Guide réalisé par Thierry Le Peut

en attente d'images, pour égayer un peu tout ça !

Les saisons en ligne (à compléter au fil des ans) :

saison 1  -  saison 2  -  saison 5  -  saison 6  -  saison 8

Mike Connors et Gail Fisher

 

NB : je n'indique pas les distributions, présentes in extenso sur Imdb. Quand il y a une indication, c'est en général pour compléter ou corriger Imdb.

 

Saison 6

(1972-1973)

 

6.01 (123) The Open Web (Quatre otages pour un homme)

CBS, 17 septembre 1972

Ecrit par Donn Mullally

Réalisé par Arnold Laven

Mannix reçoit un soir la visite de Ken Gordon, un policier dont il a sauvé la vie un jour et qui est heureux de lui annoncer sa promotion au grade de detective. Mais en allant ouvrir la porte de Mannix à la place de ce dernier il reçoit une balle destinée au détective par Victor Roarke, que Mannix avait contribué à faire condamner. Joe empêche Roarke de s’enfuir mais la mort du jeune homme l’affecte beaucoup. Roarke essaie bientôt de négocier l’indulgence du procureur en proposant de conduire le Lt Malcolm jusqu’au corps du juge Bishop, jamais retrouvé. Mannix les accompagne dans les collines de Santa Monica, à l’endroit désigné par Roarke ; ils découvrent alors que la proposition de Roarke fait partie d’un plan d’évasion minutieusement préparé. Mannix réussit à s’enfuir mais Roarke et ses complices emmènent Malcolm dans un faux hélicoptère du bureau du shérif, jusqu’à un complexe désaffecté où ils prennent en otages le gardien, Tim Fogerty, sa fille Sarah et son petit-fils Chuck. Cernés par la police, ils exigent une rançon et la garantie de pouvoir repartir.

Mannix parvient à s’introduire dans la station mais il est contraint de se rendre à Roarke pour ne pas mettre en danger la vie des otages. Commence alors une cohabitation dont chaque minute est dangereuse, au cours de laquelle Mannix et Malcolm essaient de retourner la situation en transformant un jouet d’enfant en arme mortelle. Mais Roarke est loin d’être un imbécile et on découvre bientôt qu’il bénéficie d’un complice dans la place…

L’épisode bénéficie d’extérieurs importants et de moyens conséquents. La réalisation d’Arnold Laven accentue l’angoisse et confère à Roarke une stature inquiétante.

 

6.02 (124) Cry Silence (La confession)

CBS, 24 septembre 1972

Adaptation : Oliver Crawford et Ed Waters, histoire d’Oliver Crawford

Réalisé par Alf Kjellin

Mannix reçoit la visite de James Conway, un ancien prêtre qui pense que les tentatives d’assassinat dont il vient d’être victime sont liées à une confession qu’il a reçue. L’homme, meurtrier d’une femme, semble penser que le retour de Conway à la vie civile ne garantit plus le secret de la confession. Conway ignore l’identité de l’homme mais les quelques indices qu’il communique à Mannix permettent à celui-ci de remonter jusqu’à Ira Welch, qu’il croit être l’homme que recherche Conway. Il lui délivre donc le message dont l’a chargé l’ancien prêtre et assure à Welch que son secret ne sera pas trahi. Mais en quittant l’homme il est à son tour victime d’une tentative d’assassinat par un autre individu qui, bientôt, livre un paquet piégé à son bureau. Mannix parvient à désamorcer la bombe sans dommage mais essaie en vain de revoir Welch : celui-ci se suicide à son domicile. Mannix, comme d’ailleurs la veuve de Welch, pense que ce dernier n’a pas tué lui-même Lisa Tilden, la jeune femme dont il a endossé le meurtre, mais qu’il a engagé un tueur professionnel pour assassiner la jeune femme, avec laquelle il avait une liaison. C’est ce tueur qui essaie aujourd’hui de réduire au silence Conway et Mannix. Il enlève d’ailleurs Conway dans la maison même du détective et s’en sert pour attirer Mannix dans un piège…

 

6.03 (125) The Crimson Halo (Dossier n°332)

CBS, 1er octobre 1972

Ecrit par Shimon Wincelberg

Réalisé par Leslie H. Martinson

Mannix est engagé par l’avocat Noah Otway pour découvrir qui pourrait vouloir attenter à la vie de son client le Dr Graham Aspinall. Ce dernier est un chirurgien qui a développé une technique lui permettant de retirer des tumeurs jugées jusqu’alors inopérables. C’est un homme sûr de lui, intransigeant et connu pour des liaisons dont sa femme n’ignore rien mais c’est aussi un praticien extrêmement compétent qui est le seul à maîtriser sa spécialité. Aspinall ne veut pas croire que quelqu’un puisse vouloir le tuer et se montre d’abord peu enclin à coopérer avec le détective, mais un incident qui manque lui coûter la vie l’incite à revoir son jugement. Mannix fait le tour de son entourage et découvre que les suspects ne manquent pas : sa propre femme Gerda, son assistant le Dr Felix St. Ives qui voudrait bien occuper son poste mais qui peut aussi en vouloir à Aspinall à cause du suicide d’une fiancée avec laquelle Aspinall a eu une liaison, sa maîtresse Charlene Tallifer ou le brutal Dana Croft qui considère qu’il a des droits sur Charlene. Mais la piste la plus troublante est fournie au détective par Gloria Paget, la secrétaire d’Aspinall, amoureuse de son patron qui ne sait même pas qu’elle existe (selon les mots d’Otway) : le Dossier 201 est celui d’un patient dont Aspinall refuse de dire le nom, même s’il confie à Mannix que sa mort pourrait avoir des conséquences sérieuses. Est-il possible que l’on ait tenté d’assassiner Aspinall pour l’empêcher d’opérer ce patient ?

Mannix ne tarde pas à découvrir que ce patient 201 est Noah Otway, ce qui explique l’intérêt particulier de l’avocat pour cette enquête. Otway, en effet, gère certaines affaires en lien avec le Syndicat et il a enregistré sur des cassettes cachées en lieu sûr des informations compromettantes qu’il utilise comme garantie. S’il est assassiné, ces cassettes iront droit chez le D.A. Mais s’il mourait sur la table d’opération, en revanche, les mafieux n’auraient rien à craindre. A moins que Mannix ne mette la main sur ces cassettes…

Otway : « Je veux quelqu’un qui suivra les instructions à la lettre. » Mannix : « Alors, ça n’est pas moi que vous voulez. » Otway : « Comment le savez-vous ? » Mannix : « Mes clients me disent ce qu’ils veulent que je fasse, pas comment ils veulent que je le fasse. » (« My clients tell me what they want done, not how they want it done. »)

Pourquoi le File 201 devient-il dans le titre français le Dossier 332, voilà un mystère plus grand que celui sur lequel enquête Mannix (332 s’adapte-t-il mieux au mouvement des lèvres que 201 ? c’est peu probant…)

Quatre ans après le départ de Mannix d’Intertect et donc la disparition de son patron Lew Wickersham interprété par Joseph Campanella, cet épisode réunit les deux comédiens mais pas les personnages : Campanella incarne ici un personnage différent, ce qui, à l’époque, ne dérangeait personne.

 

6.04 (126) Broken Mirror (L’enlèvement)

CBS, 8 octobre 1972

Musique de Duane Tatro

Ecrit par Robert Pirosh

Réalisé par David Lowell Rich

Wallace Hunter, chef d’entreprise, vogue au large de Baja au Mexique avec son épouse Gina. Ils s’offrent une seconde lune de miel après le passage de quelques nuages dans leur couple. Mais, brusquement, Gina disparaît du bateau. Aucun corps n’est retrouvé, Wallace n’a entendu aucun cri, aucun son. Bouleversé, il engage Mannix pour découvrir ce qui est arrivé. Ils n’ont pas longtemps à attendre : un coup de téléphone apprend à Wallace qu’on a retrouvé Gina. Elle a été recueillie dans une petite mission par le Père Francisco après avoir – c’est ce qu’elle raconte à son mari et à Mannix – réussi à échapper aux deux hommes qui l’ont enlevée sur le bateau et l’ont ensuite enfermée dans une cabine d’un autre bateau. Wallace Hunter se réjouit mais demande à Mannix de continuer d’enquêter pour découvrir le fin mot de cet enlèvement. Le détective prend des informations sur Ed Lucas et Richard Averill, respectivement chef de la sécurité et avocat de Wallace. Et voici qu’Averill lui fixe un rendez-vous secret dans une scierie appartenant à Hunter ; il a des révélations à lui faire, mais à peine a-t-il prononcé le nom de Gina qu’un coup de feu l’empêche, à jamais, d’en dire davantage. Mannix a quelques doutes sur Gina, enfant adoptée devenue quelques années plus tôt Mrs Wallace Hunter, et d’autant plus quand il découvre qu’elle s’appelle en réalité Margo Moore, arrêtée à L.A. et à Vegas pour extorsion. Un ancien complice, Ron Hollis, aujourd’hui cloué dans un fauteuil roulant, l’accuse d’en être responsable. Gina, elle, nie avoir été une criminelle, même si elle admet être Margo Moore. Son mari ignore tout de son autre identité et elle affirme que son mariage n’a rien à voir avec la vie qu’elle a menée auparavant. Son histoire laisse perplexe Mannix, cependant, qui décide d’enquêter davantage. Ce qu’il découvre dans l’orphelinat où a grandi Gina est de nature à redistribuer les cartes : Margo Moore est devenue Gina Aldrich, en effet, mais le changement est tout récent. En vérité, Margo Moore est la sœur jumelle de Gina, mais toutes deux l’ignoraient. Lucas et Averill s’en sont aperçus fortuitement et ont proposé à Margo un plan destiné à s’emparer de la fortune de Hunter en substituant une sœur à l’autre. Gina, cependant, n’a pas été tuée : Margo a accepté l’imposture à condition que sa sœur reste en vie. Un arrangement que ses complices n’ont aucune intention de respecter, selon Mannix, qui part pour le Mexique avec Margo afin de libérer Gina avant qu’il ne soit trop tard…

Avec Anjanette Comer (Gina Aldrich Hunter / Margo Moore).

La mer en ouverture, et une belle séquence sous-marine dans laquelle deux plongeurs essaient de noyer Mannix. Mike Connors mouille lui-même sa chemise pour rendre la scène plus authentique. Le dénouement choisit, lui, les collines (du Mexique dans la fiction, de Californie pour le tournage), tandis qu’entre-deux les studios Paramount fournissent les décors urbains. L’intrigue est bien menée et repose essentiellement sur Connors et Anjanette Comer, qui se trouve face à elle-même dans la dernière séquence.

 

Peggy – It could be a trap, Joe. Cela pourrait être un piège, Joe.

Mannix – Yeah, I know. Right now, it’s the only trap in town ! Oui, je sais. Pour l’instant, c’est le seul piège à disposition !

 

Mannix – I’m Joe Mannix. Je suis Joe Mannix.

Hollis – What else are you ? Vous êtes quoi d’autre ?

Mannix – Private investigator. Détective privé. (Même réplique en 6.08)

 

Billie Caprice – What are you, fuzz ? Vous êtes quoi, un flic ?

Mannix – Private investigator. The name is Mannix. Détective privé. Je m’appelle Mannix.

 

Le décor de l’appartement de Billie Caprice (corridor et intérieur) servira encore en 1975 pour l’épisode « A Night of Terror » de Petrocelli (pour Lois Nettleton). On le revoit en 6.08 (appartement de James Cavanaugh, fin acte 3, début acte 4) et 6.09 (appartement de Carl Boycer, acte 1). 

 

6.05 (127) Portrait of a Hero (Le héros)

CBS, 15 octobre 1972

Ecrit par John Meredyth Lucas

Réalisé par Arnold Laven

Chuck Noland, un héros de guerre, est tué par l’explosion d’une grenade jetée dans l’ascenseur qui se refermait sur lui. L’employé qui se trouvait avec lui, Roy Elkins, est grièvement blessé. Dans une semi-inconscience, il ne cesse de répéter un mot qui semble être un nom de femme : Joyce. Ami de Roy, Mannix décide de mener sa propre enquête sur les circonstances du drame. Il s’intéresse à Noland et rencontre sa femme, Barbara : fille de l’industriel Julian Mallory, elle venait d’entamer une procédure de divorce. Mannix rencontre aussi Lou Morgan, propriétaire de l’immeuble où s’est produit l’attentat : Morgan a investi dans le grand projet de Mallory, le développement d’un nouvel avion baptisé Tr2, et Morgan est aussi notoirement affilié au crime organisé, même s’il clame bien sûr que ses affaires sont honnêtes. A tous Mannix pose la même question : est-ce que le nom de Joyce leur dit quelque chose ? Il rend visite à une ex-petite amie, J.C. Casey, dont les initiales se rapprochent de « Joyce ». Sans succès. En revanche, il est pris pour cible par un tireur embusqué, signe que son enquête dérange. Autre preuve : il est à son tour victime d’un attentat à la grenade. Par ailleurs, l’ex-Colonel Edgar Ewing lui apprend que Chuck Noland n’était pas le grand héros que l’on a fait de lui.

Le détective enquête alors sur le Tr2 et fait un vol avec son pilote, Ralph Stoner. Il s’étonne que ce dernier signale quasiment chaque jour un nouveau défaut de l’appareil et réclame quotidiennement l’intervention du mécanicien Cease pour améliorer tel ou tel élément. L’explication commence à se faire jour quand il s’intéresse au plan de vol suivi chaque jour par Stoner, qui l’amène à disparaître des radars pendant plusieurs minutes à proximité de la frontière avec le Mexique. En prenant lui-même les commandes de l’avion et en suivant le plan de vol, Mannix découvre le pot aux roses : Stoner ramène quotidiennement du Mexique de la drogue qu’il dissimule dans le joystick de l’appareil et que récupère Cease sous le prétexte d’une intervention mécanique. Chuck Noland avait découvert ce trafic et menaçait d’y mettre fin. L’homme qui accueille Mannix au Mexique, malheureusement, le connaît : Schaeffer, l’assistant de Lou Morgan…

Le dénouement utilise un deus ex machina en la personne du Colonel Ewing qui arrive avec la cavalerie (la police mexicaine) au moment où la situation semble sans issue pour Mannix (et alors qu’il ne reste qu’une minute avant le générique !).

Le même Ewing raconte une mission au Vietnam en évoquant avec Mannix le prétendu héroïsme de Chuck Noland. Le propos n’est pas tant de mettre en cause Noland que de méditer sur la « fabrique d’un héros », qui n’est pas forcément en rapport avec l’expérience vécue au combat.

 

6.06 (128) The Inside Man (Le mouton)

CBS, 22 octobre 1972

Ecrit par A. A. Ross

Réalisé par Paul Krasny

A la Nouvelle-Orléans, Mannix participe à un cambriolage et abat un policier dans sa fuite. Mise en scène, bien sûr, pour donner crédit à sa couverture et convaincre l’homme dont il a infiltré l’organisation, Lytell, qu’il est fiable. Mannix a accepté de jouer les infiltrés afin de découvrir l’identité du meurtrier du Lt Barry Owen, assassiné par un homme de Lytell, ou Lytell lui-même. Sa mission officielle, cependant, est de découvrir qui, dans l’entourage de Lytell, téléphone deux fois par mois à la police depuis Miami, affirmant qu’il est prêt à livrer des informations sur l’organisation – ou presque prêt, car il veut d’abord des garanties. Lytell est un homme particulièrement méfiant et prudent, implacable également quand il se sent menacé. Sous l’identité de Mitch Lockwood, Mannix a gagné sa confiance relative. Le Lt Tobias prend très à cœur sa protection et s’inquiète de toute nouvelle personne, même au sein de la police, qui serait au courant de l’opération en cours. Comme Auburn, l’un des collaborateurs du Capitaine Caffey, qui pourtant, Caffey l’affirme, ignore l’infiltration de Mannix et ne connaît que l’existence du transfuge potentiel. Les inquiétudes de Tobias sont justifiées : Lytell reçoit bientôt un appel téléphonique l’informant de la présence d’un informateur au sein de son équipe. Lockwood lui paraît une recrue trop verte pour prétendre au titre d’« informateur » mais deux autres, Val Page et Coden, sont suspects. Comme l’est, dans une moindre mesure, Angela, sa compagne plus que sa maîtresse, atour de prix pour ses activités mondaines. Entre Mannix et Angela s’esquisse une aventure, dans l’atmosphère de défiance et de peur que Lytell entretient autour de lui. Ils accompagnent Coden et Page à Miami, où Lytell envoie régulièrement Coden. Au cours de ce séjour, Caffey et Tobias reçoivent un nouvel appel de l’informateur. Mannix croit l’avoir identifié : il s’agirait de Val Page. Il se trompe, en réalité : Page vient tout juste de décrocher le téléphone dans lequel parlait Coden quelques instants plus tôt. Mannix n’aura de toute façon pas le temps d’exfiltrer Page : il est abattu par les tueurs de Lytell dans une villa que celui-ci possède en dehors de la ville. Mais cela ne calme pas les soupçons de Lytell, qui veut aussi éliminer Coden et Mannix, au cas où. Pour éliminer le bon, autant tuer les trois. Aussi envoie-t-il Mannix et Coden quérir le cadavre encore chaud de Page avec mission d’aller l’enterrer ailleurs. Les tueurs les suivent pour finir le travail. Tout se joue alors entre eux : à Mannix de convaincre Coden qu’il est l’agent infiltré pour le tirer d’affaire, puis d’empêcher Lytell et ses tueurs de les avoir…

Avec Hal Needham (Sergeant Thompson – non crédité)

L’épisode se distingue de plusieurs façons : par la mission d’infiltration de Mannix, par son début in medias res avec le détective déjà infiltré, par la liaison romantique de Mannix avec Angela, nouvel avatar de la femme à la fois pulpeuse et vulnérable, par l’atmosphère pesante qui emprisonne les personnages, par le choix d’un décor original pour le dénouement, celui du « Jardin de pierre » de l’Académie de Police de L.A. (LAPD Rock Garden) qui figure la villa de Lytell. Le cadre est censé être celui du sud-est des Etats-Unis, entre New Orleans et Miami. Le décor de la maison de Lytell à la Nouvelle-Orléans est d’ailleurs celui de la maison de James Franciscus dans la série Longstreet, produite par Paramount en 1971-1972, censée se dérouler aussi à la Nouvelle-Orléans. On retiendra également l’épilogue chargé d’amertume et de mélancolie, où Peggy prend conscience du chagrin réel de son patron de retour après trois mois éprouvants, et, visiblement, avec le cœur brisé.

La scène finale du dénouement est indéniablement stupide : Lytell, si prudent, et qui a envoyé ses tueurs faire le travail, arrive pourtant sur les lieux de l’ultime règlement de comptes, accompagné de la taupe qui le renseignait au sein de la police. Juste à temps pour venir exploser avec les bâtons de dynamite sur lesquels Mannix tire – à distance et avec son revolver – au moment opportun. C’est tellement plus spectaculaire qu’une simple arrestation.

L’amitié d’Adam Tobias pour Mannix se révèle dans son insistance à protéger le détective durant sa mission d’infiltration et, dans l’épilogue, par sa délicatesse dans l’évocation d’Angela, arrêtée avec le reste de l’entourage (encore vivant) de Lytell.

Mannix est censé avoir longuement préparé son infiltration. Si l’on en juge par les propos de Peggy dans l’épilogue, il aurait passé trois mois en mission. (« Vous partez trois mois et vous ne prenez qu’une fille ? » plaisante-t-elle, avant de se rendre compte que la plaisanterie tombe à plat dans l’humeur mélancolique de son patron.) Il est censé (Tobias dixit) avoir même passé du temps en prison pour établir sa couverture avant d’infiltrer l’organisation de Lytell.

A noter aussi, la piètre qualité de la peinture d’arrière-plan qui figure Miami by night derrière les fenêtres des suites occupées par Mannix et Angela. Très cheap. De même que la scène de bateau réunissant les deux mêmes personnages, filmée en studio devant un fond de pacotille. L’effet est d’autant plus dévastateur que deux semaines plus tôt la série tirait un excellent parti d’un tournage en mer réelle, dans « Broken Mirror ». 

 

6.07 (129) To Kill a Memory (Mémoire de guerre)

CBS, 29 octobre 1972

Ecrit par Arthur Weiss

Réalisé par Sutton Roley

Dan Turner atterrit à l’aéroport de Los Angeles avec ses deux associés John Thompson et Duke. Il sort le premier pour réserver un taxi. Mais il perd le fil de sa vie et se met à agir comme un robot, à l’instinct ; après s’être littéralement jeté devant un bus, il y monte et descend à proximité d’une ferme. Deux hommes le voient arriver. L’un d’eux, le plus âgé, court vers lui et le prend dans ses bras en l’appelant Alex. L’autre, hébété, se montre plus réservé. Une femme accourt aux cris du vieil homme. Les larmes aux yeux, elle embrasse « Alex » qui, égaré, ne comprend pas ce qui se passe. On lui dit qu’il est Alex Lachlan, le fils, le mari, le beau-frère, considéré comme mort au Vietnam depuis deux ans. Les Lachlan appellent Mannix, qui écoute le récit qu’on lui fait puis veut parler à Alex. Celui-ci s’enfuit, court, poursuivi par Mannix. Des images du Vietnam l’assaillent, explosions, fumée, peur. Ramené dans la maison, il se souvient qu’il devait prendre un taxi, se rendre à une adresse, Bellevue Road, 112 Bellevue Road, et qu’il cherchait un homme nommé Duke. Mannix se rend à cette adresse ; il y rencontre John Thompson, qui le questionne sans obtenir de réponse de sa part et qui le fait suivre à son départ. Le lendemain, pour échapper à la surveillance, Mannix quitte le Paseo par derrière. Pourtant, John Thompson le retrouve bientôt chez les Lachlan. En Alex il reconnaît Dan Turner, l’homme que, dit-il, il a trouvé à Hong Kong errant dans la rue, sans mémoire, avec un passeport américain au nom de Dan Turner. Mannix ne croit pas en cette histoire. A son retour à son bureau, on tire sur lui, une balle lui égratigne le front. Chez les Lachlan, une dispute éclate entre Alex et son beau-frère Harry au sujet des photos et des médailles du Vietnam accrochées au mur ; Harry frappe Alex, qui soudain redevient Dan Turner et se demande où il est. Se souvenant qu’il doit retrouver Thompson et Duke à midi, il saute dans le truck de Harry et rejoint les deux hommes à l’endroit fixé pour le rendez-vous, où ils l’ont attendu sans savoir s’il se présenterait. Les trois hommes et Turk, celui qui a suivi Mannix, réalisent le plan prévu : le casse d’un diamantaire, Crillon Frères. C’est là que les retrouvera Mannix, accompagné de Harry…

Le Vietnam est au cœur de l’épisode. Alex et Harry sont tous deux traumatisés, le premier dans sa tête, le second dans son corps, puisqu’il traîne une jambe. Le secret qui les unit – Harry pris de panique a abandonné Alex blessé sur le champ de bataille – est traité dans le dénouement avec sobriété et humanité. A Alex qui crie « Tu m’as abandonné ! », Mannix répond : « Mais il est revenu, cette fois. »

 

6.08 (130) The Upside Down Penny (Pile ou face)

CBS, 5 novembre 1972

Ecrit par Robert W. Lenski

Réalisé par Arthur Marks

Il n’y a pas de petit profit, et pourquoi refuser une journée à la mer ? C’est peut-être ce qui pousse Mannix à accepter de rechercher l’album de timbres que le petit Kenny Brooks pense avoir oublié en allant sur la jetée avec ses amis, le samedi précédent. Il avait promis à son oncle Jimmy de ne jamais faire sortir cet album de la maison, c’est pourquoi il est si anxieux de le récupérer, pour ne pas décevoir Oncle Jimmy. Et il a 1.85 $ en poche – il en aura même 2 de plus bientôt ! Mannix fait donc sa petite enquête et frappe à la porte d’un artiste fauché surnommé Gemini, de son vrai nom John Boling, qui était assis samedi sur le banc où Kenny a peut-être laissé son album. Mais Gemini est parti et sa petite amie Jackie Miller en est bien malheureuse. Il a dit quelque chose, en partant, sur un soudain héritage. Mannix a à peine commencé à chercher Gemini que deux tueurs le prennent en chasse et essaient de lui régler son compte avant d’être mis en fuite par l’arrivée d’une voiture de police. N’est-ce pas un peu excessif pour un album de timbres probablement sans valeur ? A vrai dire, c’est peut-être le nœud de l’affaire : car le spécialiste à qui Gemini a essayé de vendre l’un des timbres affirme à Mannix que ledit timbre se vendrait autour de 3000 $. Un malheureux timbre d’un cent édité en 1903 ! L’étape suivante met Mannix en présence d’un gangster de grande envergure, Harry Crawford : ses deux hommes de main ont assommé Mannix pour l’amener à leur patron, qui veut absolument savoir qui l’a engagé et pourquoi il s’intéresse à John Boling. Mannix commence par leur fausser compagnie, puis il prend des informations sur l’Oncle Jimmy. Car il semblerait que l’insignifiant album de timbres qu’il a offert à son neveu contienne en réalité la collection Amherst, d’une valeur de… 500000 $. Les enjeux ne sont plus les mêmes. Hélas, Oncle Jimmy n’expliquera rien : Mannix le retrouve mort dans son appartement. Il semble que James Cavanaugh, en plus d’être l’Oncle Jimmy, ait été associé à Harry Crawford et lui ait subtilisé un chargement de drogue venue de Marseille. Avec l’argent si mal acquis il a acheté la collection de timbres, et quel meilleur endroit pour la cacher qu’entre les mains d’un petit garçon ? Si seulement Kenny avait tenu sa promesse de ne montrer son album à personne ! Mannix parvient à retrouver Gemini et à le convaincre de lui remettre l’album qu’il a trouvé sur la jetée. Mais il tombe de nouveau sur les hommes de Crawford et se retrouve sur le bateau de celui-ci, qui ne dissimule rien de ses intentions : Mannix est destiné à nourrir les poissons. A moins que Gemini, dans un élan de courage, ne prévienne la police…

Avec Vaughn Taylor ([stamp] dealer)

On a certes vu plus captivant dans la série, mais cet épisode « sans prétention », qui brode à partir d’une idée vieille comme le monde (quel détective de télé n’a pas au moins une fois été engagé presque pour rien par un enfant dont le petit problème se révèle immanquablement plus gros que prévu ?), n’est pas déplaisant à suivre. Coups de feu, poursuite en voiture et coup sur la tête sont au rendez-vous, c’est donc un Mannix by the book !

La première séquence offre un point de vue étendu sur le petit bout de décor où est tapi le bureau de Mannix.

L’Upside Down Penny du titre original est le timbre d’un cent qui vaut 3000 $.

 

Malcolm – I hope you’re not putting your money away for your retirement, Joe, ‘cause you’re not gonna make it. J’espère que tu ne mets pas d’argent de côté pour ta retraite, Joe, parce que tu n’y arriveras pas.

Mannix – Every time I come here for information, I get a lecture ! A chaque fois que je viens ici chercher des informations, j’ai droit à un sermon !

Malcolm – Advice. Un conseil.

 

Mannix – I’m Joe Mannix. Je suis Joe Mannix.

Gemini – What else are you ? Et vous êtes quoi d’autre ?

Mannix – I’m a private investigator. Je suis détective privé. (Même réplique en 6.04)

 

Malcolm – On occasion, I’ve been known to handle two and two, Joe. A l’occasion, on m’a déjà vu additionner deux et deux, Joe.

 

6.09 (131) One Step to Midnight (Un pas dans la nuit)

CBS, 12 novembre 1972

Ecrit par Warren Duff

Réalisé par Don McDougall

Mannix se présente à la porte d’une maison à Pasadena, pour y rencontrer un M. Baxter qui l’a appelé. Mais la maison est vide. Ou presque : un homme pointe une arme sur Mannix et menace de l’abattre s’il ne dit pas où est Bruno Raphael. Raphael est un ex-chef du crime qui a pris sa retraite et laissé ses « affaires » à Nick Horton. Il est censé avoir quitté le pays et Mannix n’est sûr que d’une chose : il ne travaille certainement pas pour lui. L’autre cependant semble persuadé du contraire et quand Mannix le bouscule c’est pour être assommé par un complice dissimulé dans le noir. Ayant appris par son ami Derek que Raphael a une petite-fille qu’il adore, bien qu’elle ne veuille rien savoir de lui, Susan Graham, Mannix se rend chez celle-ci et son mari Edward. Il trouve leur maison sens dessus dessous et le couple retranché dans un placard. Ils ignorent qui leur en veut mais ils ont peur. Mannix les cache dans un entrepôt désaffecté mais un homme les y trouve. L’arrivée de Mannix le met en fuite. Entre-temps, l’oncle de Susan, Carl Boycer, a été retrouvé mort chez lui. Le détective a bientôt la surprise – en est-ce une ? – de trouver Bruno Raphael à sa porte. Le vieil homme n’en sait pas davantage sur ceux qui pensent que Mannix travaille pour lui. Le détective accepte de l’emmener voir sa petite-fille. Les retrouvailles ne sont guère chaleureuses car elle ne veut rien de lui, et ne l’écoute qu’au prix d’un effort de patience. L’affection de Raphael pour elle semble sincère, toutefois, tout comme son désir de connaître le fin mot de cette affaire. Il accepte donc que Mannix organise un rendez-vous secret entre Nick Horton et lui. En attendant, Edward a reconnu sur les photos que lui a montrées la police l’homme qui est venu à l’entrepôt : son nom est Paul Emmons et Mannix découvre qu’il est employé par Nick Horton. Avant qu’il ait pu lui parler, malheureusement, quelqu’un l’abat d’une balle de fusil, avant de s’enfuir. Et voilà que Susan et Eddie disparaissent. Puis c’est Raphael qui est retrouvé mort. C’est dans son bureau que Mannix retrouve Eddie : Susan et lui ont simplement décidé de quitter la planque où le détective les cachait afin de retourner dans leur propre maison, en se disant qu’on ne les y chercherait pas puisqu’ils étaient censés se cacher. Mannix demande à Peggy d’accompagner Eddie à la police afin de faire annuler l’avis de recherche lancé après le couple, tandis que lui-même se rend chez les Graham. Quand il y arrive, un homme s’est introduit dans la maison : c’est l’homme qui a menacé Mannix à Pasadena puis abattu Paul Emmons. Mannix est contraint de le tuer quand il ouvre le feu sur lui. Susan le reconnaît : Ramsay Tate, un homme qu’elle a déjà vu sur la plage, sans le connaître vraiment. Quand Eddie arrive avec Peggy, Mannix met bas les masques : il accuse Eddie d’être l’instigateur de tous les récents événements. Son plan pour s’emparer de l’héritage de Bruno Raphael passait par le meurtre du grand-père et de son frère, et celui de Susan elle-même…

Avec Ron Nyman (Officer Charlie – non crédité)

Le scénario est délayé et manque de consistance. Tout le premier acte se résume à un jeu de cache-cache d’un lieu à un autre et le sens des événements reste énigmatique jusqu’au dénouement, qui plaque brusquement une explication que rien ne préparait. Un instant, Mannix se demande avec Susan qui est derrière tout cela, l’instant d’après il accuse Eddie Graham. L’explication de son plan par Mannix coupe court au choc que ce dénouement devrait susciter chez Susan et la chute apparaît complètement téléphonée. Au final, un parcours semé de cadavres et de poncifs mais pas d’intrigue ni de personnages forts.

La maison de Baxter (acte 1, scène 1) est le décor aux « escaliers Reynolds » (voir 7.04), si souvent utilisé dans la série.

 

Mannix – My name is Mannix. Je m’appelle Mannix.

Sheila (blonde court vêtue) – Ooh, that’s a cute name. Ooh, quel joli nom.

 

6.10 (132) Harvest of Death (La disparition)

CBS, 19 novembre 1972

Ecrit par Jerry Thomas

Réalisé par Paul Krasny

Mannix a quitté le parcours de golf pour accepter une mission très particulière pour son ami Dave Winters : piloter un avion pour traiter des récoltes. Dave a déjà perdu deux pilotes, disparus corps et biens alors qu’ils devaient traiter les récoltes de Clint Carpenter. En prenant la suite, Mannix s’offre lui-même comme appât afin de découvrir qui en veut à ce point à Clint Carpenter, qui possède une fortune héritée de son père mais qui affirme qu’il peut perdre gros s’il perd la récolte d’oranges de cette année, en raison d’autres investissements – dans les casinos de Vegas, comme le découvre Mannix. Ce dernier n’a pas plus tôt mis les pieds dans la vallée qu’il est mis en garde tour à tour par le shérif Simkins, par Nora Carpenter, l’épouse de Clint, et par Marietta, sa mère. Tout le monde encourage Mannix à partir. Il ne tarde d’ailleurs pas à être victime d’une tentative d’assassinat. Nora Carpenter vient le trouver à l’hôtel où il réside pour lui dire combien Clint a changé après la mort de son père, dont il est devenu une copie, hostile et toujours anxieux. Il se fait aussi voler son arme par un visiteur inconnu qui l’assomme par derrière. Tout cela ne l’empêche pas de poursuivre son enquête. Il rend visite à Sam Maturian, un autre cultivateur, voisin du ranch Carpenter, désigné par Clint et par Simkins comme l’un des ennemis les plus acharnés de Clint. Arménien, Maturian prend Mannix en sympathie et lui conte la véritable histoire, que les autres ont tue : Maturian a travaillé très dur pour acheter la parcelle sur laquelle Carpenter cultivait des oranges, car le vieux Carpenter s’était engagé à la lui vendre, avant de revenir sur sa promesse le jour où Maturian a enfin pu la payer. Maturian ne le lui a jamais pardonné. De là à vouloir ruiner son fils, il y a cependant un pas que, dit-il, il n’a jamais cherché à franchir. Alors que les deux hommes parlent, on entend un avion en difficulté ; Mannix et Maturian voient bientôt l’appareil piloté par Dave Winters s’écraser. Mannix recueille les derniers mots de Winters, près de l’épave de l’avion : il a été victime d’un sabotage.

Alors que Mannix parle avec Clint Carpenter, Marietta essaie à nouveau de le convaincre de partir. N’y parvenant pas, elle cherche à tourner Clint contre lui en lui apprenant que Nora était avec le détective la nuit précédente. Clint renvoie Mannix mais celui-ci ne se retire pas pour autant, déterminé à découvrir qui a causé la mort de Dave Winters. Apprenant que Maturian veut le voir, il se rend chez lui et le trouve mort. Aussitôt, le shérif et son adjoint Tiny surgissent, tenant l’arme du crime : le revolver volé à Mannix. Arrêté, celui-ci comprend que le shérif s’apprête à l’exécuter purement et simplement. Il parvient à lui échapper et reçoit l’aide des ouvriers de Maturian. C’est assez pour retourner chez Clint Carpenter et faire la lumière sur toute l’affaire : Mannix a compris que le shérif Simkins était aux ordres de Marietta, qui ne voulait pas tant ruiner son fils que le détourner de la voie suivie avant lui par son père, lui permettre de redevenir lui-même. Hélas, Simkins a passé un marché avec les créanciers de Clint à Vegas : il rêvait de s’emparer du ranch après la faillite de Clint. Aussi ne s’est-il pas contenté d’essayer d’intimider les pilotes, il les a tués, comme il a tué Maturian pour faire accuser Mannix dans le dessein de le tuer ensuite.

Le shérif arrêté, les Carpenter assistent aux funérailles de Maturian auprès des ouvriers du vieil homme, auxquels Clint a décidé de vendre la parcelle que convoitait leur patron. Un Clint qui semble décidé à redevenir l’homme qu’il était avant la mort de son père, et à ouvrir son cœur à nouveau à sa mère et à son épouse…

Avec Brett Pearson (Tiny [Crawford])

Retour dans les cultures avec un zeste d’arménien, comme dans l’épisode 3.03 où Mannix retrouvait son père, vigneron. L’intrigue est bien conduite et doublée d’affaires de familles, s’achevant sur un espoir de réconciliation que le détective accueille d’un œil heureux. Même s’il a, sur la route, perdu un ami personnel (Dave Winters, avec qui il a volé en Corée).

 

Carpenter – I suppose snooping comes natural to you, Mannix. Je suppose que fureter est naturel chez vous, Mannix.

Mannix – I just like to know the people I’m working for. Saves a lot of surprises. J’aime savoir pour qui je travaille, c’est tout. Cela évite beaucoup de surprises.

 

Scotch on the rocks pour Mannix.

Joe Mannix, private investigator, license number 13007 (énoncé par le shérif Simkins).

Mannix a l’occasion d’échanger quelques mots d’arménien avec Sam Maturian (28’). Il se définit lui-même comme « Arménien de la seconde génération ».

 

6.11 (133) A Puzzle for One (La collection)

CBS, 26 novembre 1972

Ecrit par David P. Harmon

Réalisé par Jeffrey Hayden

Un ami de Mannix, Jerry Henderson, détective privé comme lui, est tué dans l’explosion de sa voiture juste devant le bureau de Mannix. Ce dernier décide d’enquêter sur les quatre affaires que traitait Jerry, des affaires pour lesquelles il l’avait recommandé pour lui rendre service. Il parle d’abord à Diane Glover, l’épouse d’un doyen d’université victime d’un chantage à cause d’un film compromettant qu’elle a commis l’erreur de tourner un jour ; il trouve ensuite le réalisateur et maître-chanteur, Gypso Martin… mort dans sa chambre noire. Il rencontre ensuite Mrs Forsythe, qui veut la preuve que son mari Jonathan lui est infidèle ; Mannix trouve le mari sortant de chez sa maîtresse et lui évite de se faire écraser par une voiture qui cherchait à le percuter délibérément. Le détective trouve plus sage de cacher Forsythe chez lui quelque temps. Il voit ensuite Anton Wojeska, un père en colère qui cherche le revendeur qui a vendu à sa fille de seize ans la drogue qui l’a tuée ; grâce à Mauro, un indicateur, Mannix retrouve l’homme, Johnny Cleaver, mais il vient d’être abattu par un homme qui assomme le détective avant de se sauver. Le Lt Ives se pose la même question que Mannix : comment se fait-il qu’un meurtrier suive ainsi Mannix pas à pas ? Quel lien y a-t-il entre ces affaires ? La quatrième concerne un joueur invétéré, Harry Fredericks, que sa femme aimerait ramener sain et sauf à la maison ; Mannix est en train de lui parler sur la jetée de Santa Monica quand un homme essaie de le tuer avec un fusil à harpons, avant de prendre la fuite ! Peggy a une théorie, que partage le Lt Ives : tout cela est l’œuvre d’un psychopathe. Mais Mannix continue d’additionner deux et deux afin de découvrir une autre vérité, qu’il a peut-être sous les yeux sans le savoir encore…

et (non crédités) Ron Nyman (le policier Charlie), Charlie Picerni (l’assassin Kenneth).

Une intrigue à la Dix Petits nègres qui ne brille pas par son audace mais qui constitue néanmoins un divertissement pas trop honteux. On peut sourire, certes, au coup du harpon, complètement absurde, et s’agacer que Mannix soit encore assommé juste avant une coupure pub mais dans ce cas les trois quarts des épisodes de la série sont agaçants. On aura au moins croisé Adam ‘Batman’ West et Mary Carver, la future maman des frères Simon dans Simon & Simon.

Sur la photo de sa fille que prend Wojeska sur sa caisse enregistreuse montre la jeune femme tournée vers la droite ; c’est bien cette photo que Mannix montre ensuite à Mauro ; mais entre les deux scènes, dans l’insert qui montre la photo entre les doigts de Mannix, la jeune femme regarde vers la gauche (le plan est monté à l’envers).

Le téléphone de l’appartement de Mannix : 555-6644.

 

Lt Ives – Why is it that, every time we meet, a body leaves the room ? Comment ça se fait qu’à chaque fois qu’on se rencontre il faut emmener un cadavre ?

 

Forsythe, flattant Peggy – He doesn’t know how lucky he is. (« he » est Mannix) Il ne sait pas la chance qu’il a.

Peggy – Sure he does : I tell him every time. Bien sûr qu’il le sait : je n’arrête pas de le lui dire.

 

Mannix – Well, you sure took your own sweet time, Dan. Eh bien, on peut dire que tu as pris tout ton temps, Dan.

Lt Ives – You said to hold up till you were sure Peggy was all right. Tu as dit d’attendre jusqu’à ce que tu sois sûre que Peggy allait bien.

Mannix – I said a couple of yards, not San Diego. J’ai dit à deux pas, pas à San Diego.

Lt Ives – Well, next time, uh, spell it out, Joe. Eh bien, la prochaine fois, sois plus explicite, Joe.

 

6.12 (134) Lost Sunday (Dimanche perdu)

CBS, 3 décembre 1972

Ecrit par Ellis Marcus et Alfred Hayes, histoire de Ellis Marcus

Réalisé par Reza S. Badiyi

Mannix se rend dans le nord de la Californie à la demande de Joyce Henshaw. La jeune femme tient à engager un détective qui ne soit pas de la région pour faire la lumière sur la mort de son frère Vic : celui-ci est mort le dimanche précédent à l’usine West Rock, dans une carrière de gravier ; il aurait fait une chute mortelle, en état d’ivresse, or Vic, diabétique, ne pouvait pas absorber une goutte d’alcool. A l’usine, Mannix trouve, sur le sol, trois douilles de balles de M16, un fusil militaire comme en possède Don Wilkerson, le fils du propriétaire de l’usine, récemment revenu du Vietnam. La serveuse Angie McCall dit avoir effectivement entendu des tirs à la carrière dans la journée de dimanche : Vic, qui se trouvait près d’elle à ce moment-là, a alors quitté le restaurant pour aller chercher Don, comme il l’avait déjà fait plusieurs fois lorsque Don allait tirer dans la carrière, à la ronde, aveuglément, comme en transe. Don, qui se trouve être fiancé à Joyce Henshaw, prétend, questionné par Mannix, avoir passé le dimanche avec son père, qui confirme. Mannix, peu après, est arrêté par deux adjoints du shérif, Pete LeMaster et Dave Benedict, qui l’accusent de délit de fuite, un délit qu’ils ont monté de toutes pièces. Emprisonné, il est ennuyé par un autre prisonnier, Sweeney, encouragé par les adjoints. Pourtant, Sweeney l’aide plus tard à s’évader, déclarant que les deux adjoints ont décidé de le tuer et qu’il ne veut pas être complice de cela. Mannix retrouve alors Joyce Henshaw et confronte les Wilkerson ; Don avoue alors qu’il a bien tiré à la carrière et que ce sont LeMaster et Benedict qui ont dit l’avoir vu tuer Vic sans même s’en rendre compte, après quoi ils ont payé le médecin légiste pour déclarer que Vic était mort d’une chute, et fait chanter Wilkerson père pour lui soutirer un demi-million. Pourtant, ses observations à l’usine font penser à Mannix que Don, de là où il tirait, n’a pas pu tuer Vic…

Dialogue de fin entre le vieux Wilkerson et Mannix : « Mon fils est allé à la guerre et je crois que j’étais prêt à croire n’importe quoi. – Dans une guerre, M. Wilkerson, même les gens qui se trouvent à des milliers de miles des combats peuvent être complètement bouleversés. »

Don Wilkerson est l’un des exemples de vétérans traumatisés par le Vietnam dont les années 1970 regorgent. Il a ramené avec lui un fusil d’assaut et tire sur des ombres, complètement hors de lui-même, rendu incapable dans cet état de discerner la réalité.

 

6.13 (135) See No Evil (La dernière passe)

CBS, 10 décembre 1972

Adaptation : Shimon Wincelberg, histoire de Duke Yelton

Réalisé par Arnold Laven

Une femme est assassinée dans une rue déserte, la nuit. Mannix, qui passait par là, entend son dernier cri et la découvre morte quelques instants plus tard. Il appelle la police depuis une maison éclairée, où un homme, Ben Kohler, affirme qu’il n’a rien vu, bien que le détective ait vu un rideau bouger. Une fois Mannix parti, cependant, un placard s’ouvre : le meurtrier y tenait Mrs Kohler sous la menace d’un couteau. Mannix rencontre le mari à la morgue. Lou Griswold est bouleversé et ne comprend pas que sa femme ait été assassinée ainsi, en pleine rue, sans que personne n’ait rien vu ni entendu. Le lendemain, il engage Mannix pour trouver le meurtrier. Mannix va trouver un jeune joueur de football qui habite le quartier, Glenn Girard, le fils d’une amie de Peggy, dans l’espoir qu’il pourrait lui donner une indication utile. Glenn a déjà eu maille à partir avec la police et il pourrait avoir vent d’une tentative de fourguer les bijoux volés à Mrs Griswold. Mais le jeune homme ne se montre pas très coopératif, vexé de la démarche du détective. Celui-ci se rend juste après chez les Kohler : il a reçu un appel de la mère de Ben, qui est morte d’inquiétude. Son fils et sa femme ont disparu. Mrs Kohler révèle à Mannix la vérité sur ce qui leur est arrivé la veille. Elle craint que le meurtrier ne soit revenu pour les faire disparaître. Dans le placard où Nora Kohler a été retenue sous la menace, Mannix découvre, sur le sol, des lentilles de contact ; l’ordonnance rangée avec elles lui permet de retrouver facilement leur propriétaire : Glenn Girard. Ce sont les lentilles que Peggy elle-même lui avait achetées. Lorsqu’il se rend chez Mary Girard avec Peggy pour parler au jeune homme, celui-ci prend la fuite. Mannix tente alors de le retrouver et parle à son amie Elaine Massey qui, bientôt, le rappelle et lui indique un lieu où il pourra trouver Glenn ; mais il y est pris pour cible par un autre homme, Berdue, qui prend lui aussi la fuite. Chez Mary Girard, Elaine affirme qu’elle ignorait ce qui allait se passer et elle apprend au détective que Glenn devait de l’argent à Berdue. Elle accepte, aussi, de le mener jusqu’à Glenn, pour de bon cette fois. Glenn déclare qu’il avait laissé ses lentilles à Berdue en gage, le temps de lui rembourser les derniers vingt dollars qu’il lui devait ; Berdue les a laissées délibérément chez les Kohler pour faire porter les soupçons sur Glenn au cas où la police les trouverait. Mais Berdue a suivi Elaine et Mannix jusqu’à Glenn…

L’épisode se distingue par la qualité et de l’écriture et de la réalisation. Mannix doit faire preuve de délicatesse autant avec le mari éploré et en colère, Griswold, qu’avec les gens qu’il approche : au milieu des gens de couleur, la moindre de ses questions peut susciter de l’animosité et il n’en mène pas large dans le bar où il vient chercher Glenn Girard et où il est le seul blanc visible. Le personnage du mari, pour antipathique que soit son attitude, n’en est pas moins touchant car sincèrement éploré, en quête de justice dans un monde (la Ville est « this filthy jungle ») où il ne voit que violence ou indifférence et où il doute de l’efficacité de la police et de la Justice. De même, il serait facile de blâmer M. Kohler pour sa peur de se retrouver impliqué car le danger sur sa vie est bien réel. Le jeune joueur de football Glenn Girard remplit la fonction classique de jeune homme de couleur qu’une peine antérieure rend suspect et soupçonneux mais Mannix refuse, justement, la facilité du soupçon et s’adresse à lui pour obtenir de l’aide, non pour l’interroger, avant de s’employer à lui éviter des ennuis avec la police. On apprend par la suite qu’il a contracté une dette auprès d’un type peu recommandable (le meurtrier) mais pour une belle cause : payer une opération chirurgicale nécessitée par l’état de santé de sa mère, et il a entièrement remboursé cette dette en travaillant honnêtement. Arnold Laven filme Los Angeles d’une façon réaliste, sur la rue ou sur les toits, et soigne la photographie. On retiendra la scène où Griswold vient reconnaître le corps de sa femme à la morgue, un plan statique au fond duquel les ombres de Malcolm et de Mannix se détachent comme un décor peint, ainsi que la scène suivante, dans le bureau de Malcolm, où les personnages sont placés sous un néon rectangulaire qui traverse tout le cadre et magnifie les contrastes – une façon de distinguer cette unique scène de toutes les apparitions de ce même bureau dans la plupart des épisodes de la série. Lorsqu’on y revient, d’ailleurs, plus tard dans l’épisode, le néon a disparu (5e et 6e minutes).

La victime, Harriet Griswold, est jouée par Wallace Earl qui était la femme du réalisateur Arnold Laven (de 1951 à 2009, date de la mort de ce dernier). On notera un défaut de continuité dans la scène (2’) où elle apparaît : elle gare sa voiture devant une autre, au bord d’une rue, un plan rapproché la montre accroupie devant son pneu crevé et quand le plan s’élargit à nouveau l’autre voiture a disparu (alors qu’il ne s’est passé que quelques secondes et que la rue est entièrement déserte).

Le titre de l’épisode se réfère à l’absence de témoins du meurtre : « See no evil, hear no evil, speak no evil » peut se traduire par « Rien vu, rien entendu, rien à dire ».

Mannix donne son tarif à Griswold : « 100 $ a day plus expenses ».

Le coach Gil Whitney reconnaît en Mannix un ancien joueur de basketball. Il a joué dans l’équipe d’Etat.

 

Griswold – What kind of a world are we living in ? People don’t want to get mixed up in other people’s troubles. I mean, they don’t want to get involved. Somebody screams for help, you shut the window. They’re animals ! Animals. Dans quel genre de monde est-ce qu’on vit ? Les gens ne veulent pas se trouver mêlés aux problèmes des autres. Je veux dire, ils ne veulent pas être impliqués. Quelqu’un crie au secours, on ferme la fenêtre. Ce sont des animaux ! Des animaux.

 

Le dernier dialogue :

Griswold, justifiant l’enlèvement des Kohler – I meant to do it, Mr Mannix. I really meant to do it. I mean, somebody had to teach them a lesson. I mean, what kind of people are we turning into ? Closing your eyes, building walls around ourselves. I meant to show them. J’étais déterminé, M. Mannix, j’étais vraiment déterminé. Je veux dire, quelqu’un devait leur donner une leçon. Enfin, quel genre de personnes devenons-nous ? Fermant les yeux, construisant des murs autour de nous. Je voulais leur montrer.

Mannix – You hired me, why didn’t you leave it to me ? Vous m’avez engagé, pourquoi ne m’avez-vous pas laissé faire ?

Griswold – I hired you to see that justice was done. Where is justice ? In a courtrrom ? Slap on the wrist ? Don’t do it again ? Je vous ai engagé pour que justice soit faite. Où est-elle, la justice ? Dans un tribunal ? Une tape sur la main ? Ne recommencez pas ?

Mannix – That’s right. In a courtroom, nowhere else. Now, Mr Griswold, I’m afraid you’re gonna have to find that out the hard way. C’est juste. Dans un tribunal, pas autre part. Maintenant, M. Griswold, j’ai peur que vous n’ayez à le vérifier à la dure.

 

6.14 (136) Light and Shadow (Ombre et lumière)

CBS, 17 décembre 1972

Ecrit par Harold Medford et Richard Murphy

Réalisé par Sutton Roley

Alison Bramante, l’épouse du richissime Bruno Bramante, quatrième fortune du monde, est accusée du meurtre de Nikky Lorenzo, un playboy. L’homme a été abattu sur le bateau de Bramante lors d’une réception donnée par le magnat, et Ali se tenait près de lui avec, à la main, l’arme du crime, qui lui appartient. Avant d’accepter le chèque généreux que lui apporte le secrétaire de Bramante, Bill Moseley, Mannix tient à rencontrer la dame, ce qu’il fait dans une salle de la prison. Etonnamment, elle dit ne pas se souvenir exactement de ce qui s’est passé mais elle fait au détective le récit des faits tels qu’elle se les rappelle : un coup de feu, un cri, une personne (homme ? femme ? elle ne sait pas) passant près d’elle pour sortir précipitamment de la cabine obscure, l’arme ramassée sur le sol et qu’elle tenait à la main quand les invités l’ont trouvée pétrifiée devant le cadavre. Bramante, lui, n’attend du détective qu’une preuve de l’innocence de sa femme, que tout accuse, ou, à défaut, un autre coupable potentiel qui lui garantirait le bénéfice du doute. Une rencontre suffit à Mannix pour voir que l’homme n’est pas de nature cependant à accepter n’importe quel soupçon – et surtout pas s’il porte sur sa fille Louise ou sur ses amis proches. Quelqu’un, en tout cas, redoute l’enquête du détective, à en juger par les deux hommes de main envoyés à son bureau pour l’intimider. Mannix y voit plutôt la preuve, réconfortante, qu’il est sur la bonne voie. Il s’intéresse donc autant à la fille du magnat, Louise, qu’à son secrétaire Moseley visiblement éperdu d’amour pour elle, sans négliger le grand ami du milliardaire, Snowy Bartlett. Sur ce beau monde, le détective glane quelques informations précieusement enfermées dans les dossiers (« que le FBI serait fier de posséder » !) du journaliste mondain Larry Lawton – si intéressants, pour tout dire, qu’on retrouve bientôt Lawton assassiné. La route de Mannix croisera de nouveau celle des deux gorilles, qui tenteront de lui offrir un voyage ultime, avant de le ramener sur le bateau de Bramante où les faux semblants et les secrets devront être levés pour permettre à la vérité de se faire jour…

Avec Ron Nyman (le policier Ron)

L’épisode se distingue par sa forme. On est tenté d’y voir une expérience de théâtre filmé plus qu’un « traditionnel » épisode de série. Par la rareté des scènes extérieures, qui se déroulent sur le pont d’un bateau ou aux abords (une scène s’en éloigne mais reste au bord de l’eau, en l’occurrence le port de San Pedro où est amarré le Princess Louise qui sert de décor ici au bateau du riche Bramante). Par la longueur des scènes, qui par conséquent sont en nombre réduit : trois dans les actes I et III, quatre dans l’acte II, sept dans l’acte III (encore les scènes 4 à 7 forment-elles une continuité : on se déplace mais sans casser l’unité d’action). Plusieurs de ces scènes font plus de cinq minutes, ce qui est conséquent même pour une série comme Mannix qui donne du temps aux dialogues. Pour déjouer le risque du statisme inhérent à cette construction, le réalisateur Sutton Roley joue avec le cadrage : les échanges verbaux restent longs et statiques mais la caméra, elle, joue des champs-contrechamps, des plongées et contre-plongées et de la profondeur de champ. Le placement des personnages paraît très étudié et accentue le sentiment d’immobilisme jusqu’au hiératisme, les personnages paraissant figés dans leurs attitudes : c’est précisément l’objet du scénario, qui fait entrer Mannix dans un univers extrêmement contraint où les personnages s’observent tout en fuyant les regards les uns des autres, la crainte et la timidité finissant par nourrir une forme d’animosité tue mais palpable qui tient en grande partie à la personnalité majestueuse et imposante du patriarche, le riche et puissant Bruno Bramante (« quatrième fortune du monde », comme l’indique Nikky Lorenzo dans la première scène). Le détective se heurte donc à une loi du silence qui ne provient pas tant d’une volonté de dissimuler la vérité (même si elle complique la tâche du détective) que d’une habitude des faux semblants. Certains mensonges visent à protéger une personne sur laquelle en vérité on se trompe. Les regards appuyés soulignent l’entrelacs des sentiments : le spectateur a à charge de les interpréter, comme le détective, et les mots qui sont prononcés ne sont pas forcément le reflet de la vérité.

Même si l’on pourrait commenter les cadrages de la plupart des scènes, on en retiendra deux. Celle qui se déroule dans le bureau du columnist Lawton (John Hillerman) : large bureau sombre, petite silhouette rose (le bonhomme se distingue par sa garde-robe et ses gestes maniérés) avec fume-cigarette, vaste mur couvert de caricatures et de portraits d’artistes avec masques de théâtre antique ou italien grimaçant au-dessus du personnage, et avec cela emploi volontairement forcé de la plongée et de la contre-plongée. Et celle qui met face à face Mannix et Malcolm dans le bureau du détective, chacun la tête appuyée sur ses bras croisés sur la table de travail et débitant sa part de dialogue comme dans une partie de ping-pong, la tasse de Mannix et son pot à crayons faisant office de filet apparaissant tour à tour devant Mannix et devant Malcolm dans le jeu du champ-contrechamp (avec un effet d’asymétrie puisque la distance entre les deux objets paraît différente selon qu’on est en champ ou en contrechamp, alors même que personne ne touche aux objets). De ce cadrage insolite (pour se parler ainsi les deux hommes doivent se pencher sur le bureau et la caméra se met à leur niveau pour participer au jeu) naît un effet sinon franchement comique du moins amusant, « décalé ». Roley joue ainsi sur l’ennui que génère le caractère statique et aseptisé de l’épisode, pour le détourner en une fantaisie qui, du cadrage, se communique aux personnages.

 

Bramante – Mannix, what have you said to my child ? Mannix, qu’avez-vous dit à mon enfant ?

Mannix – Your child, as you put it, has been saying a few things to me. So has your wife. In fact, Mr Bramante, we’ve been talking to each other, which apparently hasn’t been the custom around here for some time. Votre enfant, comme vous dites, m’a dit à moi quelques petites choses. De même que votre femme. En fait, M. Bramante, nous nous sommes parlé, ce qui apparemment n’a pas été l’habitude par ici depuis un certain temps.

Bramante – Who do you think you are ? Pour qui vous prenez-vous ?

Mannix – No trusting, no confiding, just suspecting and guessing wrong. Aucune confiance, aucune confidence, juste des soupçons et des suppositions fausses.

Quelques minutes plus tard, une fois que le détective a dissipé les faux semblants et révélé la vérité, Bramante et sa femme :

Bramante – What can I say, Ali ? Qu’est-ce que je peux dire, Ali ?

Ali – You’ve just said it. Tu viens de le dire.

Puis la fille s’adresse à son père :

Louise – Daddy… There’s, uh… There’s so much I want to say. Papa… J’ai, euh… J’ai tant de choses à dire.

Ali – Baby, why don’t you tell him about it, uh, inside ? Bébé, pourquoi ne lui en parles-tu pas, euh, à l’intérieur ?

(L’enfant, que son père découvrait moins innocente qu’il ne le croyait quelques minutes plus tôt, redevient le « bébé » et la belle-mère l’encourage à parler mais non à découvert – ils sont sur le pont du bateau –, renvoyant l’intimité et les confidences à l’intérieur, loin des regards.)

 

6.15 (137) A Game of Shadows (Jeux d’ombres)

CBS, 24 décembre 1972

Ecrit par Leigh Vance

Réalisé par Gerald Mayer

Sheila Linley engage Mannix pour retrouver son petit ami Gordon Cameron : le jeune homme a été surpris par Vernon Olson, son patron à Viking Electronics, au bord de la piscine au fond de laquelle gisait le corps sans vie de son épouse, Mrs Olson. Il s’est enfui et n’a pas été retrouvé. Sheila bien sûr est certaine que Gordon n’est pas un meurtrier. Mannix commence par découvrir que le dossier de Cameron a disparu des archives de Viking Electronics, mais s’étonne aussi que Sheila ne possède aucune photo de son petit ami. Celle-ci reçoit par le courrier un papier contenant des numéros de consigne qui la conduisent, avec Mannix, jusqu’à une boîte renfermant des billets de différentes monnaies et un passeport au nom de William George Bailey, sur lequel figure la photo de Gordon. Egalement, une coupure de presse relatant la mort de Whitfield Summers, l’un des assistants du Professeur Thompson qui effectue des recherches en électronique au sein de l’Université d’Ashton. Sur le passeport de Bailey, Thompson reconnaît la photo de Summers, pour lequel il avait une affection visible et dont il est persuadé qu’il serait incapable de tuer. Ayant appris par le shérif Gray que, la nuit précédant la mort de Summers, le vigile Charlie Ross avait tiré un coup de feu après un rôdeur, Mannix veut vérifier s’il y a un lien avec la mort de Summers ; il tombe sur plusieurs hommes qui ont déjà ligoté Charlie Ross et qui prennent la fuite en laissant le détective sonné. Une fois debout, il apprend de Ross que le rôdeur qu’il a surpris était autour de la voiture de Summers. De retour à L.A., Mannix retrouve dans son bureau un confrère, Jerry Vane, qu’il a rencontré par hasard quelque temps auparavant et qui semble soucieux de gagner sa confiance et, peut-être, un partenariat. C’est de lui que Mannix obtient une information qui lui apporte la vérité sur le meurtre de Mrs Olson. Une vérité qui exonère Gordon Cameron. Vane, cependant, a trompé Mannix ; pendant que le détective est occupé à Viking Electronics, Vane essaie d’enlever Sheila Linley, dont il veut se servir pour faire sortir Summers (alias Bailey alias Gordon Cameron) de son trou. Mannix essaie de sauver les gentils et de mettre en échec les méchants, avant d’apprendre enfin la vérité sur la fausse mort de Whitfield Summers et les véritables motivations de Jerry Vane…

Avec Kenneth Tobey (Sheriff Gary) et Ron Nyman (un adjoint du shérif Gary – non crédité).

L’intrigue comporte suffisamment de rebondissements et de méandres pour soutenir l’intérêt. Rien de révolutionnaire, cependant, et l’épisode fait un peu triste figure après l’excellent « See no Evil » et l’intrigant « Light and Shadow ».

Jerry Vane appelle Mannix « Mr Private Peeper himself » (Monsieur le Voyeur Privé).

Mannix à Sheila, qui a échappé à une balle arrêtée par un annuaire téléphonique – You are lucky there are a lot of names in this phone directory ! Vous avez de la chance qu’il y ait beaucoup de noms dans cet annuaire !

 

6.16 (138) The Man Who Wasn’t There (L’homme de nulle part)

CBS, 7 janvier 1973

Adaptation : Robert W. Lenski, histoire de George F. Slavin & Stanley Adams et Robert W. Lenski

Réalisé par Sutton Roley

Assistant avec le Lt Tobias au match de boxe opposant Jamie Lopez à Al Ramon, Mannix voit soudain ce dernier s’effondrer sur le ring, atteint par une balle tirée depuis le haut de l’arène. Selon le manager du boxeur, Harry Sloan, c’est un coup de Jake Coryell, qui a tenté en vain de corrompre Ramon. Mais Coryell avoue à Mannix que, ne pouvant acheter la défaite de Ramon comme il l’avait souhaité, il a finalement parié sur sa victoire. En étudiant avec Tobias le film du match, Mannix réalise que la balle qui a rencontré le corps de Ramon était en réalité destinée au spectateur assis au-delà du boxeur : Mannix lui-même. Découverte aussitôt confirmée par un appel téléphonique du tireur, qui, agité d’un rire inquiétant et pathétique, annonce à Mannix qu’il a d’abord voulu le tuer lors du match mais qu’il veut maintenant le faire transpirer avant de l’achever. Mannix trouve donc un mannequin installé sur le fauteuil de son bureau et dont le front est bientôt percé d’une balle, puis une bombe inoffensive explose sous le capot de sa voiture. L’affaire devient plus sérieuse lorsque le tueur enlève Peggy, au moment même où Mannix est parvenu à l’identifier en recoupant les informations à son sujet : il s’agirait de Lyle Foster, prisonnier d’un camp de prisonniers en Corée en même temps que Mannix, un traître que ce dernier croyait avoir enterré mais qui, de toute évidence, est revenu d’entre les morts. Foster a déjà assassiné deux autres vétérans et poursuit une vengeance contre tous ceux qui connaissent sa trahison. Il se sert de Peggy pour attirer Mannix dans l’ultime piège…

et (non crédités) Gene Lebell (l’arbitre), Ron Nyman (policier).

Un épisode sans grand intérêt qui reprend l’idée de base de l’épisode 2.19 : un ancien compagnon d’armes de Corée, traître et présumé mort, revient se venger de ceux qui l’ont accusé. En dehors de l’arène de boxe, ce sont essentiellement des décors récurrents de la série qui sont utilisés. Une courte séquence (la mise en terre de Lyle Foster) constitue un flashback durant la guerre de Corée, filmée ici sous une neige bleutée à travers une image floutée. Sutton Roley joue beaucoup sur les ombres durant l’ensemble de l’épisode.

Peggy mentionne Albie, auprès de qui elle a pris des informations.

 

6.17 (139) A Matter of Principle (Question de principe)

CBS, 14 janvier 1973

Ecrit par Howard Browne

Réalisé par Alf Kjellin

Portia Penhaven et sa sœur Penelope, deux vieilles dames un peu hors de leur temps, insistent pour engager Mannix afin qu’il retrouve l’automobiliste indélicat qui a brisé l’un des feux de leur voiture en reculant et qui n’a même pas daigné descendre de son véhicule pour assumer sa maladresse. Penelope a noté le numéro d’immatriculation, ce qui permet à Mannix de retrouver rapidement le véhicule dans le parc de Skip Seldon, loueur de voitures. Mais Seldon affirme que le véhicule n’a pas quitté le parc depuis une semaine, brandissant pour se justifier le registre des entrées et des sorties. C’est tout à fait par hasard que Mannix se trouve dans le bureau du Lt Malcolm lorsque celui-ci questionne M. et Mme Ziegler au sujet du meurtre d’un Arnold Corman commis en pleine rue à deux pas de l’endroit où la voiture des sœurs Penhaven a été percutée, à la même heure. Mannix en vient à penser que les deux événements sont liés et que l’automobiliste indélicat est aussi le meurtrier de Corman. D’autant que Seldon est soupçonné d’accointances avec le gangster Anton Valine. L’hypothèse se confirme lorsque Mannix surprend un homme sur le point de poser une bombe sur la voiture des sœurs Penhaven, peu de temps après que celles-ci ont éconduit un certain Dennis Wilson qui, se prétendant avocat, est venu les trouver pour tenter de les convaincre d’abandonner toute poursuite. Mettant un point d’honneur à réclamer une sanction pénale pour l’auteur du délit, Portia Penhaven s’est indignée et a refusé tout net. Les deux dames refusant également la protection de la police, Mannix décide donc de tenter un coup de bluff : il approche Skip Seldon et prétend monnayer son silence sur le meurtre de Corman, exigeant que Valine lui remette au moins 50.000 $…

et Ron Nyman (policier – non crédité).

Le gimmick de cet épisode est la personnalité surannée des sœurs Penhaven, deux vieilles dames qui conduisent une voiture de collection, boivent du thé, se défient de la police mais ont hérité de leur père un profond respect pour la justice. Un phare abîmé justifie donc de faire appel à un détective privé pour que le coupable soit amené devant les tribunaux où il répondra de son forfait.

 

6.18 (140) Out of the Night (Trafic dans l’ombre)

CBS, 21 janvier 1973

Ecrit par Albert Beich et William H. Wright

Réalisé par Paul Krasny

La mort par overdose d’un garçon de 14 ans, Chico Ortiz, qui était un ami de son fils Toby, affecte Peggy. Quand elle demande au Det. Charley Hager ce qu’il est possible de faire contre les revendeurs qui empoisonnent les enfants, Hager lui répond qu’elle peut sans doute faire quelque chose : en infiltrant elle-même le gang qui a fourni la drogue à Chico, elle pourrait permettre à la police de remonter la filière. Mannix est contre mais Peggy accepte. Elle se fait passer pour une prostituée de luxe, Tracy Dee, et, arrêtée par le Det. O’Fallon pour racolage, rencontre en cellule Dodie Green, la femme qui a fourni la drogue à Chico. Elle parvient à attirer son attention et Dodie lui propose de travailler avec elle. Munie d’un micro-émetteur, Peggy est constamment surveillée par Hager, O’Fallon et Mannix, qui tient à la protéger. Elle ne tarde pas à rencontrer l’avocat de Dodie, Henry Watson, complice des trafiquants, et fournit à la police l’adresse où Dodie fait l’une de ses livraisons, 403 Cypress Street, chez le peintre Tavel. Mannix approche celui-ci en se disant intéressé par ses tableaux ; il en achète un, représentant une maison qui immédiatement évoquera dans l’esprit de Hager un souvenir encore confus. C’est le repaire des trafiquants, appartenant à un Hollandais, le Dr Goerlich, dont le frère (Klaus) expédie la drogue depuis Amsterdam, dissimulée dans des tubes de peinture. L’homme pour qui travaille Dodie, Jimmy, se méfie cependant de Peggy et la met à l’épreuve pour déterminer sa fiabilité. Peggy s’en sort suffisamment bien pour endormir au moins provisoirement les soupçons de Jimmy. Mais Hager se souvient enfin de la maison du tableau ; il commet l’erreur de s’y rendre seul et est abattu par Jimmy. Ce dernier décide de se débarrasser de Dodie qui, trop portée sur l’alcool et connue de la police, est devenue gênante. Il la fait jeter du balcon de son appartement par Pearl, qui s’occupe de Dodie depuis des années déjà et la considère comme une amie. Pas assez, manifestement, pour épargner sa vie. La mort de Hager, pendant ce temps, met Mannix en mouvement et il ne tarde pas à trouver à son tour la maison du Hollandais. Il tombe entre les mains des trafiquants et Pearl et Jimmy ne tardent pas à démasquer Peggy, rendant la situation critique…

Le scénario suit une trame vue par ailleurs dans nombre de séries et n’a d’autre intérêt, au fond, que de transformer Peggy en agente infiltrée, offrant à Gail Fisher l’occasion de jouer une autre partition que celle de la secrétaire loyale du héros. La facilité avec laquelle Peggy entre dans le rôle et se fait admettre dans le réseau des trafiquants est évidemment invraisemblable et répond aux codes en usage dans ce scénario stéréotypé. Le chef du réseau est un homme de couleur et les scénaristes usent donc de la ficelle romantique pour esquisser un petit mélodrame. Rien de comparable cependant à la relation qui se tissera entre Peggy et son geôlier dans l’épisode 8.04 (également écrit par Albert Beich et réalisé par Paul Krasny), autrement plus intéressant que celui-ci. Plus surprenant est le rôle de Pearl, « amie » aux allures de domestique, dont la relation avec Dodie contient les germes d’un cas de conscience hélas sous-exploité. Jouée par l’excellente Virginia Capers, Pearl attire la lumière dans le dernier acte mais pâtit d’une situation malheureusement bâclée servie par des dialogues sans nuance. Le revirement final du Dr Goerlich est à l’aune de celui de Pearl : voilà deux membres à part entière d’un réseau de trafiquants de drogue, impliqués dans la mort de deux policiers (Smiley et Hager) et d’un ado de 14 ans (Chico Ortiz), sans compter (Mannix le souligne) les multiples cadavres que la drogue sème dans les rues, et qui brusquement, alors même que la situation est à leur avantage, retournent leur veste au nom de scrupules qui ne les ont manifestement pas chatouillés auparavant. Dans un seul but : faire gagner le héros (Mannix).

On peut donc apprécier l’emploi de Gail Fisher dans un rôle insolite mais il est difficile de compter cet épisode parmi les meilleurs de la série (loin s’en faut). Les production values sont à l’aune de ce constat : peu d’extérieurs (on mentionnera le Westlake Memorial Park et une piscine d’hôtel) et les intérieurs font appel aux décors récurrents de la série (le « fameux » décor aux murs crépis à la chaux, avec son escalier caractéristique, voir 6.09 par exemple, et l’appartement à la moquette moutarde, voir 6.04 entre autres). Il est possible d’ailleurs que la cuisine dans laquelle se joue le dénouement soit une modulation du décor de l’appartement de Mannix. Les situations sont très stéréotypées et n’excluent pas l’absurde (Hager s’introduisant seul dans la maison du Hollandais pour, on s’en doute, s’y faire tuer).

 

Jimmy expliquant à Peggy pourquoi il s’est inventé un patron blanc : « Some people don’t like taking orders from a black man. So I dreamed up a white monster. Makes everybody feel a little bit more comfortable. » Certaines personnes n’aiment pas recevoir des ordres d’un homme noir. Alors j’ai imaginé un monstre blanc. Tout le monde se sent un peu plus à l’aise.

 

Jimmy – Mannix has a secretary. Very pretty, very loyal to her boss. The widow of a cop. Her name is Peggy Fair. She’s black. Address : 1086 Harvard. (C’est une présentation simple du personnage de Peggy, telle qu’elle pourrait figurer dans la « Bible » de la série.) Mannix a une secrétaire. Très jolie, très loyale envers son patron. La veuve d’un flic. Son nom est Peggy Fair. Elle est noire. Adresse : 1086 Harvard.

 

6.19 (141) Carol Lockwood, Past Tense (La prédiction)

CBS, 28 janvier 1973

Adaptation de Blake Ritchie et Harold Medford, histoire de Blake Ritchie

Réalisé par Leslie H. Martinson

Carol Lockwood est retrouvée morte sur une plage. Noyade accidentelle, suicide ou meurtre ? Mannix connaissait Carol, qui avait été la petite amie du peu recommandable Dana Royal, suspect idéal aux yeux du détective. Bientôt, Royal est retrouvé flottant sur un morceau d’épave en pleine mer ; son bateau a explosé, tuant Carol Lockwood. C’est, dit-il, un miracle si on l’a retrouvé, grâce à un pilote d’avion amateur, la photographe Leona Kellaway, qui par chance a aperçu le naufragé livré aux flots. Mannix n’y croit guère, d’autant qu’il apprend entre-temps la disparition d’Allan McIver, un pilote travaillant pour l’une des compagnies de Royal. Est-il possible qu’il n’y ait aucun lien entre ces deux affaires ? C’est l’avis du Lt Malcolm, pas celui de Mannix, qui a été engagé par Minh McIver pour retrouver son mari. Lequel est bientôt retrouvé lui aussi : mort, au Mexique. Une balle dans le dos. Mannix suppose que le pilote, complice d’un trafic orchestré par Royal, a été liquidé parce qu’il devenait gourmand. Dans cette hypothèse, l’explosion du bateau ne serait qu’une couverture fournissant un alibi à Royal au moment du meurtre de McIver, et Leona Kellaway serait la complice de Royal. En cherchant à effrayer ces deux complices, Mannix expose involontairement Minh McIver, qui ne tarde pas à être enlevée chez elle. Craignant qu’elle ne sache quelque chose, Royal et Kellaway projettent de la jeter d’un avion en vol, à moins que Mannix et Malcolm ne parviennent à les en empêcher…

Avec Mark Tapscott (Al Grady) et Ron Nyman (officer Charlie – non crédité).

Une enquête menée méthodiquement, sans morceau de bravoure et sur un rythme tranquille mais sans temps mort pour autant. Malcolm apparaît de bout en bout comme interlocuteur principal de Mannix, jouant le rôle du contradicteur ou du confident de théâtre et permettant au détective d’exposer à voix haute les tenants et aboutissants de l’affaire, au fil de ses déductions. Le détective n’embrasse personne mais Jane Merrow et Victoria Racimo sont des acolytes charmantes qui apportent une touche de féminité à un ensemble peut-être un peu aride. La machination compliquée mise en œuvre par Dana Royal pour se constituer un alibi peut évidemment sembler bien aléatoire mais, sans elle, il n’y aurait pas d’enquête, et c’est là une critique que l’on peut faire à nombre de scénarios policiers. Pour goûter une série, il faut parfois se laisser embarquer et apprécier le voyage !

 

6.20 (142) The Faces of Murder (Les visages du meurtre)

CBS, 4 février 1973

Ecrit par Stanley Roberts

Réalisé par Jeffrey Hayden

Lucas Hume, un fonctionnaire, est accusé de corruption par Gil Ryan. Lorsque celui-ci est assassiné dans l’appartement où il bénéficie pourtant de la protection de la police, et que Lucas Hume est trouvé l’arme du crime à la main quelques instants après les coups de feu, sa culpabilité ne fait aucun doute aux yeux de la police. Pourtant, sa sœur Christina se présente au bureau de Mannix et affirme que son frère est innocent : et pour cause, c’est elle qui a tué Gil Ryan ! Ce dernier s’était servi d’elle pour piéger Lucas. Hélas, personne n’a vu Christina sur les lieux, que Lucas – qui l’avait suivie – lui a fait quitter aussitôt afin d’endosser le crime à sa place. Le Lt Malcolm n’est pas disposé à rouvrir le dossier et Mannix ne peut compter que sur lui. Il découvre qu’un autre détective, Mel Faber, engagé par Linda Cole pour suivre Gil Ryan, a assisté au crime et vu Christina arriver et repartir. Mais Faber est assassiné et Mannix n’a aucun moyen de prouver ce qu’il a tout juste découvert. Il ne tarde pas à découvrir autre chose, cependant : il semblerait que Gil Ryan ait absorbé quelques minutes avant l’arrivée de Christina un faux médicament contenant un poison mortel. Il était probablement déjà mort lorsque Christina a tiré sur lui. Mannix soupçonne la petite amie de Ryan, Linda Cole, d’avoir empoisonné Ryan après avoir découvert qu’il avait une aventure avec Christina Hume…

Avec Norman Shelly (Sid Loeb, le pharmacien) et Ron Nyman (officer Charlie – non crédité).

L’affaire est close et les faits semblent limpides : il revient donc à Mannix de démontrer que l’évidence, qui suffit à la police, n’est pas la vérité. Il a un atout : la véritable coupable du meurtre. Mais personne ne veut la croire. C’est sur ce postulat (alambiqué ?) que repose le scénario, au terme duquel le détective parvient évidemment à démasquer et arrêter le vrai coupable, qui n’est pas celui (celle) que l’on croit. Tout cela avec l’aide du toujours fidèle Art Malcolm, qui n’est jamais bien loin.

Mannix : « Never is the longest word in the English language. » Jamais est le mot le plus long de la langue anglaise.

Dans la série « Oh ! le micro ! », un plan de la scène où Mel Faber fait à Mannix la démonstration de ses systèmes d’alarme fait apparaître le micro au-dessus de Mannix d’une façon qui peut difficilement passer inaperçue.

 

6.21 (143) Search for Whisper (Enquête sur le passé)

CBS, 18 février 1973

Ecrit par John Meredyth Lucas

Réalisé par Arnold Laven

Adam Langer, pressenti pour le poste de Gouverneur, engage Mannix pour enquêter sur lui en cherchant tout ce qui pourrait lui nuire, et donc servir d’arme entre les mains de ses ennemis. Mannix commence par rencontrer l’épouse du politicien, Martha, en se faisant passer pour un journaliste. Puis il retourne sur les lieux où Langer passa son enfance ; dans une salle de billard, il parle avec Taylor, un joueur déjà vieux qui a connu Langer. Quelques minutes après seulement, Taylor est renversé par une voiture en traversant la rue. Accident, ou quelqu’un a-t-il voulu le faire taire ? Il n’a pourtant pas dit grand-chose à Mannix, sinon que Langer, à l’époque, n’hésitait pas à tromper l’adversaire pour gagner. Mannix sonne également à la porte d’Ada Lee Hayes, ancienne petite amie de Langer, aujourd’hui mariée à un jaloux violent (Mannix en retirera un bleu au visage), et apprend que leur histoire s’est terminée quand Adam est tombé amoureux d’une fille de Chicago, Barbara Pearson. Puis le détective passe une charmante soirée avec Jennifer Holt, la secrétaire de Langer, dont il s’arrange pour relever les empreintes afin de vérifier une intuition. Lorsqu’il apprend par Art Malcolm qu’Ada Lee Hayes a été retrouvée morte, il ne peut plus croire à un accident ou une coïncidence : de toute évidence, quelqu’un suit les progrès de son enquête et fait le ménage derrière lui.

Il en a la confirmation quand un tueur, Owney Thompson, cherche à le surprendre à son bureau ce soir-là. Puis les empreintes de Jennifer Holt confirment son intuition : Jennifer n’est autre que Barbara Pearson. Elle a été la maîtresse d’Adam durant des années en se faisant passer pour sa secrétaire, acceptant de le voir rentrer tous les soirs chez son épouse légitime. Langer, en réalité, est à la solde du Syndicat depuis la fin de son adolescence. Son mariage est une façade respectable pour faciliter sa carrière et l’enquête qu’il a diligentée est un moyen de trouver les liens qui existent avec son passé et de les effacer. Devenu gênant, le détective a vocation à être éliminé lui-même. Quand Albie, que Mannix a engagé pour le seconder dans ses recherches, commet l’erreur de remettre les éléments réunis par Mannix à Martha Langer, Mannix craint que celle-ci ne devienne, à son tour, un témoin à abattre. Il se précipite chez Langer, où l’homme du Syndicat, Sobol, s’apprête à la réduire au silence…

Arnold Laven met en images un scénario déjà réalisé par John Meredyth Lucas lui-même pour la saison 1, « Skid Marks on a Dry Run » (1.02), en adaptant les détails de l’histoire au nouveau concept de la série (à l’époque de la première saison, en effet, Mannix travaillait pour Intertect). Les noms ont été modifiés (même si certains prénoms restent les mêmes) mais les péripéties sont identiques.

Le policier Charlie apparaît mais son visage étant à peine discernable on ne peut dire s’il est encore joué par Ron Nyman.

 

6.22 (144) To Quote a Dead Man (Vol sans retour)

CBS, 25 février 1973

Adaptation de Robert W. Lenski, histoire de Richard L. Breen Jr et James T. Surtees

Réalisé par Michael O’Herlihy

Mannix reçoit la visite de Boston, qui se définit comme « un vagabond » (un hobo), l’un des derniers représentants de son espèce, une part d’Americana ! Boston, revêtu d’un ample manteau à la Sherlock Holmes, affirme que l’on a essayé de le tuer en lui tirant dessus ; un trou dans son manteau l’atteste. Mannix, séduit par le personnage, accepte de le suivre jusqu’au Hollywood Bowl où l’attend un brunch avec quelques amis : les clochards en effet se sont donné rendez-vous au lendemain d’un concert de Tchaikovsky, afin de partager les rogatons de nourriture qu’une telle soirée laisse derrière elle. C’est là qu’un tireur posté en surplomb tente de nouveau d’abattre Boston, confirmant s’il en était besoin les assertions du vagabond. En parlant avec lui, Mannix comprend cependant que ce n’est peut-être pas l’homme que le tireur vise mais le manteau : celui-ci est le legs ultime d’un ami, Gully Anderson, qui a été lui-même abattu dans le quartier peu de temps auparavant. Et si le tireur ignorait la mort de Gully et cherchait à achever un travail qu’il ignore avoir déjà accompli ? Mannix ordonne donc à Boston de se défaire provisoirement de ce manteau et l’oblige à demeurer dans une chambre d’hôtel qu’il loue pour lui, le temps d’en apprendre davantage. Boston n’y reste pas longtemps : un tel « emprisonnement » lui étant insupportable, il se sauve et rejoint un camp de clochards sous un viaduc, qu’il ne veut plus quitter. Mannix doit donc s’en accommoder tandis qu’il mène l’enquête. Il fait bien vite le lien avec le prétendu suicide d’un courtier, Carlton West, le jour même où Gully a perdu la vie. Gully a peut-être vu ou entendu quelque chose qui pourrait contredire la version officielle du suicide. En en parlant à la veuve de West, Ellen, et à l’un de ses amis, Burt Sands, Mannix les inquiète l’un et l’autre : la veuve en effet a touché une petite fortune en échange de son silence, fortune versée par Sands qui a commandité le meurtre de Carlton West. Lorsque Mrs West tente de s’enfuir avec son pactole, Sands et son homme de main Biddle cherchent à l’intercepter et Mannix, qui vient tout juste de faire échec aux deux tueurs envoyés après Boston, se met sur leur route…

Avec David Wayne (Stanton Elliot Collier, aka Boston).

L’épisode vaut surtout par la figure pittoresque de « Boston », qui tranche avec les fréquentations habituelles de Mannix. Comme le dit Art Malcolm, « Tu as un large éventail de clients : un jour c’est un clochard, le lendemain tu es à Wall Street ». Campé par David Wayne, Boston est certainement un « personnage », élégant dans sa misère, la langue fleurie, fier et libre comme la lignée dont il se réclame, qui porte selon lui une part de l’esprit américain.

 

6.23 (145) A Problem of Innocence (Question d’innocence)

CBS, 4 mars 1973

Ecrit par Dan Ullman

Réalisé par Don McDougall

William Avery sort de prison où il a purgé une peine de dix ans pour le vol d’un million de dollars. Il a toujours prétendu être innocent et l’argent n’a jamais été retrouvé. Pris en filature par un inconnu, il roule trop vite sur une route en bord de falaise et sa voiture finit au fond du précipice. Sa fille Anne engage bientôt Mannix pour la protéger après que son appartement a été en partie saccagé par quelqu’un qui, visiblement, cherchait quelque chose. Le million volé ? Anne est convaincue de l’innocence de son père mais ce n’est pas forcément le cas de tout le monde. Mannix la conduit dans la maison d’un ami réalisateur en voyage et se poste dans l’appartement, escomptant le retour de l’individu qui, la première fois, a été interrompu avant d’avoir exploré toutes les pièces. Il le surprend en effet mais l’homme parvient à s’enfuir ; non sans laisser, toutefois, des empreintes qui permettent de l’identifier : il s’agit de l’ancien Sergent Carl Simmons, qui enquêta sur le vol dix ans plus tôt. Simmons ne dira rien, cependant : Mannix et Art Malcolm le découvrent mort dans sa chambre d’hôtel.

Mannix rend visite à l’ex-femme d’Avery, Muriel, remariée à George Enright avec lequel elle vit dans la maison qu’elle partageait jadis avec Avery. Tous deux sont visiblement très nerveux et Mannix comprend vite qu’ils s’étaient acoquinés avec Simmons pour mettre la main sur l’argent. Ils semblent sincères toutefois en prétendant ignorer qui a tué l’ex-policier. Le lendemain de la visite de Mannix, Muriel est assassinée et son mari est introuvable. Art Malcolm soupçonne Anne, que le lieutenant et le détective ne retrouvent pas dans la maison du réalisateur. Est-elle partie ou a-t-elle été enlevée ?

Coup de théâtre : Mannix reçoit la visite de William Avery, bien vivant. Il a simulé sa mort en espérant échapper à ceux qui voulaient l’argent. Contacté par le ravisseur d’Anne, il accepte de le conduire à l’argent, qui est caché depuis dix ans dans le sous-sol de sa maison, là même où Muriel et George – entre-temps retrouvé mort lui aussi – ont vécu durant tout ce temps. Mannix, bien entendu, s’invite au rendez-vous. Mais ils y découvrent aussi l’identité d’un complice du ravisseur Freddie…

Avec John Ragin (D.A. Burns), Patty Tossy (Jennifer [Corwin’s secretary]).

Art Malcolm joue de nouveau le rôle de partenaire et confident de Mannix, accompagnant les étapes de son enquête avant de surgir au terme de l’épisode, après avoir laissé Mannix négocier le dernier virage de l’action.

Personne ne s’étonne que William Avery soit déclaré mort après son accident de voiture alors qu’il n’y avait manifestement aucun corps dans l’auto (puisqu’il réapparaît au dernier acte, bien en vie). Sans doute l’a-t-on cru si complètement calciné qu’il n’en restait pas la moindre trace…

Peggy et Mannix mentionnent Toby, et son âge (12 ans).

 

6.24 (146) The Danford File (L’affaire Danford)

CBS, 11 mars 1973

Ecrit par Mann Rubin

Réalisé par Harry Harvey, Jr

Mannix est invité à une réception chez les Danford par un vieil ami, Barney Edmonds, devenu directeur de campagne d’Arthur Danford qui brigue le poste de Gouverneur. Il y rencontre Laura Danford, aussi troublée à sa vue qu’il l’est à la sienne : douze ans plus tôt, elle s’appelait Laura Rand, avait 18 ans, vendait ses charmes et venait d’être le témoin du meurtre de Vince Cola. Mannix fut touché par sa fragilité à l’époque et il lui promet aujourd’hui de garder le silence sur un passé qui nuirait sans nul doute à la carrière de son mari. Pourtant, ce passé n’est pas mort : Laura confie au détective qu’elle continue de payer un maître-chanteur qui l’a retrouvée à Hawaii où elle vivait avec son mari. Elle doit lui remettre 10.000 $ ce soir même. Mannix offre de livrer l’argent à sa place à Hank Varsey, mais sa vue fait semble-t-il fuir ce dernier. Laura confie au détective deux autres noms de son passé d’alors, Roy Benson et Belle Hogan. Le premier est assassiné par Varsey auprès de qui il a conduit Mannix, la seconde est tuée alors même que le détective la questionne. Elle a eu le temps cependant d’évoquer une autre femme, Brooke, avec laquelle Laura partageait son appartement. En se rendant chez celle-ci, Mannix la sauve de la mort, dans laquelle plonge en revanche le tueur. Tueur qui n’était pas Hank Varsey, mort depuis cinq ans selon le Lt Tobias, mais Carl Sampson, un ancien employé… d’Arthur Danford. Ce dernier semble pourtant sincère lorsqu’il déclare à Mannix ne rien savoir des événements qu’il vient lui raconter. Les deux hommes se mettent alors à la recherche de Laura, qui a rendez-vous sur le port de Long Beach avec Barney Edmonds. Barney est le véritable maître d’œuvre des récents événements : convaincu que Laura est le point faible de son mari, qui sans elle est promis aux plus hautes dignités, il a entrepris de faire disparaître tous ceux qui pouvaient révéler ce passé et s’est servi de Mannix pour les retrouver…

L’entrepôt où Mannix doit rencontrer Varsey contient des projecteurs de cinéma : rien de mieux que les studios pour filmer un entrepôt !

 

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