publié en décembre 2000 (ASS 3)

par Thierry Le Peut

 

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La nouvelle création du géniteur de Clair de Lune fut largement saluée par la presse américaine, en septembre 1999. Le producteur-scénariste, qui, on s’en souvient, avait délaissé les personnages de Remington Steele après la première saison pour s’en aller créer cet autre couple qui fit de Bruce Willis une célébrité, n’avait guère signé depuis Clair de Lune que quelques téléfilms, tous dans son genre de prédilection : la comédie romantique. Relevons, en 1997, Picture Perfect avec Jennifer Aniston et Kevin Bacon et en 1994 Love Affair avec Warren Beatty et Annette Benning, ainsi qu’un autre intitulé Wilder Napalm avec Dennis Quaid et Debra Winger (sur un scénario de Vince Gilligan, l’un des scénaristes de The X-Files). Avec Now and Again, titre original d’Un Agent très secret, il retrouve cette inspiration romantique mais y ajoute un élément de science-fiction qui déroute les taxinomistes de la télé. Le héros, Michael Wiseman, est en effet un homme ressuscité, une sorte de Sam Beckett dont on a prélevé le cerveau (et donc la personnalité) pour le placer dans un nouveau corps. Sauf que ce Beckett-là n’a aucune chance de retrouver son enveloppe originelle, pour la simple raison qu’elle a été hachée menue en passant sous une rame de métro. Et les actions qu’il va devoir accomplir, à son cerveau défendant, pour conserver le corps qu’on lui a confié, ne seront pas toujours aussi honorables que les oeuvres de scout du Dr Beckett...

Now and Again réunit ainsi plusieurs influences parmi les moins haïssables : un zest de L’Homme qui valait trois milliards, un soupçon de Code Quantum, un vernis de Clair de Lune, voire une pincée de néo-X-Files par la présence d’Hommes du Gouvernement aux visées obscures et peu avouables. Le tour de force réside dans la faculté des scénaristes de multiplier les opportunités de réunir le héros, doté d’une nouvelle apparence à mille lieues de l’originale, et son ancienne famille, constituée en l’occurrence d’une veuve et d’une fille ado en pleine crise de maturité. Sommé par une sorte de Dr Frankenstein du Gouvernement de mener à bien des missions qui le répugnent mais représentent son unique chance de rester en vie, Wiseman, à l’instar du flic cyborg de Robocop, refuse de renoncer à sa vie antérieure et n’aura de cesse d’avoir trouvé un moyen de retrouver le bonheur perdu.

Pas fou, Caron a cependant rendu son héros plus attrayant qu’un tas de boulons contenu dans une armure indestructible : en engageant Eric Close, ex-pourvoyeur de vérités cachées dans Dark Skies et pro du colt dans la version télé des Sept Mercenaires, il assurait à sa série une audience féminine (et gay) non négligeable. A ses côtés, Margaret Colin et Dennis Haysbert font figure de « valeurs sûres » : la première est apparue dans Independence Day (et dans l’épisode « A la recherche de l’art perdu » de Magnum, qui parodiait Indiana Jones), le second dans les mini-séries Queen (la troisième de la saga Racines) et Retour à Lonesome Dove. Tous deux ont d’ailleurs été gratifiés d’un Saturn Award pour leur contribution à la série.

Annoncée comme « la meilleure chose, et de loin, de toutes les chaînes confondues » par le New York Magazine, Now and Again a pourtant été annulée par CBS au terme de sa première saison. Les jeux ne sont pas encore faits, peut-être, si les campagnes de fans parviennent à convaincre la chaîne de relancer la production. Pour l’instant, il vaut mieux quand même savourer les 22 épisodes dont France 2 a entrepris la diffusion, chaque dimanche après-midi vers 17 h 20.

Tag(s) : #Arrêt sur Télé

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