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Photo promotionnelle du casting du pilote original, non diffusé et retourné après modifications : de gauche à droite, Graham Greene, Lou Diamond Phillips, Paul Wesley, Mary Elizabeth Winstead, Tim Matheson et Stacy Edwards
Neuf épisodes seulement furent produits de cette série inaugurée par CBS le 19 septembre 2001 et retirée de l'antenne après la diffusion de cinq épisodes le 24 octobre. Les quatre autres tournés furent diffusés en avril et mai 2002 sur UPN lors d'une reprise de la série. Conçue par John Leekley, à l'origine en 1996 de la série Kindred, The Embraced et en 1982 de la mini-série Les bleus et les gris, sur la guerre de Sécession, Wolf Lake s'inscrit dans le genre fantastique : la série met en scène un clan de loups-garous vivant secrètement dans la ville de Wolf Lake, non loin de Seattle, sur la côte nord-ouest des Etats-Unis. Ces loups-garous, aussi appelés "shape-shifters" (en VF "métamorphiques"), vivent au grand jour comme des humains, pour se fondre dans le paysage, mais prennent à volonté l'apparence de loups pour gambader librement dans les bois environnants. A Wolf Lake, la Lune semble toujours pleine, s'étonne l'un des personnages, ignorant du secret de la localité. C'est qu'à Wolf Lake vivent aussi des humains normaux. Le clan des loups-garous constitue une communauté distincte établie sur "la Colline", et à Wolf Lake tout le monde sait que les gens de la Colline se croient au-dessus de la mêlée ordinaire.
Tout ceci ne poserait sans doute aucun problème, d'autant que le shérif local, Matthew Donner, est lui-même un loup-garou - même s'il a décidé, pour tenir une promesse faite à sa femme mourante seize ans plus tôt, de vivre désormais comme un humain, renonçant à la métamorphose et aux pouvoirs inhérents à son clan. Seulement voilà : le fille du chef de clan Willard Cates, Ruby, a décidé de s'enfuir de Wolf Lake, transgressant la règle qui condamne tous les membres à ne jamais quitter l'endroit, afin de vivre une vie normale à Seattle. Là, elle est tombée amoureuse d'un policier, John Kanan (on trouve l'orthographe Kanin dans plusieurs documents, ce qui ne manque évidemment pas de sel, mais je m'en tiens à l'orthographe usuelle dans la VF). Et lorsqu'elle disparaît brusquement dans des circonstances singulières - et singulièrement étranges - John Kanan décide de mener sa propre enquête. Non dans avoir reçu un coup de téléphone anonyme d'un homme affirmant que Ruby se trouve à Wolf Lake. C'est donc là que débarque John Kanan, sous les traits du comédien Lou Diamond Phillips, celui-là même qui, en un autre temps, dansait La Bamba (c'était en 1987). Et bien sûr le public le suit.
Pas de créatures animatroniques et fort peu d'effets métamorphiques dans les neuf épisodes de Wolf Lake : ici, les loups sont des loups et on ne s'attarde pas sur la métamorphose elle-même. La série préfère une ambiance de mystère, même si le mystère n'est pas maintenu bien longtemps. Le secret des gens de la Colline est en effet dévoilé au spectateur assez rapidement, l'enjeu dramatique résidant dès lors dans le décalage entre ce que sait John Kanan et ce que nous savons, nous. Si le sort de Ruby demeure mystérieux quelque temps, il est révélé lui aussi assez vite. La série, écrite par une poignée de scénaristes (Alex Gansa, Rick Kellard, Daniel Knauf, Roger Director, Philip Levens, Toni Graphia et James Duff), s'intéresse aux relations entre les membres du clan, dans un parti pris soap-opératique la rapprochant des traditionnels dramas destinés d'abord à un jeune public. Si la plupart des personnages sont des adultes, les adolescents constituent néanmoins une part importante du drame. Leur enjeu principal est celui de la puberté, qui prend ici la forme des changements menant à la première métamorphose : quand se produit-elle ? qu'est-ce qui la provoque ? est-elle assumée ou subie ? se déroule-t-elle "normalement" ou entraîne-t-elle des complications plus ou moins mortelles ? Le sujet inquiète particulièrement la fille du shérif Donner, Sophia, amoureuse du fils du chef de clan, Luke Cates, lequel n'est autre que le petit frère (ou demi-frère) de Ruby, la fiancée de John Kanan qui se révèle (donc) être la fille du chef de clan.
La façon dont les scénaristes développent la série n'est pas honteuse et Wolf Lake est une série plutôt intéressante à suivre, même si l'on sait d'emblée (aujourd'hui) qu'aucune conclusion définitive ne sera apportée, le show n'ayant pas passé le cap de l'annulation précoce. Il est intéressant de noter que les quatre épisodes restés inédits sur CBS montrent une évolution hésitant entre drame et comédie, avec une prédominance pour cette dernière. Un comédien et un personnage incarnent cette prédominance : Graham Greene, alias Sherman Blackstone. Professeur de biologie au lycée de Wolf Lake, Sherman est en réalité une sorte de chamane de la Colline, gardien de la très longue mémoire du clan, celui vers qui l'on se tourne pour résoudre les problèmes. Incidemment, c'est lui aussi qui attire Kanan à Wolf Lake, pour des raisons qui resteront, elles, mystérieuses. Très vite, la désinvolture de Sherman semble "contaminer" le show lui-même. Le virage a lieu dans l'épisode "Leader of the Pack" ("La succession"), le septième. Sherman y est le maître de cérémonie d'un épisode où l'enjeu dramatique, puissant pour les personnages, est emporté dans une loufoquerie débridée. James Duff, scénariste de cet unique épisode, est en quelque sorte le Vince Gilligan de Wolf Lake (en référence à l'apport comique introduit dans The X Files par le futur auteur de Breaking Bad). Difficile, après cet épisode, de prendre au sérieux les enjeux dramatiques de la série, constamment contrebalancés par le regard ironique de Sherman et le jeu tout en désinvolture de Graham Greene. L'ironie gagne les autres personnages d'autant plus perceptiblement que l'intrigue stagne, Kanan s'approchant du secret de la Colline sans jamais le découvrir, Sophia entretenant avec Luke un tango attraction-répulsion qui restera irrésolu, le "méchant" Tyler Creed perdant malgré lui de son potentiel menaçant pour devenir presque risible par son impuissance. Et la "mystérieuse" Ruby jouant elle-même une partition hésitante entre affirmation d'un amour éternel pour John Kanan et soumission aux diktats de son clan.
Bref, on aimerait se passionner pour Wolf Lake mais la série renonce elle-même à son potentiel dramatique en s'enfermant dans le soap opéra, en atténuant le drame par l'ironie, en refusant aussi de lâcher la bride au surnaturel. Le titre de la série met l'accent sur la communauté certes mais aussi sur un lieu, or ce lieu (la ville, la forêt, le lac) n'est guère exploré, autrement que par quelques scènes au sein des bois et le goût du ralenti pour les courses lupines. Il est indéniable que le temps n'a pas été donné au show de se créer une identité mais le résultat est là : les neuf épisodes de Wolf Lake sont un divertissement plaisant mais parfaitement anodin, tout juste une promesse non tenue.
Thierry Le Peut
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