publié en janvier 2006 (ASS 23)
par Thierry Le Peut

 

Alors que TF1 a terminé, à l’heure où vous lisez ces lignes, la diffusion de la saison 4 de Preuve à l’appui et de la saison 2 de Las Vegas, il est temps de leur accorder quelques lignes. Puisque les deux shows sont issus de NBC, diffusés à la suite sur TF1 et ont partagé un épisode crossover (commencé dans Preuve à l’appui et terminé dans Las Vegas), personne ne sera choqué que nous les ayons réunies pour l’occasion. C’est qu’en vérité ces deux titres partagent plus que leur network et un épisode-gimmick : ils ont en outre une parenté de ton mêlant le drame et la comédie, l’effet de réel et l’excès fantaisiste, les épisodes cloisonnés et les intrigues feuilletonnantes. En dépit de la gravité de certaines de leurs histoires, l’une et l’autre conservent une légèreté mise en exergue par leur éclairage et leurs couleurs.

 

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Las Vegas, que les abonnés de TPS avaient pu découvrir avant sa diffusion hertzienne, était attendue essentiellement à cause de la présence en tête de distribution de James Caan, « vétéran » hollywoodien jouissant d’une reconnaissance au sein de la profession qui, bien sûr, était l’argument de vente majeur de la série que l’on faisait reposer sur ses épaules. Une fois le premier épisode passé, et au fil des semaines, on aura compris que Las Vegas n’est pas la série « à grand spectacle » que l’on aurait pu attendre mais un programme construit avant tout autour d’un casting pluriel mêlant les sexes et les générations, ainsi que des caractères dissemblables mais tous dévoués à la même cause. Bref, un ensemble show somme toute classique dominé par la présence de James Caan et empruntant aux Experts le cadre ensoleillé et haut en couleurs de Vegas, la ville du désert, cité de tous les possibles et de tous les excès. En concentrant l’essentiel de sa narration autour d’un seul lieu, le prestigieux hôtel-casino Montecito, la série évoque le succès spellingien des années 80, Hotel, qui voyait passer chaque semaine (selon un schéma déjà rodé par Spelling dans La Croisière s’amuse et L’Ile fantastique) son lot de clients embarqués dans leurs propres aventures et secondés par le personnel de l’hôtel qui lui-même bénéficiait de trames secondaires. Le temps ayant passé, l’importance accordée aux personnages récurrents est prédominante et la part laissée aux clients amoindrie d’autant ; ce qui permet de fournir aux protagonistes un background développé de loin en loin, une épaisseur dramatique que n’avaient pas les héros de Spelling, sans pour autant négliger l’apparition de quelques « stars » venues vider un verre au bar du Montecito, comme Sylvester Stallone par exemple. C’est que l’ami Caan, s’il a gardé quelques contacts avec la profession, incarne en outre un personnage qui a lui-même roulé sa bosse avant de devenir le grand gourou de la sécurité au cœur du Montecito ; un élément introduit dans la biographie du personnage pour permettre aux scénaristes quelques incartades pleines d’action où le passé aventureux du bonhomme refait surface impromptu. Un passé plein de noirs secrets, de missions officieuses et de personnages que l’on n’aimerait pas rencontrer au coin d’une rue – et encore moins derrière une machine à sous ou sous une table de baccarat.

 

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Preuve à l’appui, qui bénéficie de deux ans d’ancienneté de plus que sa consoeur, a commencé comme une variation sur le personnage du médecin légiste mis en scène jadis dans Quincy M.E. (pour Medical Examiner) et plus tard dans Waikiki Ouest (avec Cheryl Ladd sous le soleil d’Hawaii). C’était surtout un véhicule pour la comédienne Jill Hennessy, qui abandonnait son rôle d’assistante du procureur de New York dans New York District pour voler de ses propres ailes, en profitant au passage pour changer complètement de peau. Car il s’étend un monde entre la juriste en tailleur strict de Law & Order, un personnage typiquement no-nonsense comme disent les enfants de l’Oncle Sam (comprenez : qui ne doit pas rire tous les jours et surtout pas pendant le travail), et la jeune diplômée en médecine légale de Preuve à l’appui, au look plus proche du baba-cool que des conseils du Barreau et qui, il faut le dire, est carrément une emmerdeuse. Tellement emmerdeuse en fait que c’est même ce qui la fait atterrir au service de médecine médico-légale de Boston, Massachusetts (la ville où sévit Ally McBeal), où elle entre comme dans un placard. Mise à l’écart. Mais tellement emmerdeuse, aussi, que même en autopsiant des cadavres la demoiselle trouve le moyen de poser des questions qui fâchent, de remettre en cause les conclusions des policiers, voire de se mettre elle-même en quête de la vérité bafouée, étouffée ou simplement perdue.

La série repose donc sur un personnage fort mais, comme Las Vegas, c’est un ensemble show où les partenaires de l’héroïne occupent très vite dans les intrigues une place sinon tout à fait égale à la sienne du moins conséquente. Comme dans Las Vegas aussi, lesdits partenaires sont dotés d’origines, de parcours et de caractères très différents qui autorisent les scénaristes à varier la tonalité des épisodes et leurs modalités narratives. Sur ce plan, Preuve à l’appui est une série agréable à suivre grâce à la variété de ses intrigues, aux lignes feuilletonnantes qui touchent non seulement le personnage principal mais également ses acolytes, qu’elles soient sentimentales ou plus dramatiques. Jordan Cavanaugh, que joue Hennessy, est d’origine irlandaise et vit dans la même ville que son père qu’elle soupçonne bientôt de lui avoir toujours caché la vérité au sujet de la mort de sa mère, internée dans un hôpital psychiatrique et morte dans des circonstances mal élucidées. Le spectateur acquiert lui aussi la certitude que le papa cache en effet de sombres secrets dans les profondeurs de sa mémoire, de son silence et de son passé, et il suit avec d’autant plus d’intérêt les efforts infatigables de l’héroïne pour découvrir le secret caché dans ses années d’enfance. Cette intrigue, qui courra sur plusieurs saisons et se soldera finalement par la disparition du père (incarné par Ken Howard), assure le fil rouge majeur des premières saisons et voit même l’apparition d’une autre star de NBC, Michael T. Weiss, ex-Caméléon qui, pour les besoins de Crossing Jordan, garde la propriété de se fondre dans le décor !

Crossing Jordan connaîtra plusieurs changements de distribution, intégrant à son générique des personnages destinés à ne rester qu’une saison et dont le départ sera parfois l’occasion d’épisodes hautement dramatiques. L’un de ses rôles épisodiques les mieux exploités reste le detective Woody Hoyt de la police de Boston, incarné par Jerry O’Connell, l’ex-vedette de Sliders, qui après être venu plusieurs fois prêter main forte à Jordan Cavanaugh (à vrai dire, ce serait plutôt l’inverse) finit dans la quatrième saison par intégrer à son tour le générique, après qu’il eut été question de lui offrir sa propre série, « testée » dans un épisode de Crossing Jordan. A défaut d’avoir gagné cet honneur, Woody Hoyt aura partagé avec sa partenaire quelques moments de suspense et quelques incertitudes sentimentales, devenant peu à peu un personnage à part entière de la série. La présence de Miguel Ferrer dans le rôle du Dr Garrett Macy, le patron de Jordan, apporte aussi beaucoup à la série ; ayant roulé sa bosse dans pas mal de séries et de téléfilms, le fils du comédien José Ferrer (avec lequel il partagea un épisode de Magnum voici quinze ans) campe avec un mélange de fermeté et de vulnérabilité un homme divorcé tiraillé entre ses responsabilités professionnelles et les aléas de sa vie personnelle, dans laquelle il éprouve des difficultés à vivre pleinement une relation sentimentale, bien qu’ayant déjà été marié.

Bien écrite, bien jouée, ayant réussi au fil des saisons à développer un rapport de proximité avec son public, Crossing Jordan est une série distrayante et inventive, nullement géniale mais honnête, dont la popularité ne se dément pas sur TF1 qui l’a déjà rediffusée plusieurs fois en après-midi.

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