Un article de Thierry Le Peut

paru dans Arrêt sur Séries n°34 (automne 2009, toujours disponible)

 

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Depuis janvier 2007 ( ASS 27 ), nous n’étions pas revenus sur Lost.  La saison 5 vient d’être diffusée cet été par TF1. La saison 2 paraît donc bien lointaine ; pourtant, les réussites des saisons 3 à 5, dont la qualité croissante est saluée à peu près unanimement, reposent entièrement sur les fondations établies par la saison 2, qui évoquait pour la première fois le Projet Dharma et dévoilait ces « Autres » mystérieux, énigmatiques et menaçants, dont la série est désormais indissociable. Revenir aujourd’hui sur la saison 2 n’a donc rien d’incongru.

Et c’est ce que nous vous proposons ici.

Lors de sa première diffusion, en 2005-2006, la deuxième saison de Lost était évidemment attendue. La première saison avait démontré qu’avec un concept plutôt « casse-gueule » J. J. Abrams, Damon Lindelof et Carlton Cuse – les maîtres d’œuvre de la série – étaient capables de produire une série au long cours fondée sur une structure solide et une mythologie à la fois riche et  attrayante. Pourtant, le doute demeurait quant à la capacité des scénaristes à entretenir la tension au-delà de la première année, où le facteur nouveauté jouait à plein : une fois explorées les différentes personnalités mises en place au cours de la première livraison, était-il encore possible de surprendre ? La mythologie, fondée sur des « signes » non explicités et des pistes ouvertes, pouvait-elle soutenir l’intérêt dès lors qu’on demandait aux scénaristes de la fouiller davantage ? Le spectre de The X-Files est forcément présent quand on envisage une mythologie au long cours : en clair, il ne suffit pas d’ouvrir des pistes, il faut être capable de les fermer et / ou de les développer sur la durée. Etant donné l’attente créée par la première saison, ce n’est pas sur l’ensemble de la deuxième qu’allait se jouer l’adhésion – ou non – du public et de la critique, mais, bien avant la fin de la saison, sur les premiers épisodes.

Maintenant que quatre années ont passé depuis cette première diffusion, le jugement porté sur la deuxième saison s’est en quelque sorte figé. On la considère toujours comme trop lente, riche en développements, essentielle pour la mythologie globale de la série mais assommante par ses longueurs et bien trop ancrée dans un lieu unique : le bunker.

De fait, ce qui a été reproché à la deuxième saison – mais aussi les qualités qu’on doit lui reconnaître – est visible dès les premiers épisodes.

D’une part, la série se montre à la hauteur des attentes suscitées par la première saison pour ce qui est de la mythologie, dont la complexité gravit plusieurs échelons dans les trois épisodes d’ouverture. Mais, d’autre part, cette complexité même annonce un casse-tête où chaque élément introduit dans la première saison devra trouver sa place : étant donné le nombre de ces éléments, il est clair que l’entreprise ne sera pas de tout repos. Cet « effet casse-tête » est redoublé par un choix narratif dont la pertinence n’apparaîtra que progressivement et qui, d’emblée, paraît lourd : le choix des ruptures de chronologie et de la narration différée.

 

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A suivre dans ASS 34

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