publié en mars 2003 (ASS 12)

par Thierry Le Peut

 

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La série fêtera bientôt ses vingt-cinq ans et continue d’être rediffusée ici ou là, même si ses derniers passages sur M6 se sont révélés chaotiques. Code Quantum représente, comme Magnum, la quintessence de son créateur Donald Bellisario en offrant les meilleurs développe-ments de ses thématiques majeures : la quête du père, la nostalgie douloureuse de l’enfance perdue, la recherche de l’âme-soeur et un regard sans cesse renouvelé sur le passé de l’Amérique et la mémoire du cinéma. Bellisario se dit lui-même porté vers le septième art des années trente-quarante, d’une époque révolue où l’Amérique était encore une terre de rêve, génératrice de mythes forts. La modernité, en remettant en cause ce beau modèle, a aussi ouvert chez les personnages de Bellisario des blessures qui leur confèrent une profondeur particulière, sans pour autant leur enlever cette part de cliché qui en fait des Héros par excellence. Sam Beckett, physicien élevé un peu à l’écart du monde, surdoué dans plusieurs domaines et tête pensante d’un projet de voyage dans le temps, est un personnage blessé dont l’altruisme et la générosité dissimulent un désir profond de retour à l’Eden de l’enfance. La ferme familiale, qu’il retrouve dans « La famille avant tout », l’un des épisodes les plus poignants, est un cadre de carte postale qui renoue avec l’Amérique de Norman Rockwell, mélange de bon sens populaire et d’idéalisme républicain. De même les positions de Bellisario sur le conflit viêtnamien ou l’assassinat du Président Kennedy rompent-elles avec les polémiques suscitées par ces événements majeurs de l’Histoire des Etats-Unis, stigmatisant l’inspiration traditionnelle d’un auteur qui a transformé l’essai avec JAG, dont le patriotisme ne fait plus aucun doute.

Humaniste avant tout, la série bénéficie de scénarii très bien écrits et revisite intelligemment le passé récent des Etats-Unis, loin des formules plus tape-à-l’oeil ou plus largement historiques de Au Coeur du Temps et Voyagers. Changeant de ton comme Sam Beckett change de peau, Code Quantum s’amuse aussi à faire des clins d’oeil au cinéma, parodiant Humphrey Bogart, Marlon Brando ou simplement le titre de quelque vieux film. Si les directives fondatrices de la série interdisaient de faire intervenir le héros dans la grande Histoire, en revanche plusieurs personnalités populaires du monde réel y ont fait un passage éclair, comme Michael Jackson ou Stephen King enfants. Ce n’est qu’au cours de sa dernière saison que le programme s’est autorisé à placer Beckett dans la peau de personnages célèbres comme Marilyn Monroe ou Elvis Presley.

Comme dans Magnum, le héros est ici flanqué d’un acolyte qui retiendra également l’attention des scénaristes. Al, resté dans le futur pendant que Sam voyage d’une époque à l’autre, apparaît en général sous forme d’hologramme perceptible uniquement par le héros (et parfois par les tout jeunes enfants et les animaux). Personnage exubérant, il dissimule en réalité un coeur brisé et une sensibilité à fleur de peau. Orphelin comme d’autres personnages de Bellisario (Rick dans Magnum), Al apporte à la série, grâce en partie à son interprète Dean Stockwell, une richesse supplémentaire et reçoit une digne récompense à la fin de la série.

L’inspiration première de Code Quantum n’est pas la science-fiction mais la fable humaniste. Comme Michael Landon dans Les Routes du Paradis mais de manière bien moins appuyée, Sam Beckett est un Ange envoyé sur la Terre pour recoller des vies et changer, en mieux, des dizaines d’histoires individuelles. Sa générosité n’a rien de politique : elle se tourne vers des gens ordinaires auxquels on ne prête généralement que peu d’attention et dont il oeuvre à améliorer l’existence, à leur insu. Il ne s’agit pas ici d’empêcher une tragédie nationale, et dans « Lee Harvey Oswald » les efforts du héros ne changent rien à la mort de Kennedy, mais d’aider un garçon à embrasser une fille, une mère à se réconcilier avec sa famille, une adolescente à accoucher, un acteur à jouer un rôle. On pourrait parler de populisme mais la série sait être honnête tout en jouant sur la corde sensible, et éviter les leçons de morale au profit d’exemples éloquents. Hautement recommandable donc.

Tag(s) : #Arrêt sur Télé

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