « Il faut rechercher un équilibre entre les deux ».

 

Joanna Dunham et Peter Cushing, "Le maillon"

 

 

8. Guardian of Piri (Le Gardien de Piri)

 

ATV, 13 novembre 1975 – TF1, 26 février 1977

 

Pete Irving et son co-pilote Davis sont en mission de reconnaissance au-dessus de la planète Piri, que l’ordinateur dit habitable, lorsque tout contact avec leur Aigle est brutalement rompu alors qu’ils semblaient en avoir perdu le contrôle. Kano disparaît à son tour en essayant de relier son esprit à la mémoire de l’ordinateur, qui semble échapper lui-même à tout contrôle. Parti explorer la planète, Koenig retrouve ses trois hommes dans un état de transe inexplicable et est abordé par une ravissante jeune femme qui lui apprend que le Gardien a donné la paix à ces hommes et s’apprête à faire de même avec tous les Alphans. Koenig doit assommer Carter, lui-même « converti » par le Gardien, afin de regagner Alpha. Là, il retrouve tous les Alphans dans un état de béatitude artificiel, incapables de penser rationnellement. Il ne peut les empêcher de déserter la Lune pour s’installer sur Piri. Seul le commandant conserve son libre-arbitre, bien déterminé à ramener ses compagnons à la raison...

 

Avec Catherine Schell (la servante du Gardien), Michael Culver (Peter Irving), John Lee Barber (Ed Davis), James Fagan (Ken Johnson), Emily Bolton (June), Gareth Hunt (pilote d’Aigle). Montage : Derek Hyde Chambers. Ecrit par Christopher Penfold. Réalisé par Charles Crichton.

 

Comme dans l’épisode précédent, les Alphans sont confrontés ici à l’abandon et au principe de plaisir, Koenig jouant cette fois le rôle de Sauveur ramenant les siens à la réalité. Celle-ci rime avec douleur, celle que Koenig persiste à s’infliger pour se convaincre de sa résistance à la tentation du bonheur factice, tandis que la « paix » conférée par le Gardien, une machine impersonnelle parlant à travers une délicieuse messagère, n’est qu’une illusion prenant la forme d’une béatitude irrationnelle. On peut y lire plusieurs craintes : celle de la soumission à la machine, susceptible de conduire l’homme à sa perte en le privant de son jugement, celle des utopies mensongères, celle surtout de l’abandon à une « paix » artificielle, représentée par l’image séduisante de la beauté illusoire. Derrière le masque de la servante du Gardien, rien d’autre qu’une machine. Derrière le Gardien lui-même, rien que le vide. D’où la phrase de Koenig, qui annonce sa prise de conscience finale : « Ce qui m’inquiète, c’est ce que je ne comprends pas, ce que je ne vois pas. » Dans le contexte post-hippie des années 1975, le Gardien tient la place du gourou et sa servante symbolise la promesse mensongère d’un bonheur au nom duquel les Alphans renoncent à leur libre-arbitre, s’abandonnant à un état second similaire à celui que provoquent les drogues. Comme dans plusieurs autres épisodes de cette saison, les Alphans sont dressés les uns contre les autres (« Autre temps, autre lieu », « Le dernier crépuscule », « Le grand cercle ») et confrontés à la difficulté de communiquer.

Helena mentionne une nouvelle fois le coeur artificiel de Victor Bergman, qui stigmatise ici la trahison de la machine et préfigure celle de l’ordinateur central. On apprend également que Kano a participé à un programme visant à relier le cerveau humain à celui, artificiel, d’un ordinateur. Plusieurs expériences ont transformé deux cobayes en légumes (comme le seront les Alphans subjugués par le Gardien) mais Kano a survécu, lui, à deux tentatives antérieures. Il possède une « prise » à la base de son crâne, qui permet de le brancher directement à la machine. Voilà expliquée son étonnante empathie avec l’ordinateur d’Alpha !

 

Catherine Schell, la gardienne de Piri

 

 

9. Force of Life (Puissance de vie)

 

ATV, 11 septembre 1975 – TF1, 28 février 1976

 

Une sphère de lumière bleue, d’origine inconnue, s’approche d’Alpha. Durant un instant, le temps est suspendu, sauf pour le technicien Anton Zoref, responsable de la surveillance et de l’entretien des générateurs nucléaires, qui est brusquement investi par la lumière bleue. A son réveil, il ne se souvient pas de ce qui a causé son évanouissement et les tests effectués par le Dr Russell ne révèlent rien d’anormal. Zoref, pourtant, est pris par intermittences d’un besoin vital de chaleur qui devient dangereuse pour son entourage : tout ce qu’il touche gèle instantanément et le technicien Mark Dominix est la première victime de cette mutation. De victime en victime, Zoref devient incapable de maîtriser la force qui le pousse, inexorablement, vers la salle des générateurs nucléaires, indispensables à la survie d’Alpha...

 

Avec Ian McShane (Anton Zoref), Gay Hamilton (Eva Zoref), John Hamill (Mark Dominix), Eva Rueber-Staier (Jane), Emily Bolton (June), Sarah Bullen (Kate). Montage : Alan Killick. Ecrit par Johnny Byrne. Réalisé par David Tomblin.

 

La « puissance de vie » (plutôt que « puissance de la vie », trop général) dont il est question dans cet épisode n’est ni bienveillante ni malveillante, comme les extraterrestres de l’épisode 11, « Le dernier crépuscule ». Elle suit simplement son instinct d’évolution, comme le subodore Bergman dans l’avant-dernière scène. Johnny Byrne a écrit cet épisode en suivant un schéma policier (plusieurs morts inexplicables, la recherche des causes et du meurtrier à partir d’indices concordants) et David Tomblin l’a réalisé comme un thriller, en usant de cadrages et de mouvements de caméra travaillés (plans inclinés, contre-plongées, travellings, grand angle). Rarement on aura vu s’éteindre autant d’Alphans (les trois victimes de Zoref et le patient du Bloc médical qui meurt durant la coupure générale de courant). La volonté de Byrne était cependant d’échapper à l’habituelle distinction du bien et du mal : pas plus Zoref que la force qui l’a choisi comme hôte ne sont animés d’intentions malveillantes. Leur unique but est de survivre. N’ayant rien de rationnel, il échappe durant tout l’épisode à l’entendement des Alphans, attendant l’une des scènes finales pour être explicité par Victor (explicitation artificielle puisqu’aucun élément scientifique ne vient étayer l’analyse du savant).

On découvre deux parties peu explorées de la Base Alpha : la salle des réacteurs nucléaires (que l’on voit également dans « Direction Terre ») et le solarium, où les Alphans peuvent se relaxer et prendre des bains d’ultra-violets (même dans l’espace, la notion de bronzage intégral perdure !).

A nouveau, Victor subit les effets handicapants de son coeur artificiel (cette fois dénommé « clockwork heart »), qui lui donne une résistance moindre à la perte d’oxygène durant la coupure de courant d’Alpha.

A noter dans les annales de la série, la réplique de Koenig: « There’s something out there we don’t understand » (« Il y a quelque chose ici que nous ne comprenons pas »), reprise en finale par Helena : « There are so many things we don’t understand » (« Il y a tant de choses que nous ne comprenons pas »).

 

 

10. Alpha Child (L’enfant d’Alpha)

 

ATV, 16 octobre 1975 – TF1, 14 février 1976

 

Toute la Base est suspendue aux lèvres du Dr Russell lorsque celle-ci annonce la naissance du premier bébé d’Alpha : il s’agit du petit Jackie Crawford, le fils de Sue Crawford et d’un technicien mort sept mois plus tôt. Mais en quelques secondes, alors qu’une étrange lumière verte s’approche de la Lune à l’insu des Alphans, le bébé atteint la taille d’un enfant de cinq ans ! Bien qu’inquiets, les Alphans adoptent vite cet enfant qui semble sourd et muet mais parfaitement « normal ». Seul Koenig conserve un sentiment de méfiance qu’il ne parvient pas à expliquer. Il n’est donc qu’à moitié surpris lorsque quatre vaisseaux étrangers viennent se placer au-dessus de la Base et que l’enfant paraît lié à leur venue. Jackie connaît alors une nouvelle mutation, prenant l’apparence d’un adulte, tandis que Sue Crawford prend la forme d’une autre femme, Rena. Tous deux sont des extraterrestres dont le dessein est de prendre possession d’Alpha en utilisant les corps des humains comme hôtes pour leurs deux cents compagnons. Mais un autre vaisseau extraterrestre fait très vite son apparition, menant la chasse aux premiers...

 

Avec Julian Glover (Jarak), Cyd Hayman (Sue Crawford / Rena), Wayne Brooks (Jackie Crawford), Rula Lenska (Joan Conway), Sarah Bullen (Kate). Montage : Derek Hyde Chambers. Ecrit par Christopher Penfold. Réalisé par Ray Austin.

 

L’idée d’extraterrestres renégats poursuivis par leurs congénères tire la série vers le western galactique mais le scénario épouse une fois de plus la forme d’une énigme née d’événements inexpliqués. La naissance du bébé sans père évoque évidemment celle du Christ, replacée ici dans un contexte cosmique, puis sa mutation oriente l’histoire vers un Rosemary’s Baby stellaire, Jackie préfigurant le petit Damien de La Malédiction. Comme dans d’autres épisodes, le scénario n’éclaire pas l’origine précise des extraterrestres, entretenant un mystère qui rend plus inquiétant le deus ex machina final. Koenig, comme dans « Le Gardien de Piri », se distingue des autres Alphans par sa perspicacité et sa résistance à l’endoctrinement, là où les autres Alphans, Bergman y compris, se laissent facilement séduire par l’enfant.

 

Wayne Brooks, "L'enfant d'Alpha"

 

 

11. The Last Sunset (Le dernier crépuscule)

 

ATV, 1er janvier 1976 – TF1, 19 février 1977

 

La planète Ariel semble susceptible d’accueillir les Alphans. Mais alors que la Lune approche de son orbite, une sonde extraterrestre se colle à l’un des Aigles de reconnaissance, que Koenig fait revenir aussitôt. Alors que Victor étudie l’objet dans un laboratoire de la base, un gaz s’en échappe, qui souffle bientôt les parois et les vitres du laboratoire. Très vite, il apparaît que ce gaz est en fait... de l’air : la Lune est, en peu de temps, dotée d’une atmosphère ! Une joie de vivre nouvelle se répand parmi les Alphans, interrompue bientôt par le crash d’un Aigle transportant Helena, Alan, Paul et Sandra pour une mission d’étude. Les recherches sont rendues difficiles par une corrosion très vive qui affecte tous les Aigles, et l’accident a détruit presque toutes les vivres et l’eau de l’Aigle...

 

Avec Sarah Bullen (Kate). Montage : Alan Killick. Ecrit par Christopher Penfold. Réalisé par Charles Crichton.

 

La romance entre Paul et Sandra occupe une partie de cet épisode qui mêle des influences cinématographiques (Le vol du Phénix) et bibliques (la traversée du désert de Paul et la découverte d’une manne providentielle). La vision d’une Lune dotée d’une atmosphère, inédite, est l’un des points forts de l’épisode, en dehors de quelques crashes d’Aigles ! L’intervention extraterrestre est ici le prétexte à placer les Alphans dans des situations inhabituelles, la présence alien se réduisant finalement à la manifestation des sondes émises par la planète Ariel. Partant, l’explication fournie dans la séquence finale par une voix surgie de la sonde paraît artificielle mais permet de ranger les habitants d’Ariel dans une catégorie par ailleurs plusieurs fois illustrée par la série, celle des extraterrestres « ni bienveillants ni malveillants » qui cherchent seulement à se protéger de l’influence humaine. Comme la sphère de « L’anneau de la Lune », les aliens déclarent avoir suivi depuis des temps immémoriaux l’évolution de la race humaine, considérée comme dangereuse quand bien même ses intentions seraient dénuées de malveillance.

 

 

 

12. Voyager’s Return (Le retour du Voyageur)

 

ATV, 9 octobre 1975 – TF1, 15 janvier 1977

 

La trajectoire de la Lune croise celle d’un objet spatial qui se révèle être Voyager 1, une sonde lancée en 1985 par la Terre à dessein d’exploration spatiale. Mais l’un des Aigles expédiés à sa rencontre est détruit par le système de propulsion de Voyager 1, le Queller Drive, qui menace de détruire également Alpha si on laisse la sonde s’approcher de la Base. Ernst Linden, un scientifique, sort alors de l’ombre et révèle qu’il est en réalité Ernst Queller, le créateur de ce système de propulsion qui a déjà fait de nombreuses victimes lors de tests effectués sur Terre. Lui seul peut accéder à la mémoire de Voyager 1 et couper le Queller Drive, permettant aux Alphans de récupérer la sonde et les précieuses données qu’elle contient. Cependant, trois vaisseaux étrangers approchent à leur tour, porteurs d’un message de Sidon, une confédération de planètes : Voyager 1 a dévasté deux de leurs mondes et leur Haut Conseil a décidé la destruction de ses  créateurs. En tant que colonie terrienne, Alpha sera détruite également...

 

Avec Jeremy Kemp (Dr Ernst Linden), Barry Stokes (Jim Haines), Alex Scott (Aarchon), Lawrence Trimble (Steve Abrams), Sarah Bullen (Kate). Montage : Derek Hyde Chambers. Ecrit par Johnny Byrne. Réalisé par Bob Kellett.

 

Une parabole sur les crimes de guerre (Queller est Allemand) et le danger que peuvent représenter les objets envoyés dans l’espace. Lancée dans un but d’exploration et de connaissance, Voyager 1 finit par être un engin de destruction, ambiguïté que présente également son créateur, scientifique animé d’intentions louables mais responsable de la mort de 200 personnes sur la Terre et de la destruction de deux mondes extraterrestres. On retrouve là le refus du manichéisme présent dans d’autres épisodes de la série, où la frontière entre malveillance et bienveillance n’est pas toujours certaine. Aujourd’hui encore, l’attitude implacable de Sidon trouve des échos dans l’actualité : les victimes se transforment en bourreaux, capables grâce à leur technologie de châtier durement ceux qui les premiers leur ont fait du mal. Il n’est pas anodin que le nom de Sidon, victime de génocide, soit si proche de Sion, comme le note Pierre Fageolle dans Cosmos 1999 : L’Epopée de la blancheur (DLM, 1996, p. 67). L’introduction du personnage de Jim Haines, dont les parents furent victimes des expériences de Queller, permet d’insister sur la possible rédemption du « criminel ». Symboliquement, c’est dans les mains du jeune homme que finit la boîte contenant les données de Voyager 1.

 

Barry Stokes et Jeremy Kemp

 

 

13. Collision Course (Collision inévitable)

 

ATV, 18 septembre 1975 - TF1, 31 janvier 1976

 

Alors que l’Aigle 1, piloté par Carter, est manquant après la destruction d’un astéroïde qui menaçait Alpha, un danger plus grand encore apparaît lors de la mission de sauvetage dirigée par Koenig : ce n’est plus un astéroïde mais une planète gigantesque qui s’approche d’Alpha. La collision étant inévitable, Victor imagine de créer entre la planète et la Lune une onde de choc telle que la trajectoire de celle-ci pourrait être modifiée. Koenig, cependant, est « enlevé » par un vaisseau alien à l’intérieur duquel il rencontre Arra, une vieille femme qui lui annonce que la destinée des Alphans, et de l’humanité même, doit se jouer dans la collision à venir. Elle lui demande d’empêcher ses hommes de tenter quoi que ce soit pour éviter la catastrophe. De retour sur Alpha, malheureusement, Koenig est confiné à ses quartiers par Helena, convaincue qu’il est victime du « mal des rayons » à cause de son exposition aux radiations qui ont déjà causé des hallucinations chez Carter...

 

Avec Margaret Leighton (Arra), Sarah Bullen (Kate). Montage: Alan Killick. Ecrit par Anthony Terpiloff. Réalisé par Ray Austin.

 

Le personnage d’Arra est directement inspiré par les devineresses de l’Antiquité, Pythies et Sibylles, femmes âgées et voilées chargées de véhiculer les sentences divines. Sa silhouette majestueuse nichée au creux d’un « trône » évoquant une toile d’araignée sera reprise dans les aventures dessinées de Spiderman, à travers Mme Web, elle-même extralucide, et il n’est pas excessif de voir dans la figure ténébreuse de l’Empereur de L’Empire contre-attaque et surtout Le Retour du Jedi une réminiscence de cette silhouette, comme dans les traits ravagés de Palpatine. Autre référence : Varn puis Draal, gardiens de la planète Epsilon 3 dans Babylon 5 (voir saison 1, « Une voix dans l’espace »), contraints de demeurer au coeur d’une machine à ramifications tentaculaires. Au jeu des références, cela dit, la prédiction d’Arra est elle-même réminiscente de celle que fait le père d’Enée à son fils descendu aux Enfers dans le chant VI de L’Eneide de Virgile : « Vous continuerez votre route. Votre odyssée ne connaîtra pas de fin. Vous prospérerez et vous développerez dans de nouveaux mondes, de nouvelles galaxies. Vous peuplerez les endroits les plus reculés de l’espace. » (« You shall continue on. Your odyssey shall know no end. You will prosper and increase in new worlds, new galaxies. You will populate the deepest reaches of space. ») Comme dans « Le Gardien de Piri » et, dans une moindre mesure, « L’enfant d’Alpha », Koenig est (presque) seul face aux autres Alphans, convaincus qu’il a perdu la raison. On voit ainsi s’affronter les uns et les autres (Carter prêtant main forte à Koenig) dans le climax final. L’épisode est à rapprocher du troisième, « Le soleil noir », par l’importance donnée au mysticisme, mais aussi par la Voix divine matérialisée ici sous la forme d’Arra et qui rappelle celle qui s’adressait à Bergman et Koenig dans le troisième épisode. De même, la menace représentée ici par la planète, là-bas par le trou noir, disparaît in extremis pour ne laisser qu’un sentiment d’angoisse métaphysique devant le vide de l’espace. On pense aussi à l’épisode deux, « Question de vie et de mort », où Lee Russell, comme Carter et Koenig ici, était le porteur d’une vérité irrationnelle confronté à l’incrédulité des Alphans. L’épilogue renvoie d’ailleurs directement à l’attitude de Koenig face à Russell, le commandant estimant qu’à la place d’Helena, qui a refusé de le croire, il aurait lui-même écouté la raison, non la foi.

Carter et Paul Morrow se battent physiquement, comme dans « Le dernier crépuscule ». Retenons aussi, pour le plaisir, la phrase de Helena à Kano : « Les faits, les calculs... Vous parlez comme un ordinateur ! » et l’échange entre Bergman et Koenig : (Bergman, confiant) « J’ai réfléchi. » (Koenig, impassible) « C’est la meilleure chose que j’ai entendue aujourd’hui. » (!) Juste pour ceux qui soutiennent qu’il n’y a aucun humour dans la série.

L’effet spécial montrant l’Aigle de Koenig « ingéré » tout entier par le vaisseau d’Arra sera reprise au début de Moonraker, où Roger Moore fait un Bond dans l’espace.

 

 

 

14. Death’s other Dominion (Un autre royaume de la mort)

 

ATV, 2 octobre 1975 - TF1, 19 juin 1976

 

Sur Ultima Thule, une planète de glace, le Dr Cabot Rowland et Jack Tanner observent sur leur écran l’approche de la Lune. Réalisant qu’il s’agit du satellite de la Terre, Rowland envoie un message de bienvenue aux Alphans. Koenig, Victor, Helena et Carter se rendent sur cette planète et, perdus dans une tempête de neige, sont recueillis par la communauté de Rowland, constituée des rescapés d’une mission vers Uranus, en 1986. Seul Carter, séparé des autres dans la tempête, parvient à regagner l’Aigle et à rentrer sur Alpha. Koenig ne tarde pas à découvrir que la vie apparemment paradisiaque des Thuliens dissimule quelques secrets, dont semble détenteur le « fou » de la communauté, l’ancien colonel Tanner. Helena et Victor, en revanche, sont absolument sous le charme du Dr Rowland, dont les recherches sur l’immortalité ouvrent des perspectives inédites et incommensurables à l’humanité tout entière. Il reste à déterminer si oui ou non les Alphans peuvent - ou doivent - s’installer sur Ultima Thule...

 

Avec Brian Blessed (Dr Cabot Rowland), John Shrapnel (Colonel Jack Tanner), Mary Miller (Freda), David Ellison (Ted), Valerie Leon (une femme de Thule), Sarah Bullen (Kate). Montage: Derek Hyde Chambers. Ecrit par Anthony Terpiloff et Elizabeth Barrows. Réalisé par Charles Crichton.

 

 

Entre le personnage de « Jack le fou », inspiré de Shakespeare, et le savant qui se prend pour Dieu (Rowland), « Un autre royaume de la mort » a un côté théâtral prononcé qui renforce le propos métaphysique de l’histoire. Le thème de l’immortalité est central mais illustre avant tout les dérives de la science, Helena et Victor étant, à l’instar de Rowland, complètement fascinés par les recherches de ce dernier et ses possibles implications, qui inquiètent davantage Koenig, une fois de plus seul face aux siens. La remarque de Victor, affirmant que les Thuliens représentent un nouveau stade de l’évolution humaine, est pleine d’ironie : alors qu’il évoque l’extraordinaire changement accompli depuis Cro-Magnon et l’homme des cavernes, on ne peut s’empêcher, évidemment, de constater que les Thuliens vivent, eux aussi, dans des cavernes, de glace qui plus est, ce qui suffit à nier la vie, en tout cas humaine, impossible dans de telles conditions. La communauté réunie autour du Dr Rowland n’est pas sans ressemblance, par ailleurs, avec celle que formaient les Alphans rescapés autour de Victor Bergman sur la seconde Terre de « Autre temps, autre lieu ».

Les fans du couple Helena / John Koenig noteront avec intérêt l’inquiétude affichée par ce dernier quant au sort du blond docteur. On remarquera aussi, dans la page glamour, les Thuliennes à la plastique avantageuse qui ont tôt fait de persuader Carter et le Dr Mathias que Ultima Thule est le Paradis ultime ! Leur look très Sheena, reine de la jungle annonce d’ailleurs la vision régressive de l’humanité que donnera « Le grand cercle », ce qui accentue l’idée que les Thuliens ne sont pas, malgré les apparences, l’avenir de l’humanité, n’en déplaise à Victor Bergman. Enfin, Barbara Bain prouve, une semaine avant « Le grand cercle », qu’elle est capable de crier très fort...

L’exploration spatiale ne s’est pas faite sans lourdes pertes : après avoir perdu l’expédition vers Jupiter en 1985 (voir « Question de vie ou de mort »), les Terriens perdirent aussi celle qui devait atteindre Uranus l’année suivante ! Sans compter les nombreux morts que causèrent les expérimentations du Queller Drive (voir « Le Retour du Voyageur »).

 

 

 

15. The Full Circle (Le grand cercle)

 

ATV, 11 décembre 1975 - TF1, 24 janvier 1976

 

Une équipe d’éclaireurs envoyés sur la planète Retha, à proximité de laquelle passe la Lune, est portée disparue. Ramené à la Base grâce au pilotage à distance, Aigle 6 revient sans occupant... à l’exception du cadavre d’un homme des cavernes ! Koenig prend la tête d’une deuxième mission de reconnaissance mais disparaît à son tour avec Helena et toute leur équipe. Parti sur leurs traces, Carter tombe dans une fosse creusée dans le sol et doit se battre avec un homme des cavernes, tandis que Sandra, restée à l’intérieur d’Aigle 2, est elle-même enlevée par l’une de ces créatures et retenue au sein de leur caverne. Là, elle attise la convoitise des mâles et la jalousie d’une femelle. Victor et Kano, ayant rejoint les deux Aigles précédents, se retrouvent face à un homme des cavernes qui ressemble étrangement à Koenig, puis retrouvent ce dernier presque sans vie à la lisière d’un banc de brume. L’explication de ces étranges événements surgit de l’autopsie du cadavre ramené par Aigle 6...

 

Avec Oliver Cotton (l’homme armé d’une lance), Sarah Bullen (Kate), Alan Meacham (l’homme des cavernes). Montage: Alan Killick. Ecrit par Jesse Lasky Jr et Pat Silver. Réalisé par Bob Kellett.

 

L’épisode, dont plusieurs scènes ont été tournées en extérieurs, dans les bois bordant les studios de Pinewood, rappelle ces séries B souvent réjouissantes où des explorateurs téméraires découvrent un univers préhistorique et affrontent des autochtones belliqueux ou des animaux fabuleux. Les protagonistes y sont placés dans une situation insolite, Helena et Koenig revêtant une peau de bête du dernier chic tandis que Sandra prend le rôle de la victime du sacrifice sauvée in extremis par les valeureux Alphans, Carter en tête. On regrette certaines incohérences du scénario : pourquoi diable Sandra ouvre-t-elle la porte de l’Aigle où elle est repliée, permettant à un homme des cavernes de l’enlever, alors qu’elle venait de déclarer à Paul, resté sur Alpha, que pour rien au monde elle ne mettrait le nez dehors, et surtout au moment où Victor et Kano sont sur le point de la rejoindre ? Ensuite, comment expliquer qu’on la retrouve vêtue d’une peau de bête, alors qu’elle vient de hurler de peur lorsqu’un homme des cavernes s’est approché d’elle pour la lui offrir ? De toute évidence, le but est uniquement d’offrir au téléspectateur un érotisme bon teint, inspiré par la tenue affriolante de Raquel Welch dans Un million d’années avant J.-C. (Don Chaffey, 1966). On s’étonne de même que Victor et Kano, ayant retrouvé Koenig inanimé, rentrent précipitamment sur Alpha en abandonnant Carter sur place, le vaillant pilote errant jusqu’à leur retour dans les galeries (sans doute immenses) de la caverne. Quant au fait que les peaux de bêtes redeviennent miraculeusement pyjamas spatiaux par un simple passage dans la brume, on y verra un indice supplémentaire du kitsch de la série, que ne renieraient pas les producteurs de L’Incroyable Hulk... Malgré tous ces défauts, « Le grand cercle » permet de voir un nouveau numéro d’acteur de Martin Landau en homme des cavernes chef de meute affrontant l’un des siens dans un corps à corps brutal, tandis que Barbara Bain s’égosille en poussant un « grand cri » primal qui tranche radicalement avec la réserve habituelle du personnage. Le fidèle appréciera en outre la complicité exprimée par Sandra et Paul, de même que l’aveu final de Helena exprimant sans ambages son affection pour John Koenig, évidente d’ailleurs dans la scène de leurs retrouvailles.

 

 

 

16. End of Eternity (Au bout de l’éternité)

 

ATV, 20 novembre 1975 - TF1, 17 janvier 1976

 

En faisant exploser la porte donnant accès à l’intérieur d’un astéroïde, les Alphans causent de graves blessures à son occupant. Transporté sur Alpha, ce dernier se remet miraculeusement et, après avoir semé la panique dans les corridors de la Base, se présente comme un certain Balor, emprisonné dans un roc vivant par son peuple, les Progrons, qui le considéraient comme un ennemi parce qu’il essayait de les convaincre de renoncer à leur immortalité. Balor demande l’asile sur Alpha mais nourrit en réalité d’autres desseins : immortel et doté de pouvoirs qui lui permettent d’infliger peine et douleur, il veut devenir le maître d’Alpha. Tant que Koenig n’aura pas accepté ses conditions, il est décidé à semer la destruction sur son passage...

 

Avec Peter Bowles (Balor), Jim Smilie (Mike Baxter), Sarah Bullen (Kate). Montage: Derek Hyde Chambers. Ecrit par Johnny Byrne. Réalisé par Ray Austin.

 

Après « Un autre royaume de la mort », « Au bout de l’éternité » revient sur le thème de l’immortalité, cette fois en introduisant sur Alpha un extraterrestre comparable à un dieu. Le nom de Balor est emprunté à la mythologie : « Baal, dieu de l’Orage et des Tempêtes, est le dieu souverain du panthéon cananéen (...). Dans les écrits hébreux, Baal est présenté comme un imposteur et comme l’incarnation du mal. » (L’Homme et les mythes, J.-P. Hammel, Hatier, 1994, p. 317) Dieu violent et sanguinaire, pour reprendre les mots de Hammel, il fut envoyé aux Enfers où il ressuscita. Les peintures ornant les murs de sa prison vivante évoquent aussi bien le Cri de Munch que toute vision d’horreur et de souffrance. L’épisode comporte en toute logique quelques scènes violentes, en particulier celle où Baxter, le pilote, se jette sur Koenig et lui ôte presque la vie en le frappant à coups de maquette d’avion. Un plan montrant Koenig baignant dans son sang fut d’ailleurs retiré au montage, pour ne laisser qu’un plan montrant du sang près de la maquette abandonnée à terre.

La méthode utilisée pour débarrasser Alpha de Balor sera reprise quelques années plus tard dans le finale d’Alien.

 

Peter Bowles

 

 

17. War Games (Ruses de guerre)

 

ATV, 25 septembre 1975 - TF1, 10 janvier 1976

 

Des vaisseaux de guerre de fabrication terrienne sont lancés vers la Lune depuis une planète proche. N’obtenant aucune réponse des astronefs belliqueux, Koenig ordonne leur destruction mais d’autres engins apparaissent bientôt. Deux Aigles sont détruits en vol, trois autres sur leurs aires de lancement et la Base est sérieusement endommagée. Seule l’intervention d’Alan Carter permet d’éviter la destruction totale en désintégrant le bombardier ennemi dans l’espace. Mais les dégâts sont tels que la survie n’est plus possible sur Alpha, qui a perdu 131 âmes dans l’attaque. Koenig et Helena se rendent alors sur la planète afin de demander des explications et la grâce pour les Alphans. Deux entités humanoïdes les accueillent mais refusent de les laisser s’installer sur la planète, arguant que la peur des humains est dangereuse pour leur civilisation. Koenig ordonne alors l’évacuation d’Alpha en vue d’une installation par la force. Une fois de plus, pourtant, l’issue de cette décision sera fatale aux Alphans...

 

Avec Anthony Valentine et Isla Blair (les extraterrestres), Sarah Bullen (Kate). Montage: Alan Killick. Ecrit par Christopher Penfold. Réalisé par Charles Crichton.

 

La destruction d’Alpha, la mort de 131 Alphans dont le Dr Mathias (les quelques victimes de « Puissance de vie » ne sont plus que peccadille !), Koenig et Carter contraints de s’éjecter de leur Aigle et condamnés à périr dans l’espace font de cet épisode un « must » de la première saison. Les développements ultérieurs reprennent un thème plusieurs fois abordé par la science-fiction (récemment dans le Sphere de Barry Levinson), mettant en avant la peur qui conduit les hommes à détruire. Koenig apparaît ici particulièrement belliqueux, choisissant à plusieurs reprises de faire usage de la force plutôt que d’essayer de comprendre. Les explosions en chaîne qui mènent à la destruction de la planète se terminent sur plusieurs plans d’explosion atomique, en un crescendo cacophonique et pyrotechnique qui confine à l’ironie, tant un tel acharnement est inhabituel dans la série. La phrase inaugurale de Koenig, « We’ve got ourselves a war », prononcée à la fin de la séquence pré-générique, illustre parfaitement le « message » de l’épisode, à savoir que la peur des hommes les conduit à leur propre destruction, agissant comme une arme dont le pouvoir d’annihilation se retourne contre son utilisateur. Il n’est pas anodin que ce soit Helena, élément féminin le plus prégnant d’Alpha, qui parvienne à pénétrer intimement, l’espace d’un instant, la nature pacifique des extraterrestres, même si elle choisit en définitive la nature humaine, avec ses défauts et ses peurs. Sa décision conduit d’ailleurs instantanément à la réapparition de Koenig et, par voie de conséquence, à la destruction de la planète !

Les vaisseaux de guerre envoyés vers Alpha sont des Faucons 9, Mark Nine Hawks en v.o. et Eperviers dans la v.f. L’approche du bombardier, quant à elle, est filmée d’une manière qui fera immédiatement réagir les adeptes de La Guerre des étoiles : l’immense vaisseau entre dans le champ par le haut et est filmé par en-dessous tandis qu’il s’avance vers le bas de l’écran. C’est moins impressionnant que la première apparition du star destroyer de Vador (parce que plus court) mais le procédé est le même.

Terminons sur l’aspect « people » avec les rapports Helena / Koenig. L’attachement réciproque de nos tourtereaux stellaires est manifeste dans plusieurs scènes et particulièrement dans la réaction de Helena à la première « mort » de Koenig. Alors qu’elle décidait de le laisser mourir dans « Le maillon », ici au contraire elle le ramène à la vie, à deux reprises, non sans larmes.

 

 

 

18. The Last Enemy (Le dernier adversaire)

 

ATV, 19 février 1976 - TF1, 5 mars 1977

 

La Lune approche d’un système solaire des plus curieux : deux planètes, l’une rouge, l’autre bleue, tournent autour d’un soleil qui les masque l’une à l’autre. Très vite, un énorme vaisseau venu de la planète bleue alunit et fait feu... non sur Alpha mais sur la planète rouge, qui riposte en détruisant le vaisseau agresseur. Unique rescapée, Dione demande alors l’asile aux Alphans. Mais voilà qu’un autre destroyer, envoyé cette fois par la planète rouge, alunit à son tour et lance ses missiles vers la planète rivale. Il est détruit à son tour et Koenig craint qu’Alpha ne finisse par faire les frais de cette guerre qui, aux dires de Dione, dure depuis toujours sans qu’aucun des belligérants en connaisse l’origine. Curiosité supplémentaire : Betha, la bleue, est habitée par des femmes tandis que Delta, la rouge, est peuplée d’hommes. Il apparaît bientôt, cependant, que la destruction du vaisseau de Dione n’était qu’une ruse pour tromper l’ennemi, et Alpha est plus que jamais au centre d’un combat destructeur...

 

Avec Caroline Mortimer (Dione), Maxine Audley (Theia), Kevin Stoney (Talos), Carolyn Courage (fille 1), Sarah Bullen (Kate), Shane Rimmer (voix pilote). Montage: Derek Hyde Chambers. Ecrit par Bob Kellett. Réalisé par Bob Kellett.

 

L’idée de cette histoire serait venue de Barbara Bain. Hommes et femmes s’y mènent une lutte sans début ni fin, tournant autour d’un axe central sans jamais se voir, réduits à se blesser par satellite interposé ! L’épisode commence exactement comme « Ruses de guerre », par l’arrivée d’un vaisseau belliqueux. Le pré-générique offre d’ailleurs une scène absente du début de « Ruses de guerre », où l’on explique que Koenig décide de faire feu sur l’alien parce que celui-ci ne répond pas aux tentatives de contact. Dans « Ruses de guerre », cette explication n’était pas donnée, ce qui montrait un Koenig va-t-en-guerre ordonnant d’emblée d’ouvrir le feu.

Koenig évoque la force qui dirige la Lune dans l’espace, l’un des noms qu’il juge appropriés étant « Dieu » (mais on sent bien que c’est pour faire court !).

La Guerre des étoiles, take two : le bombardier de Betha est filmé comme celui de « Ruses de guerre », préfigurant l’effet liminaire du film de George Lucas. Le bombardier de Delta, quant à lui, ressemble beaucoup (mais vraiment beaucoup...) à celui de « Ruses de guerre ».

Helena et Koenig, suite : la scène finale se fige sur un geste tendre des tourtereaux, Koenig posant sa main sur la joue de Helena qui, à son tour, pose sa main sur celle du commandant.

 

 

 

19. The Troubled Spirit (En désarroi)

 

ATV, 5 février 1976 - TF1, 29 janvier 1977

 

Alors qu’une partie des Alphans se détend en écoutant de la musique, Dan Mateo, un scientifique du service hydroponique, mène avec quelques assistants une expérience qui manque tourner mal. Mateo perd connaissance et un souffle violent se répand dans les corridors de la Base. Transporté à l’infirmerie, Mateo semble en pleine forme mais l’ordinateur a décelé pendant son expérience une forme d’énergie très puissante dans le service hydroponique. La même force se manifeste bientôt au moment de deux morts subites, apparemment causées par une peur effroyable. Cette force est liée à Mateo et tout porte à croire qu’il s’agit d’une énergie psychique qu’il a libérée en faisant ses expériences...

 

Avec Giancarlo Prete (Dan Mateo), Hilary Dwyer (Laura Adams), Anthony Nicholls (Dr James Warren), Sarah Bullen (Kate), Val Musetti (l’esprit de Mateo), Jim Sullivan (le joueur de cithare). Montage: Alan Killick. Ecrit par Johnny Byrne. Réalisé par Ray Austin.

 

Histoire de fantôme dans les couloirs d’Alpha. Le dédoublement de Mateo évoque d’abord la dichotomie Jekyll / Hyde, l’apparition du fantôme sous le coup de la colère préfigurant, à sa manière, les métamorphoses télévisuelles de L’Incroyable Hulk. Pour le reste, le vent mystérieux, les plantes qui s’agitent sur le passage de la force meurtrière, les visions d’horreur, ce sont là des ingrédients classiques du genre.

La séquence finale met en présence, comme dans l’épisode précédent, Helena et Koenig, dissertant cette fois sur les « plus grands mystères de l’existence », à savoir la vie, la mort, etc. Mais pas de geste tendre, désolé !

Au rayon garde-robe, notons en passant que la combinaison de plastique transparent que portaient jusqu’alors les médecins en bloc opératoire (de très seyants sacs en plastique...) est remplacée par une combinaison blanche plus proche de la blouse utilisée de nos jours. On retrouvera cette évolution de la mode médicale dans l’épisode suivant.

 

 

 

20. Space Brain (Cerveau spatial)

 

ATV, 29 janvier 1976 - TF1, 22 janvier 1977

 

Aigle 1, envoyé à la rencontre d’un phénomène spatial inconnu, ne répond plus. Bientôt une météorite s’abat sur la Lune, météorite qui, après analyse, se révèle être... Aigle 1 absorbé et comme digéré par un organisme inconnu. Un pilote, Kelly, revient d’une sortie dans l’espace comme « possédé » par le tourbillon spatial vers lequel se dirige Alpha. Il se met à communiquer des données informatiques au phénomène. Afin de comprendre à quoi ils ont affaire, Koenig se fait connecter au cerveau de Kelly et découvre ainsi que le « phénomène » est une sorte de cerveau spatial qui essaie d’entrer en contact avec eux afin de leur éviter le sort connu par Aigle 1. Malheureusement, les efforts tentés par les Alphans échouent et rien ne peut plus empêcher la Lune d’entrer en collision avec le cerveau spatial...

 

Avec Shane Rimmer (Kelly), Carla Romanelli (Melita Kelly), Derek Anders (Wayland), Sarah Bullen (Kate). Montage: Derek Hyde Chambers. Ecrit par Christopher Penfold. Réalisé par Charles Crichton.

 

L’histoire fait penser à plusieurs segments antérieurs : « Collision inévitable » (par le danger qui menace Alpha), « Le soleil noir » (par son dénouement), « L’anneau de la Lune » (par la « possession » d’un Alphan utilisé comme intermédiaire entre l’ordinateur d’Alpha et une force extraterrestre). Le cerveau lui-même évoque la sphère de ce dernier épisode, autant que l’intelligence cosmique évoquée dans « Le soleil noir ». Les fans de Star Trek, eux, penseront certainement à l’épisode « Amibe », où l’Enterprise croise la route d’une créature vaguement similaire.

On notera que Koenig n’a pas une autorité absolue sur ses subordonnés : Carter ignore son ordre de retour pour aller au secours de Kelly, puis Helena passe outre ses vociférations pour courir prêter main forte à Mathias lors du climax de l’épisode !

 

 

 

21. The Infernal Machine (La machine infernale)

 

ATV, 8 janvier 1976 - TF1, 12 février 1977

 

Un astronef pour le moins étonnant sollicite, ou plutôt exige, de Koenig l’autorisation d’alunir. Koenig, Helena et Victor sont eux-mêmes « invités » à se rendre à bord du vaisseau afin d’en rencontrer l’occupant. Ils apprennent alors que le véritable maître à bord est un ordinateur dont l’unique compagnie est un vieillard mourant qu’il appelle Compagnon. L’ordinateur, qui répond au nom de Gwent, ordonne à Koenig de lui remettre un ensemble d’éléments dont il a besoin pour poursuivre sa route. Les Alphans essaient de résister par la force mais en vain. Lorsque Compagnon meurt, Gwent décide de garder les trois Alphans à son bord, pour le remplacer. C’est un véritable bras de fer que se livrent Koenig et l’ordinateur, qui n’est rien d’autre que l’ultime trace, autoritaire et orgueilleuse, de la personnalité de son créateur...

 

Avec Leo McKern (Compagnon / voix de Gwent), Gary Waldhorn (Winters), Sarah Bullen (Kate). Montage: Alan Killick. Ecrit par Anthony Terpiloff et Elizabeth Barrows. Réalisé par David Tomblin.

 

Vanité de l’esprit humain qui ne se résout pas à disparaître, parabole sur le pouvoir de la machine et sur la solitude, nouvelle confrontation avec une puissance dépassant de loin celle des Alphans, « La machine infernale » est finalement un conte assez plaisant, où Victor Bergman trouve un développement un peu plus conséquent que dans l’ordinaire de la saison.

Koenig masque difficilement son trouble lorsque Gwent parle d’Helena comme de la « compagne » du commandant.

Paul est absent de l’épisode, ainsi que Bob Mathias. Dans la séquence pré-générique, Koenig déclare à Sandra que Paul se remet de ses blessures (survenues on ne sait comment), ce qui explique son absence. Il est donc remplacé devant sa console par un Alphan jusqu’alors inconnu, Winters.

Le coeur artificiel de Victor est évoqué de nouveau.

 

 

 

22. Mission of the Darians (La mission des Dariens)

 

ATV, 30 octobre 1975 - TF1, 3 janvier 1976

 

Alpha reçoit un appel de détresse émis depuis un gigantesque vaisseau de la taille d’une ville par les Dariens, victimes d’une catastrophe qui a gravement endommagé leur astronef et compromis leurs chances de survie. Une expédition se rend sur le vaisseau, composée de Koenig, Helena, Victor, Alan, Paul et Bill Lowry. Ils ne trouvent d’abord que désolation, puis Koenig et Victor rencontrent les Dariens, des êtres apparemment civilisés, tandis que Helena et Lowry tombent aux mains de brutes primitives qui font entrer Lowry dans une machine mortelle et offrent Helena en sacrifice à leur dieu. Tandis que Paul et Alan essaient de sauver Helena, Koenig et Victor découvrent le terrifiant secret des Dariens...

 

Avec Joan Collins (Kara), Dennis Burgess (Neman), Aubrey Morris (le Grand Prêtre), Paul Antrim (Lowry), Robert Russell (Hadin), Gerald Stadden (l’homme muet), Jackie Horton (la femme muette), Sarah Bullen (Kate), Ron Tarr (le garde darien hirsute). Montage: Derek Hyde Chambers. Ecrit par Johnny Byrne. Réalisé par Ray Austin.

 

Le thème, de nouveau classique, de cet épisode reprend certaines données de L’Ile du Dr Moreau de H. G. Wells (notamment la mort brutale du « dieu ») et sera souvent repris dans les romans, films ou séries de SF (David Gerrold s’en est servi pour l’un des romans Star Trek, les scénaristes de L’Age de cristal ou de Sliders également, entre autres). Le look des « survivants » rappelle les communautés primitives de « Le grand cercle » et « Un autre royaume de la mort », où la survie des uns impliquait, comme ici, la mise à l’écart des autres.

Le scénario, ou le montage, présente une incohérence gênante : tout indique qu’Alan et Paul assistent à la mort de Lowry sans rien faire pour le secourir.

Les fans de Joan Collins se réjouiront de la voir en petite tenue, les autres supporteront avec bravoure son jeu surfait !

 

 

 

23. Dragon’s Domain (Le domaine du dragon)

 

ATV, 23 octobre 1975 - TF1, 12 mars 1977

 

877è jour après que la Lune a quitté l’orbite terrestre. A la lumière de récents événements, Helena Russell rapporte l’histoire de Tony Cellini, l’astronaute qui pilota en 1996 la sonde Ultra envoyée en mission d’exploration dans l’espace. Cette mission fut un échec car Cellini revint sans la sonde, unique rescapé de l’expédition, avec pour seule justification un récit invraisemblable sur un cimetière de l’espace habité par un monstre terrifiant qui aurait tué les autres membres de l’équipage. Démis de ses fonctions, Cellini ne fut jamais réhabilité, bien qu’il comptât en 1999 parmi le personnel de la Base lunaire Alpha. Koenig, qui fut l’un des seuls à défendre Cellini devant le scepticisme de la Commission spatiale et, entre autres scientifiques, de Helena Russell, a toujours refusé de mettre en doute la parole de son ami. Aussi, lorsque celui-ci a tenté de fuir à bord d’un Aigle en prétendant que le monstre était de nouveau proche, lui a-t-il accordé le bénéfice du doute. A raison, car la Lune a bientôt croisé la trajectoire d’un cimetière de vaisseaux étrangement semblable à celui décrit plusieurs années plus tôt par Cellini...

 

Avec Gianni Garko (Tony Cellini), Douglas Wilmer (Commissaire Dixon), Barbara Kellermann (Dr Monique Bouchere), Michael Sheard (Dr Darwin King), Susan Jameson (Professeur Juliet Mackie), Bob Sherman (le journaliste de Space News), Sarah Bullen (Kate), Gwen Taylor (l’infirmière). Montage: Alan Killick. Ecrit par Christopher Penfold. Réalisé par Charles Crichton.

 

Saint-Georges terrassant le dragon : c’est la référence invoquée par Koenig et Helena à la fin de l’épisode, pour caractériser l’aventure de Tony Cellini, susceptible d’alimenter plus tard la mythologie des descendants d’Alphans. L’histoire de l’expédition décimée par un monstre de l’espace, à l’exception d’un unique survivant que personne ne croit, sera reprise à l’identique au début d’Aliens, de James Cameron. « Le domaine du dragon » est un épisode réussi, où le monstre est comparable à une araignée attendant que de nouvelles proies viennent se prendre dans sa toile (en l’occurrence, le cimetière de l’espace). C’est aussi l’unique occasion de voir quelques scènes se déroulant sur la Terre avant l’accident qui causera le départ de la Lune. La Mission Ultra (Ultra Probe dans la v.o.) fut préparée dès 1994 (par Victor Bergman entre autres) et le lancement de la sonde d’exploration eut lieu le 6 juin 1996. Koenig n’était pas encore commandant et la Base Alpha était sous les ordres du Cdt Gorski.

Helena et Koenig concluent à nouveau cet épisode. Une scène témoigne par ailleurs de leur rapprochement, celle où Koenig offre au médecin une rose (sous verre) qu’il a fait pousser spécialement dans la section hydroponique. Pour le remercier, elle l’embrasse tendrement (sur la joue, certes, mais c’était moins une...). Face au récit de Cellini, tous deux forment un couple antithétique, Koenig croyant aux monstres tandis que Helena s’y refuse au nom de la science (tiens, ça me rappelle quelqu’un...).

L’un des vaisseaux flottant dans le cimetière de l’espace est la maquette du bombardier de « Ruses de guerre », utilisée également dans « Le dernier adversaire ».

Terminons par la page humour, avec cette réplique absolument fascinante du Dr Russell, expliquant à Koenig l’attitude irrationnelle de Cellini, que l’on vient d’empêcher de s’enfuir à bord d’un Aigle : « Il n’a même pas pris sa brosse à dents ! » Et vous croyez toujours qu’il n’y a pas d’humour dans Cosmos ?

 

 

 

24. The Testament of Arkadia (Le testament d’Arcadie)

 

ATV, 12 février 1976 - TF1, 27 décembre 1975

 

A l’approche d’une nouvelle planète, la Lune est brutalement stoppée dans sa course. Koenig prend la tête d’une mission d’exploration à laquelle participent Luke Ferro et Anna Davis. Bien que morte en apparence, la planète réserve aux Alphans une surprise de taille : un texte gravé en sanscrit, la mère des langages humains, à l’intérieur d’une grotte où se trouvent des ossements humanoïdes. Le texte, partiellement traduit par Anna Davis, parle de la destruction de la planète Arkadia et du départ de quelques survivants vers une nouvelle planète. Ces rescapés auraient emporté avec eux des graines pour démarrer ailleurs un nouveau cycle de vie. Or, les plantes identifiées par Ferro et Davis à la surface de la planète sont toutes des plantes existant sur la Terre. Restés seul dans la caverne, les deux Alphans ont une révélation qui les pousse à vouloir s’installer sur Arkadia. Ce que Koenig décide de faire d’autant plus vite que la Lune perd à chaque minute un peu plus d’énergie, menaçant de se transformer en bloc de glace. Mais lorsque la déperdition d’énergie s’arrête brusquement, le commandant annule l’opération Exodus. Ferro et Davis n’ont plus alors qu’une solution : s’enfuir avec suffisamment de vivres, dussent-ils pour cela condamner tous les autres Alphans...

 

Avec Orso Maria Guerrini (Luke Ferro), Lisa Harrow (Anna Davis), Sarah Bullen (Kate), Shane Rimmer (la voix d’un opérateur). Montage: Derek Hyde Chambers. Ecrit par Johnny Byrne. Réalisé par David Tomblin.

 

Un épisode en forme de conclusion, considéré par beaucoup comme le véritable épilogue à la série. En abordant Arkadia, les Alphans semblent parvenus au terme de leur errance, comme si la force qui les avait éloignés de la Terre et guidés dans l’espace durant tous ces mois n’avait eu pour dessein que de les ramener au berceau de l’humanité. Arkadia, terre de félicité selon les Anciens, serait ainsi le monde où seraient nés les ascendants des Terriens. Entre la Terre, Terre promise des derniers Arkadiens, et Arkadia, Terre promise des Alphans, la boucle serait bouclée. Il n’en reste pas moins que, au terme de l’épisode, la Lune reprend sa course à travers l’espace, délestée seulement de deux Alphans, un Aigle et un buggy lunaire. Show must go on !

L’épisode s’ouvre et se ferme sur Koenig écrivant son journal de bord. Le dernier plan, concluant joliment la saison, est celui du stylo du commandant posé sur le journal refermé.

 

 

Tag(s) : #Guide d'épisodes, #Guide d'épisodes 1970s
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